Eric Vuillard
Actes Sud, 2026
Billy the Kid. L’histoire d’un gamin mal né, poussé vers l’Ouest américain à une époque où cette région ne connaissait aucune loi. L’histoire d’un gamin mort à 21 ans au terme d’un parcours chaotique émaillé de vols et de meurtres. L’histoire d’un gamin érigé en mythe.
Pour tout vous dire, le sujet ne me passionnait pas plus que ça. Mais avec un auteur comme Eric Vuillard, cette histoire individuelle allait forcément apparaître comme le symptôme de quelque chose de plus vaste, ou de plus profond.
Et c’est en effet un pan de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique qu’il nous délivre ici; l'histoire d'un pays que l’on n’ose plus guère qualifier aujourd’hui de démocratie... Il faut dire que sous la plume de Vuillard, les fondations de ce pays apparaissent sous un jour bien peu reluisant. Ce que l'écrivain révèle, dans son style toujours acéré et percutant, c’est la manière dont les notables et grands propriétaires terriens d'alors exploitèrent la misère des plus démunis, des plus isolés et des plus vulnérables pour éliminer les populations locales des territoires qu'ils convoitaient et tous ceux qui pouvaient manifester un tant soit peu de résistance face à leurs projets d'expansion et d’enrichissement. Vuillard désigne ceux qui armèrent tous ces petits voyous pour effectuer les basses oeuvres, qui en firent même les représentants d’une police locale avant de s'en débarrasser lorsqu'ils eurent instauré un pouvoir politique et institutionnel dont ils prirent la tête, donnant ainsi naissance à de puissantes dynasties dont les noms figurent aujourd’hui encore au fronton des plus grands établissement américains.
A travers la destinée d’un jeune orphelin, c’est ainsi l’origine de ce capitalisme consubstantiel aux Etats-Unis que Vuillard met en lumière avec un certain brio - même si, je dois le reconnaître, il m’a manqué la dimension ironique d’Une sortie honorable et la précision de L’Ordre du jour. Sans doute cette partie de l'histoire américaine est-elle moins documentée que celle de la montée du nazisme ou celle du colonialisme français, mais le regard de Vuillard reste d'une extraordinaire acuité, et ses livres nous apportent encore et toujours un précieux éclairage.




J'ai l'intention de le lire ; je me prépare à une liste d'attente à la bibliothèque.
RépondreSupprimerEh oui, c'est une star des lettres !
SupprimerJe me trompe peut-être mais j'ai l'impression que ce texte est dans la même veine que Tristesse de la terre, que j'avais beaucoup aimé. Il me tente bien, donc !
RépondreSupprimerNe l'ayant pas lu, je ne peux pas te répondre. Mais tous les livres de Vuillard sont intéressants ;-)
SupprimerComme toi le sujet ne m'attire pas plus que ça mais je suis certaine que Vuillard en fait quelque chose d'intéressant. D'ailleurs j'ai adoré entendre Elizabeth Philippe pousser une gueulante sur un de ses camarades du Masque qui osait affirmer que ce n'était pas un "vrai" livre...
RépondreSupprimerTiens, il faut que j'écoute ça ;-)
SupprimerJe n'avais pas tellement aimé L'ordre du jour, je me méfie donc un peu de cet auteur... même si je ne doute pas de la qualité des écrits de l'auteur.
RépondreSupprimerEffectivement, si tu n'aimes pas son style, inutile d'insister, car on retrouve bien sa patte ici.
SupprimerComme toi, j'aime la plume d'Eric Vuillard, mais le sujet ne me plait pas du tout, alors je fais l'impasse sur ce roman. Tant pis.
RépondreSupprimerJe comprends... même si cela me semble dommage ;-)
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