vendredi 30 août 2024

On n’est plus des gens normaux

Justin Morin
La Manufacture de livres, 2024


Août 2017. Après une grande journée de ménage et de rangement, les Jakov ont décidé de s’offrir un dîner en famille bien mérité. Ils sont installés à la table de la pizzeria d’une ZAC de Seine-et-marne lorsque le père voit une voiture leur foncer littéralement dessus. Il voudrait crier, écarter ses enfants de la trajectoire du véhicule, mais tout va très vite. Le conducteur ne dévie pas d’un iota et percute la petite Angela de plein fouet. Elle mourra dans les minutes qui suivent. La mère et le fils aîné s’en tireront miraculeusement avec quelques égratignures seulement. Mais le père et le benjamin passeront plusieurs mois à l’hôpital et conserveront des séquelles de leurs blessures.


Attentat (nous sommes un an après la voiture bélier qui faucha de nombreux badauds sur la promenade des Anglais) ? Geste désespéré d’un déséquilibré ? Ce ne sera pas clairement établi car là n’est pas le sujet.


Dans un premier temps, l’auteur va en effet s’intéresser aux Jakov, à la manière dont ils font face au traumatisme, à la façon dont chacun des membres de la famille surmonte la douleur, exprime ses sentiments, recompose sa relation avec les autres. Mais c’est surtout leur réaction face au meurtrier de leur fille et soeur qu’il observe, le sentiment de haine qu’ils nourrissent à son égard et leur soif de justice qu’il sonde.


Lorsque s’ouvre enfin le procès qu’ils attendaient, la soeur du meurtrier est appelée à la barre. C’est alors vers elle que l’auteur se tourne. Ses sentiments sont mêlés : a-t-elle le droit de souffrir de cette situation ? Peut-elle témoigner en faveur de son frère ? Peut-elle, et doit-elle, l’aider, le soutenir, le défendre ? Alors même qu’ils s’étaient éloignés l’un de l’autre, leur passé commun remonte…


Je ne dirais pas que le sujet m’a passionnée - et sans l’avis d’une libraire enthousiaste qui a défendu ce roman dès le début de l’été, sans doute ne m’y serais-je pas arrêtée -, mais il faut reconnaître que le traitement est efficace. Grâce au truchement de la fiction, l’auteur a su aborder sous un angle plus psychologique ce terrible événement qu’il avait couvert en tant que journaliste. Il a à cette occasion fait preuve d’une maîtrise narrative et stylistique tout à fait remarquable pour un premier roman, et il serait sans doute intéressant d’avoir accès à la chronique judiciaire qu’il avait alors tenue pour apprécier la manière dont la fiction se déploie et la différence d'éclairage qu'elle peut apporter. Quoi qu’il en soit, l’opération semble plutôt réussie.

lundi 26 août 2024

Le syndrome de l'Orangerie

Grégoire Bouillier
Flammarion, 2024



Peut-être appréciez-vous Monet ? Sans doute : qui de nos jours pourrait affirmer ne pas aimer sa peinture ? Qui pourrait regarder ses toiles sans se fendre d’un commentaire certes convenu mais élogieux tant il est devenu l’une des icônes de l’histoire de l’art ?

C’est pourtant sur une déclaration rompant résolument avec le discours communément admis que s’ouvre cet ébouriffant roman. Le narrateur se rend en effet pour la première fois à l’Orangerie et, loin de recevoir le choc esthétique attendu, exprime au contraire le profond malaise qu’il a ressenti à la vue des panneaux qui l’entouraient.


D’où ce sentiment provenait-il ? Comment l’expliquer ? C’est ce que va s’employer à déterminer Bmore, détective de son état, et de ce fait rompu à élucider les mystères. Aux confins de l’enquête policière et de l’analyse freudienne, il nous convie ainsi à une folle traversée de la vie et de l’œuvre de Claude Monet. Autant vous prévenir : après une telle lecture, vous ne regarderez plus jamais les tableaux de cet artiste de la même manière !


Car Bmore en est sûr : derrière ou au sein de ces nymphéas se cache un cadavre. Un cadavre ? Quelle idée ! Déformation professionnelle, tranche sa collègue Penny. Pourtant, on le sait depuis Duchamp, ce n’est pas l’artiste qui fait l’œuvre, mais le « regardeur ». Fort de cette certitude, Bmore étudie la « scène de crime ». Or Monet a commencé ce qu’il nomme « son grand travail » dès le tout début de la guerre de 1914, au jour de la mobilisation générale en France. Il y mettra le point final quatre ans plus tard, au moment de la signature de l’armistice. De là à conclure que ces nymphéas ne sont pas le simple tombeau d’un mort, mais celui de millions d’hommes sacrifiés sur l’autel de la patrie, il n’y a qu’un pas - que Bmore franchit allègrement. Ces Grands Panneaux sont un monument funèbre offert à la France au jour de la Victoire. 


Très bien. C’est imparable (semble-t-il). Mais pourquoi des nymphéas ? Qu’est-ce qui peut bien se tramer entre le peintre et ce motif pour que celui-ci ait ainsi cristallisé son angoisse de mort ? Pour que Monet ait continué ensuite à le peindre inlassablement jusqu’à son dernier souffle ? Bmore va ainsi dérouler le fil d’une pelote incroyablement touffue qui va l’emmener des débuts de la carrière du jeune peintre, de sa rencontre avec Camille qui allait de venir sa femme et sa muse, jusqu’à ses derniers jours, sans rien omettre de ses années de dénuement, de la survenue de son succès, de sa cécité et, bien sûr, du soin qu’il mit à édifier son jardin à Giverny.

A travers cette exploration ô combien érudite, Grégoire Bouillier délivre une lecture de l’œuvre de Monet absolument éblouissante et replace de manière magistrale le rôle joué par l’artiste dans les mouvements picturaux qui verront le jour par la suite.


Ainsi les différentes strates que constituent les divers éléments biographiques et les œuvres de Monet s’entremêlent-elles dans ce texte foisonnant. Et puisqu’une œuvre d’art résulte au moins autant de celui qui la regarde que de son créateur, le narrateur ne cesse d’interroger son propre positionnement, son propre rapport à ces nymphéas : épuiser leur mystère revient à épuiser sa propre angoisse. Se superposent alors aux observations et analyses ayant trait à Monet les sentiments et réflexions que lui inspirent les événements qu’il est lui-même en train de vivre. Comme dans un tableau du peintre où la perspective se brouillerait, où le ciel et la terre s’inverseraient, le texte qui nous est offert opère une étonnante fusion entre le temps et l’espace occupés par Monet et ceux relatifs à Bmore. 


Au terme de cette lecture à nulle autre semblable, Grégoire Bouillier nous aura invité à aborder la peinture de Monet avec un regard neuf. Mais n’est-ce pas ainsi que nous devrions recevoir toute œuvre, littéraire autant que picturale, c’est-à-dire sans l’aide (l’œillère ?) d’une médiation extérieure ? Entretenir avec elle une relation unique, personnelle, ouverte, qui nous aiderait aussi à faire notre propre introspection ? Après avoir lu ce fabuleux texte, plus aucun doute n'est permis ! 










      







vendredi 23 août 2024

Bord de mère

Marianne Rubinstein
Verticales, 2024


Puisqu’il y a aussi des livres hors la rentrée littéraire, celle-ci attendra encore un peu. J’avais été très attirée par la belle couverture et le joli titre de ce livre, dont la promesse ne pouvait qu’attirer mon attention. Il s’agissait en effet pour l’auteure de mettre en évidence, à travers son expérience personnelle « le processus d’émancipation des femmes sur trois générations dans une famille française ordinaire », ainsi que le lien complexe existant entre mère et fille. Le récit semblait bref pour un tel projet - à peine 120 pages au compteur -, mais si le regard était acéré, pourquoi pas.


C’est pourtant peu de dire que j’ai été déçue. Ce texte se contente de lister chronologiquement les événements (en effet ordinaires) d’une vie sans y mettre aucun relief ni sur le fond ni sur la forme : pas de point de vue, pas d’humour ni de colère, d'envie d'en découdre ou que sais-je qui viendrait donner du piquant au récit. Quant à l’analyse du processus d’émancipation des femmes et de la manière dont celui-ci a pu peu à peu évoluer, soit c’était trop subtil pour moi, soit l’auteur n’avait finalement pas grand chose à en dire. Il y a pourtant matière !


Décidément, les textes courts n’ont pas ma faveur… Je ferais sans doute mieux de retourner au Dossier M 

samedi 10 août 2024

Le dossier M 1 - Rouge

Grégoire Bouillier
Flammarion 2017/J’ai lu


Comment parler d’un tel livre ? D’une oeuvre aussi luxuriante, stupéfiante, énorme et généreuse que celle-ci ? Mission impossible, serais-je tentée de dire, pour reprendre le titre d’une célèbre série des années 60… Tiens, puisqu’on en parle, vous souvenez-vous de celle qui a bercé votre enfance, dont vous n’auriez à aucun prix raté le moindre épisode ? Grégoire Bouillier, lui, s’en souvient parfaitement : c’était Zorro, avec son héros qui ne vivait que pour réparer toutes les injustices dont il était le témoin. Un homme libre de toute attache auquel le petit garçon pouvait s’identifier par le simple fait de se nouer une serviette de toilette autour du cou en guise de cape.


Ça n’a l’air de rien, comme ça. Mais c’est toute une vision du monde qui s’est ainsi dessinée, marquant profondément le psychisme de l’enfant. Rien à voir avec les valeurs véhiculées quelque douze ou quinze ans plus tard par Dallas, suivi par des centaines de millions de téléspectateurs à travers le monde. Un phénomène planétaire que l’auteur présente comme « un putsch culturel qui, pendant toutes les années 80, pendant plus d’une décennie, changea les règles de l’imaginaire collectif en faisant d’un salopard fini, cupide, veule et marié comme on ne le souhaite à personne le personnage central d’un feuilleton qui […] imposa un tout nouveau concept de héros : non plus redresseur de torts, mais incarnation cynique du mal. » Le monde avait désormais pris un virage sans retour. On pouvait à présent s’autoriser les pires infamies en toute décontraction. Ou, pour utiliser le terme consacré, de manière totalement décomplexée.


C’est entre ces bornes et au sein d’une famille disons hors cadre que le narrateur, double littéraire de Grégoire Bouillier, s’est construit. Partant de son expérience intime, il élargit progressivement le spectre et entremêle le récit des événements marquants de sa vie (qui reviennent de manière lancinante tout au long du texte) et celui de ses interactions sociales, en faisant part de ses observations et de ses analyses pour éclairer la manière dont l’individu et le corps social interagissent et se façonnent mutuellement. A la vacuité d’une existence fait bientôt écho celle du monde. Ou inversement.


Présenté ainsi, ce texte pourrait sembler noir et désespéré. Or il n’en est rien ! L’intelligence et l’humour de l’auteur - sans parler de sa finesse d’écriture - rendent ce singulier objet littéraire aussi fascinant qu’addictif ! D’autant que l’auteur embarque son lecteur en l’interpellant régulièrement, en dialoguant avec lui, l’invitant à se poser les mêmes questions que lui et à investir ses propres expériences et ses propres souvenirs.


Au terme de ce premier volume - il y en a six dans l’édition poche -, on aborde à peine les rives de ce dossier M qui donne son titre à l’oeuvre. Un monde s’est ouvert et l’on n’a qu’une hâte, poursuivre cette expérience immersive dans la psyché de l’auteur et regarder bien en face avec lui ce monde dans lequel chacun d’entre nous a été jeté.







vendredi 2 août 2024

Rapport sur moi

Grégoire Bouillier
Allia, 2022


Rapport sur moi est le premier livre publié, en 2002, par Grégoire Bouillier. Un tel titre soit refroidit et dissuade le lecteur potentiel de s’y arrêter (le nombrilisme de la littérature française bla bla bla), soit intrigue et donne envie d’y voir de plus près. J’aurais certainement fait partie de la seconde catégorie si ce livre n’était alors passé sous mes radars - sans doute n’étais-je à l’époque pas encore très attentive aux jeunes auteurs inconnus.


Si j’ai choisi aujourd’hui de faire cette lecture, c’est parce que le nouveau roman que Grégoire Bouillier s’apprête à publier dans quelques semaines - dont le titre ne pouvait qu’attirer mon attention et que j’ai eu la chance de pouvoir déjà lire - m’a littéralement soufflée, impressionnée, envoûtée. Au point - ce qui est assez rare chez moi - de vouloir enchaîner avec de précédents titres de l’auteur. Et, tant qu’à faire, repartir de l’origine, ce fameux Rapport sur moi, donc. Un récit aussi bref que les plus récents seront amples. On est loin ici de l’écriture baroque, opérant de nombreuses circonvolutions, convoquant de multiples images, superposant les strates mentales que l’on retrouvera dans le monumental Dossier M (dont j’entreprends tout juste la lecture) et en tout cas dans ce fabuleux Syndrome de l’Orangerie qui m’a tant enthousiasmée.


On y décèle cependant ce qui sera développé, amplifié ou - mieux peut-être ? - débridé : une façon de se laisser guider par les mots, de mettre la langue, ce précieux matériaux, au coeur de l’entreprise littéraire et permettre ainsi aux souvenirs les plus profondément enfouis d’affleurer à la conscience pour tenter de cerner un sujet, comprendre ce qui l’a construit, qu’il s’agisse de lui-même ou d’une tierce personne.


Quoi qu’il en soit, Grégoire Bouillier ne semble jamais loin. Bien que le narrateur du Syndrome de l’Orangerie soit un personnage fictif, il apparaît à bien des égards comme un double littéraire de l’auteur. Il est intéressant, à plus de vingt ans de distance, de voir ressurgir d’une lecture à l’autre l’expression de certains souvenirs faisant figure de scènes sinon primitives, au moins déterminantes.


En sondant sa mémoire, l’auteur procède dans Rapport sur moi à une véritable mise à nu qui s’inscrit dans une certaine tradition littéraire (j’ai notamment pensé au Rousseau des Confessions ou des Rêveries du promeneur solitaire). Et s’il parvient à toucher le lecteur (en tout cas moi) c’est en grande partie par le recours à l’ironie, à une forme d’auto-dérision, qui dégonfle l’hypertrophie d’un « je » omniprésent (là, on s’éloigne un peu de Rousseau !). C’est aussi et peut-être avant tout par l’attention que l’auteur porte à la langue, à ses sous-entendus, à ses double-sens, aux jeux qu’elle autorise (là, j’ai pensé à Jules Vallès - tiens, encore un auteur dont l’oeuvre s’ancre dans l’expérience personnelle qu’il a vécue), aux cheminements mystérieux qu’elle élabore dans le psychisme d’un individu donné que l’auteur capte notre intérêt. 


Une belle entrée en littérature que ce texte, qui ouvrait la voie à une oeuvre singulière et forte que je me délecte de découvrir aujourd’hui.

samedi 29 juin 2024

La religieuse

Denis Diderot
Publié en 1796



Ces jours-ci, la lecture, il faut bien reconnaître que c’est pas ça…Saisie par une angoisse et un dégoût croissant à mesure que s’approche l’échéance électorale, je suis assez peu réceptive aux textes qui d’ordinaire m’enchantent. La perspective de la rentrée littéraire me laisse de marbre, et mon esprit est tout entier tourné vers les médias et les réseaux sociaux qui, même si j’y cherche plutôt information, analyse et matière à réflexion, m’abreuvent ad nauseam d’invectives, de courtes vues et de propos intolérables.


Il me faut pourtant cette nourriture, cet oxygène plus nécessaire que jamais. C’est donc naturellement que je me tourne vers les classiques, vers ces textes fondamentaux et fondateurs, à la fois refuge et source d’inspiration. Revenir aux Lumières s’impose comme une évidence. Et pourquoi pas un auteur que je n’avais jamais lu ? Diderot, l’homme de L’Encyclopédie, oeuvre humaniste s’il en est, et sa Religieuse que je me promettais de lire depuis si longtemps déjà…


En donnant voix à la jeune Suzanne, Diderot dresse un violent réquisitoire contre un ordre social attribuant des droits différents selon que l’on est un enfant légitime ou non et faisant de la famille un lieu d’oppression, et bien sûr contre les institutions religieuses qui asservissent et humilient les individus, à l’opposé des préceptes sur lesquels elle prétendent se fonder. Il fait ainsi entendre une femme assignée au silence en raison de son sexe et de sa naissance. En dépit de ces injonctions, elle osera pourtant prendre la parole pour révéler au grand jour l’arbitraire et l’hypocrisie dont elle est victime, et fuir la condition qui lui est imposée.


En choisissant la forme d’un récit à la première personne, Diderot fait un procès sans appel et oblige le lecteur à recevoir cet implacable témoignage. Sans doute est-ce l’une des raisons du scandale qu’il suscita à sa sortie, et même au-delà (Arte proposait récemment un passionnant documentaire évoquant la postérité de cette oeuvre et de ses adaptations cinématographiques, qui reçurent un accueil non moins teinté d’hostilité).


Paru il y a plus de deux siècles, ce texte semble avoir encore beaucoup à nous dire. Encore faut-il être prêt à en recevoir les mots.


dimanche 23 juin 2024

Sélection été 2024

L’été est là. Bien que la météo semble le contredire et que l’on puisse craindre la rigueur de jours bien sombres, cette période reste sans doute la plus propice à la lecture.

Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin des livres pour nous instruire, nous aider à voir plus loin, nous permettre de mieux comprendre le monde, favoriser la recherche de solutions alternatives, aller au-delà des réactions viscérales pour voir l’invective céder la place à l’argumentation.

Pour s’évader et respirer aussi, ne serait-ce que l’espace d’un instant.

Voici donc ma traditionnelle sélection saisonnière.




(Cliquez sur les couvertures pour accéder aux chroniques du blog)




Si vous cherchez des romans propres à nourrir votre réflexion

sur les questions d’engagement et de pouvoir



L’Ami du prince, Marianne Jaeglé, L’Arpenteur

Au terme de son existence, alors que Néron lui ordonne le suicide, Sénèque déroule le fil de son existence aux côtés de l’empereur et de sa mère. Il fait son introspection et évoque l’attrait que suscite le pouvoir, les compromissions, petites ou grandes, que celui-ci génère, l’attitude que l’on adopte face à lui. Des questions qui ont traversé les siècles et continuent de se poser aujourd’hui avec la même acuité. 



Disparition inquiétante d’une femme de 56 ans
Anne Plantagenet, Le Seuil


En juin 2022 à Marseille disparaissait une femme. Déléguée syndicale à l’usine UPSA d’Agen, celle-ci avait participé au tournage des deux derniers films de Stéphane Brizé qui relataient des situations faisant écho à ce qu’elle vivait elle-même dans son entreprise. Entre récit intimiste et peinture sociale, Anne Plantagenet retrace l'existence d'une ouvrière engagée syndicalement et dresse ainsi un état des lieux de la condition ouvrière à l'heure de la mondialisation et de l'hégémonie des multinationales.



Jusqu’à ce que mort s’ensuive, Olivier Rolin, Gallimard

En passant de Paris à Londres, des barricades de 1848 à nos jours, Olivier Rolin relate l’histoire de deux figures de la révolution de 48 que Victor Hugo avait brièvement évoquées dans une page des Misérables. Un texte riche, dense et comme toujours magnifique.







Passage de l’Avenir, 1934, Alexandre Courban, Agullo


Février 1934, la Troisième République est à bout de souffle et l’extrême droite marche sur l’Assemblée nationale pour s’emparer du pouvoir, donnant par là-même naissance au Front populaire. Un polar à caractère historique où la peinture d’un contexte social prime sur la résolution de l’énigme. Est-il besoin d’insister sur l’intérêt que peut représenter la lecture d’un tel roman aujourd’hui ?









Si vous vous interrogez sur les nouvelles technologies

et la manière dont elles modèlent nos existences



Python, Nathalie Azoulai, POL


Pétrie de littérature, Nathalie Azoulai effectue une plongée dans le monde obscur des codeurs. Que peut-il y avoir de commun entre son langage et le leur : l’un vise à produire du sens quand l’autre s’attache à exécuter un programme, le premier se tient du côté de la nuance et de l’ambiguïté, tandis que le second ne vise qu’à l’efficacité et à l’univocité. Le code tend à réduire le champ des possibles que la littérature ouvre au contraire à l’infini… Entre vertige et humour, ce roman est avant tout l’occasion d’une réflexion fine et pertinente sur la manière dont ce nouveau langage souterrain modifie en profondeur nos facultés cognitives, sur le pouvoir des mots et sur la puissance de la littérature.




Vallée du silicium, Alain Damasio, Albertine-Le Seuil


A partir des observations et des rencontres qu’il a pu faire à l’occasion d’un séjour à San Francisco, Alain Damasio décline les différents axes de sa pensée « technocritique ». Formidable gisement de réflexion, ces chroniques mettent en lumière notre obsession de la sécurité, notre propension à nous autoaliénéer aux technologies numériques, entraînant la perte de nos facultés cognitives et de notre capacité d’empathie et, in fine, nous privant de la possibilité de faire société. Un excellent bréviaire à l’usage de ceux qui entendent évaluer leurs usages des nouvelles technologies pour trouver la voie d’une utilisation raisonnée de ces outils.





Si vous avez envie de souffle romanesque



Filles du ciel, Michel Moutot, Le Seuil


Entre l’édification de la statue de la Liberté à New York et celle de la tour Eiffel à Paris, Michel Moutot  nous offre un nouveau roman remarquablement documenté dans lequel ses fans retrouveront tout ce qui fait sa marque : une aventure humaine vécue par des personnages ordinaires unissant leurs efforts pour relever de véritables défis techniques, la présence d’un terrifiant protagoniste qu’il serait préférable de ne jamais croiser sur son chemin, une grande précision apportée dans la description des procédés de construction mis en oeuvre et bien sûr un ancrage socio-historique irréprochable !




Les héritiers de l’Arctique, Aslak Nore, Le Bruit du Monde

Traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon


Suite donnée au Cimetière de la mer, ce roman poursuit l’histoire de la famille Falck : bataille d’influences, recomposition des alliances, manoeuvres personnelles, cette saga dépasse de loin le simple cadre familial pour s’inscrire dans le contexte géopolitique imposé par le voisinage de la Norvège avec la Russie et des gigantesques ressources naturelles que recèle cette zone. Un roman haletant qui a pour cadre le décor majestueux et fascinant des fjords…






Si l’art pictural est au coeur de vos passions



Bleu Bacon, Yannick Haenel, Stock

On ne présente plus la collection « Ma nuit au musée proposée » par les éditions Stock. En 2019, Yannick Haenel a ainsi pu passer une nuit en tête à tête avec les oeuvres de Francis Bacon dont le centre Pompidou proposait une rétrospective. De cette expérience ô combien singulière, l’écrivain a tiré un texte mettant en lumière les pouvoirs de la peinture et de la création artistique, et faisant le portait d’un peintre d’une puissance inouïe dont le geste créatif visait à faire reculer les ténèbres. Un projet d'actualité...






De plomb et d’or, François Jonquet, Sabine Wespieser


A partir de l’histoire fictive d’un jeune artiste ayant entretenu une relation d’ordre filial avec Christian Boltanski, François Jonquet nous fait entrer de plain-pied dans le domaine parfois hermétique de l’art contemporain et fait émerger de stimulants questionnements : l’art possède-t-il encore une dimension existentielle ? Qu’est-ce qui définit une oeuvre ? Quelle est la place de l’artiste ? De quelle manière et en quel sens la biographie est-elle constitutive de l’oeuvre ? Où se situent les limites de l’art ? Et bien d’autres encore. Souvent drôle, parfois dérangeant, l’auteur nous offre une passionnante introspection du milieu et du marché de l’art contemporain. 




Saturation, Thaël Boost, Anne Carrière


A travers le regard du fantôme de Courbet revenu hanter notre époque, Thaël Boost fait le portait d’une femme et de la relation qu’elle entretient avec un homme qui étend sur elle une forme d’emprise. Chaque chapitre prend le titre d’une oeuvre de l'artiste, et c’est à la lumière de ce qu’il a lui-même pu connaître et de ce qu’il a peint dans ses tableaux qu’il perçoit et commente ce qui se déroule devant ses yeux. Les époques se répondent ainsi, et l’on perçoit à la fois les invariants et les évolutions à l’oeuvre dans la société. Un roman d’une grande originalité, très habilement mené et rendant un magnifique hommage à un artiste qui était résolument déterminé à remettre en cause l’esthétique dominante et l’ordre établi.




Si le statut de la littérature 

et les questions qu’elle est propre à soulever vous taraudent




A l’oeuvre, Eric Laurrent, Flammarion


Ce détonnant portrait de Flaubert vous fera oublier l’austère visage de l’Ermite de Croisset ! S’intéressant aux années d’écriture de Madame Bovary, Eric Laurrent met en scène tant l’écrivain à sa table de travail, éternel insatisfait de lui-même, que l’homme jouissant des plaisirs de la vie, qui mettait la littérature au-dessus de tout et refusa toute espèce de compromission pour éviter le procès qui lui était promis… et qui accrut le succès de son roman !





Une sale affaire, Virginie Linhart, Flammarion


A qui appartient l’histoire ? Telle est la question centrale de ce livre qui fait le récit du procès intenté à l’auteure par sa propre mère pour empêcher la sortie de son précédent ouvrage. Au-delà de l’exposé précis qui en est fait, l’auteure souligne la ligne de crête extrêmement délicate de la mise en balance des principes sur lesquels se fondent notre société, liberté d’expression et protection de la vie privée, lorsqu’elles menacent d’entrer en conflit. Comment gérer ce conflit lorsque la nécessité d’écrire se fait pressante ? Mais aussi comment le témoignage intime éclaire-t-il des questions de société ? Un texte riche d’une réflexion pertinente.