samedi 27 février 2021

La soutenance

Anne Urbain
L’Olivier, 2021



Certains livres semblent nous être particulièrement destinés : ils relatent un événement que nous avons nous-même connu et l’on peut avoir envie de confronter cette expérience à la nôtre. C’est avec mes propres souvenirs que je me suis lancée dans la lecture de ce premier roman. Avec l’espoir, sans doute, de retrouver des émotions, des situations, des anecdotes peut-être, que j’avais vécues. Mais en littérature, les miroirs ne vous sont pas toujours tendus là où vous les attendiez…


Il faut dire que le principal protagoniste de ce roman n’a pas la soutenance joyeuse. Rédiger sa thèse se révèle même un tel calvaire qu’il envisage sérieusement d’y renoncer. Encore faudrait-il pour cela qu’il trouve le courage de l’annoncer à sa mère. Mais voilà, celle-ci fait une rechute de cancer, tandis que son mari s’enfonce dans la dépression. Sans compter le glorieux frère aîné qui s’invite dans ce triste tableau et qui pourrait bien cacher quelque fêlure derrière sa triomphante cuirasse de golden boy…


Si cette histoire de soutenance donne lieu à une rocambolesque scène finale qui m’aura certes arraché un sourire, elle cache en fait une tragicomédie familiale frisant parfois le grand guignol. Malgré une légère impression de duperie, j’aurais toutefois pu apprécier ce roman si son héros n’était pas aussi inconsistant et si son aventure avait eu un peu plus de profondeur. 

Mention à peine passable, en ce qui me concerne…



samedi 20 février 2021

Un fils sans mémoire

Valentin Spitz
Stock, 2021



Christian Spitz, alias Le Doc. Ce nom ne vous dira sans doute pas grand chose si vous avez moins de vingt ans - ou même de trente. Moi, je m’en souviens. Même si je n’ai jamais été une fidèle de Fun radio, où il s’est fait connaître, et si j’avais sans doute un peu passé l’âge de ses auditeurs, je ne peux oublier les controverses et les diatribes que son émission soulevait alors. La violence de la réaction du public n’avait d’égal que le succès et le soutien que ce médecin rencontrait auprès des adolescents auxquels il s’adressait. Avec son complice Difool, il permettait aux plus jeunes d’aborder la sexualité en toute liberté, et aucun mot ni aucune pratique n’étaient interdits d’antenne. Le Doc, dans les années 1990, c’était celui qui s’adressait aux jeunes sans les infantiliser, qui répondait à toutes leurs questions et n’admettait aucun tabou.


Quelle chance d’avoir un tel père, le petit Valentin s’entendait-il dire. Bien sûr, on ne pouvait qu’envier la bienveillance et la qualité d’écoute dont il devait bénéficier… Sauf que. Entre l’image publique et la sphère intime, il y a bien souvent un écart. Voire un gouffre. Et c’est celui-ci que Valentin sonde à travers ce récit.


Valentin n’a jamais vécu sous le même toit que son père. D’ailleurs, celui-ci ne l’a pas reconnu à la naissance et c’est un combat qu’il a dû mener auprès de l’administration - avec le soutien de son père - pour obtenir le droit de porter officiellement son nom. Il ne dispose que de quelques photos floues et n’a que des souvenirs éparses des brefs moments passés avec lui. En revanche, il se souvient précisément des longues heures passées à l’attendre alors qu’il était en retard ou ne venait pas.

Longtemps Valentin a cru qu’il était la seule cause des regards fuyants, des rendez-vous manqués et du mutisme. 

Le sentiment de culpabilité puis la colère ne l’empêcheront cependant pas de tout faire pour amorcer le dialogue et partager une forme de complicité avec son père. Mais puisque la sphère intime lui reste obstinément fermée, c’est par le journalisme et la radio - les voies dans lesquelles il s’est engagé - qu’il va nouer cette relation et s’efforcer de faire enfin la fierté de ce père. C’est sur ce terrain commun qu’ils vont se rencontrer, se parler. Pour Valentin, c’est aussi l’occasion de découvrir une ascendance familiale qu’il ne connaît pas et de comprendre celui qui lui a tant manqué.


C’est ce cheminement, cette difficile conquête, que nous relate Valentin Spitz avec lucidité et sincérité. Si ce texte est touchant, c’est parce qu’à aucun moment il ne se montre vindicatif à l’égard de l’absent. Valentin fait au contraire de ce manque un pilier sur lequel s’appuyer pour se construire : ce vide, il l’habille de mots. Ces mêmes mots qui sont aujourd’hui les plus précieux alliés d’un petit garçon devenu psychanalyste et écrivain.


jeudi 18 février 2021

L'homme qui marche

Jean-Paul Delfino
Héloïse d’Ormesson, 2021




Les jambes vous démangent ? Vous aimeriez pouvoir arpenter les rues et vous arrêter boire un verre avec quelques amis dans votre bar favori ? Emboitez donc le pas à Théophraste Sentiero, le héros du nouveau roman de Jean-Paul Delfino, car c'est exactement ce qu'il fait !

Un soir de Noël, ses pieds sont soudainement pris de tremblements irrépressibles. Sa femme a beau le houspiller, son médecin lui prescrire des examens, rien n’y fait. Jour après jour, nuit après nuit - ce qui lui vaut d’être chassé du lit conjugal -, sans qu’il sache pourquoi, ses pieds s’agitent.


Alors il se met à faire de longues promenades, déambulant dans les rues de Paris, trouvant refuge à l’église Saint-Sulpice ou s’asseyant quelques instants devant une fontaine du jardin du Luxembourg. C'est ainsi qu'il observe les personnages qui l’entourent et fait de singulières rencontres, telle cette fantasmagorique jeune femme qu'il entrevoit à plusieurs reprises et dont il va guetter chacune des nouvelles apparitions. Et surtout ce vieil aveugle qui semble pourtant percevoir mieux que quiconque le moindre détail de ce qui l'environne. Un homme bourru, mais qui va prendre Théophraste en sympathie, lui apprendre à surmonter son manque d’assurance et lui offrir la plus précieuse des richesses, l'amour des livres et de la littérature. Car le vieillard est libraire, et ce n’est pas le désintérêt affirmé de Théophraste pour la lecture qui va l’empêcher d’en faire son coursier attitré !


C’est à la lecture d’un conte que nous convie Jean-Paul Delfino. Si vous aimez le genre, vous apprécierez sa galerie de personnages truculents - une horripilante gardienne d’immeuble, une attachante prostituée, une vieille tenancière de bar… - qui nous entraînent dans un Paris entre deux âges, un Paris où les zinc disparaissent au profit d’un mobilier standardisé et où les cafés sont désormais servis dans des gobelets en carton recyclable.


Mais pour ma part, c’est surtout l’art du dialogue que j’ai aimé dans ce roman, sa verve, son parler populaire et imagé, ses expressions désuètes que l’auteur nous remet délicieusement en mémoire, et qui  font de ce texte d’une exquise légèreté une appréciable parenthèse de plaisir et d’évasion.







samedi 13 février 2021

Avant elle

Johanna Krawczyk
Héloïse d’Ormesson, 2021



Il ne va pas être facile d’évoquer ce roman sans révéler le ressort de l’intrigue sur lequel il repose. C’est pourtant ce que je vais tenter de faire, afin de ne pas nuire à l’effet de surprise qu’il réserve au lecteur.


Carmen, dans la trentaine, mariée et mère d’une petite fille, est née d’un couple de réfugiés argentins. Après avoir fui son pays, son père s’était enfermé dans un silence qu’il n’est jamais parvenu à rompre. La séquestration, les séances de torture subies sous la dictature… le traumatisme était trop grand pour pouvoir y mettre des mots. Quant à sa mère, elle avait choisi de se donner la mort avant d’honorer la promesse qu’elle lui avait faite de lui raconter leur rencontre.

Afin de mieux comprendre ses parents et de connaître ce qu’avait pu être leur histoire, Carmen n’a eu d’autre choix que de mener des études qui l’ont conduite à devenir une spécialiste de l’Amérique latine. Mais l’absence de transmission et ses nombreuses interrogations restées sans réponses ont toutefois conduit la jeune femme au bord de l’abîme.


Aussi, lorsqu’au lendemain du décès de son père, elle découvre les sept cahiers dans lesquels il a consigné toute sa vie, elle tient enfin la possibilité de découvrir son histoire familiale. Mais est-il toujours bénéfique de lever le voile sur ce qui vous a été caché ?


L’auteure nous donne à lire les pages de ce journal en les entrecoupant des réflexions et des réactions de Carmen qui espère ainsi combler les vides de l’existence de cet opposant à la dictature qu’était son père. Sous la plume de ce dernier, les noms des bourreaux aujourd’hui bien connus prennent corps révélant à la fois les dimensions de cet effroyable régime sous un angle intime, mais aussi la manière dont l’histoire peut parfois être réécrite.


C’est vrai, ce roman se lit d’une traite. Mais, c’est vrai aussi, on voit quand même assez vite arriver le pot-aux-roses. En tout cas si l’on s’intéresse un tant soit peu à l’histoire contemporaine de l’Argentine et si l’on a déjà lu quelques ouvrages à son sujet. Mais si cette histoire ne vous est pas familière, alors ce roman vous révélera l’une des facettes les plus noires et les plus cruelles de cette dictature, dont les conséquences restent aujourd’hui encore très douloureuses au sein de la population.



Un livre sélectionné par Les 68 Premières fois

Premiers romans :

  • Avant elle, Johanna Krawczik (Héloïse d’Ormesson)
  • Avant le jour, Madeline Roth (La Fosse aux ours) 
  • Bénie soit Sixtine, Maylis Adhémar (Julliard)
  • Ce qu’il faut de nuit, Laurent Petitmangin (La Manufacture de livres)
  • Danse avec la foudre, Jeremy Bracone (L’Iconoclaste)
  • Grand Platinum, Anthony Van den Bossche (Le Seuil)
  • Il est juste que les forts soient frappés, Thibault Bérard (L’Observatoire) 
  • Indice des feux, Antoine Desjardins  (La Peuplade)
  • L’enfant céleste, Maud Simonnot (L’Observatoire) 
  • Le doorman, Madeleine Assas (Actes Sud)
  • Le Mal-Epris, Bénédicte Soymier (Calmann-Levy)
  • Les après-midis d’hiver, Anna Zerbib (Gallimard)
  • Les cœurs inquiets, Lucie Paye (Gallimard) 
  • Les grandes occasions, Alexandra Matine (Les Avrils)
  • Les Monstres, Charles Roux (Rivages)
  • Les orageuses, Marcia Brunier (Cambourakis) 
  • Nos corps étrangers, Carine Joaquim  (La Manufacture de livres)
  • Sept gingembres, Christophe Perruchas (Le Rouergue)

Deuxièmes romans :

  • Le sanctuaire, Laurine Roux (Le Sonneur) 
  • Les nuits d’étéThomas Flahaut (L’Olivier) 
  • Over the Rainbow, Constance Joly (Flammarion)
  • Tant qu’il reste des îles, Martin Dumont (Les Avrils)

lundi 8 février 2021

Indice des feux

Antoine Desjardins
La Peuplade, 2021



Ecrire des nouvelles n’est pas un exercice facile : il faut en effet beaucoup de talent pour révéler l’ampleur d’un sujet et donner de la force à son propos à travers des textes courts. Incontestablement, Alexandre Desjardins est doté de ce talent.


Il n’a pourtant pas choisi un thème de faible envergure, puisqu’il s’agit rien moins que de révéler quelques-uns des différents indices témoignant du naufrage vers lequel nous conduisons notre planète :  extinction des espèces, destruction des habitats naturels, montée des eaux, incendies infernaux, catastrophes climatiques… autant d’événements que l’auteur met successivement en scène pour nous contraindre à y voir plus que des accidents indépendants les uns des autres, mais bien un ensemble de symptômes d’une déroute annoncée. La nouvelle devient dès lors une forme parfaitement cohérente avec le propos.


Pour nous harponner, Antoine Desjardins ouvre son recueil avec un motif propre à glacer son lecteur : l’agonie d’un adolescent atteint d’un cancer. Si l’on ignore à quoi cet enfant doit l’empoisonnement de son sang, un sentiment de révolte nous assaille immanquablement devant cette circonstance contre-nature. On est violenté par le contraste entre la vitalité que le jeune garçon possède naturellement au début du récit et l’épuisement progressif mais rapide de son corps. Et bousculé aussi par une langue pleine de sève, une langue au rythme rapide, au plus près d’une réalité qu’elle s’efforce de saisir pour nous la jeter en pleine face et nous forcer à réaliser que ce déclin va de paire avec celui que connaît le monde frappé par toutes sortes de maux dont les échos se font entendre à travers les journaux radiodiffusés. Deux délitements qui se conjuguent et se confondent pour conduire l’enfant vers un bien amer constat : mieux vaut-il sans doute mourir tout de suite que d’être condamné à vivre dans un environnement voué à une disparition prochaine…


A l’autre bout du recueil, c’est encore un individu que l’on accompagne jusqu'à la mort. Mais il s’agit cette fois d’un vieil homme, longtemps resté robuste et vigoureux. Mourir, il y est prêt, somme toute. Le rythme des phrases est apaisé, la douceur des mots traduit la plénitude d’une vie arrivant à son terme, mais aussi l’amour et la complicité unissant cet homme à son petit-fils, qui est le narrateur de la nouvelle. 

Mais une chose tourmente néanmoins celui qui se voit affectueusement appelé Grand : que va-t-il advenir de son arbre ? De cet orme qui est dans son jardin, qu’il n’a cessé de choyer pour qu’il ne soit jamais atteint par le parasite qui décime tous ceux de son espèce ? C’est à l’ombre de ses frondaisons qu’il en a conté l’histoire à son petit-fils, qui ne se lassait jamais de l’entendre : comment il sortit du sol en étirant ses branches vers le ciel pour tenter d’y trouver la compagnie de ses congénères, alors que le bonheur lui vint finalement de la terre où les enfants, génération après génération, venaient jouer autour de son tronc. Leurs rires, les baisers échangés par les amoureux contre son écorce, les vieux qui venaient se reposer à l’ombre de son feuillage… C’est là qu’il a puisé sa sève au fil des siècles, dans cette chaîne de vie et de transmission. Une chaîne dont le vieux sent bien aujourd’hui qu’elle est sur le point de se rompre. Et nous, lecteurs, le savons mieux encore, à la lumière de ce que nous venons de lire…


Entre ces deux nouvelles d’une force inouïe, différents textes renferment la vie et la sottise des hommes peu enclins à ouvrir les yeux sur l’inanité de leurs agissements. Des textes d’une puissance sans doute inégale - mais n’est-ce pas la loi du genre ? - qui offrent néanmoins un saisissant tableau de l’état de la Terre. Combien en faudra-t-il encore pour nous rendre à l’évidence et décider enfin, collectivement, de changer de cap ?




Un livre sélectionné par Les 68 Premières fois


Premiers romans :

  • Avant elle, Johanna Krawczik (Héloïse d’Ormesson)
  • Avant le jour, Madeline Roth (La Fosse aux ours) 
  • Bénie soit Sixtine, Maylis Adhémar (Julliard)
  • Ce qu’il faut de nuit, Laurent Petitmangin (La Manufacture de livres)
  • Danse avec la foudre, Jeremy Bracone (L’Iconoclaste)
  • Grand Platinum, Anthony Van den Bossche (Le Seuil)
  • Il est juste que les forts soient frappés, Thibault Bérard (L’Observatoire) 
  • Indice des feux, Antoine Desjardins  (La Peuplade)
  • L’enfant céleste, Maud Simonnot (L’Observatoire) 
  • Le doorman, Madeleine Assas (Actes Sud)
  • Le Mal-Epris, Bénédicte Soymier (Calmann-Levy)
  • Les après-midis d’hiver, Anna Zerbib (Gallimard)
  • Les cœurs inquiets, Lucie Paye (Gallimard) 
  • Les grandes occasions, Alexandra Matine (Les Avrils)
  • Les Monstres, Charles Roux (Rivages)
  • Les orageuses, Marcia Brunier (Cambourakis) 
  • Nos corps étrangers, Carine Joaquim  (La Manufacture de livres)
  • Sept gingembres, Christophe Perruchas (Le Rouergue)

Deuxièmes romans :

  • Le sanctuaire, Laurine Roux (Le Sonneur) 
  • Les nuits d’été, Thomas Flahaut (L’Olivier) 
  • Over the Rainbow, Constance Joly (Flammarion)
  • Tant qu’il reste des îles, Martin Dumont (Les Avrils)


samedi 6 février 2021

Tout peut s'oublier

Olivier Adam
Flammarion, 2021



Si l’on cherchait à reconnaître un roman comme on peut le faire d’un vin, à l’aveugle, il suffirait de quelques pages pour identifier un cru d’Olivier Adam : des phrases courtes, sans fioritures ni faux-semblants, l’ancrage dans un quotidien ordinaire, un personnage principal désabusé, le ressac de la mer sur une plage bretonne, un Paris boboisé et, à l’occasion, une tentative d’évasion du côté du Japon… Certains se délectent de ce nectar quand d’autres n’y voient qu’un amer breuvage impropre à étancher leur soif de littérature. Personnellement, je me range du côté des premiers, et je me préparais donc à me délecter de ce nouvel opus de l’auteur…


Cette fois, le principal protagoniste, que l’on situe assez aisément dans la quarantaine, se prénomme Nathan. Il vient d’être quitté par sa femme Jun, une Japonaise qu’il avait rencontrée à Kyoto après un premier échec amoureux. Une blessure narcissique certes douloureuse, mais dont il aurait pu se remettre si Jun n’avait décidé de tout plaquer du jour au lendemain pour rentrer au Japon… en emmenant avec elle leur fils de cinq ans, sans même l’en avertir.


Olivier Adam a divisé son roman en plusieurs grands chapitres dont les premiers nous ramènent dans le passé afin de nous présenter les différentes étapes de la vie affective de son héros pour mieux nous plonger au coeur de la crise qu’il traverse. En arrière-fond de ces émois apparaissent les délicates relations diplomatiques qu’entretiennent la France et le Japon, dont les cultures respectives sont si différentes, et qui vont là aussi apporter un éclairage sur les événements.


Si j’ai trouvé la deuxième partie de l’ouvrage plutôt convaincante, avec un rythme soutenu et une véritable efficacité narrative, je dois bien admettre avoir éprouvé une certaine lassitude à la lecture de la première. Une fois n’est pas coutume, si je m’en tenais à elle, je pourrais - très ponctuellement - me rallier à ceux que les personnages et le ton d’Olivier Adam irritent. Comme une impression de déjà-lu, l’humour corrosif de l’auteur en moins. Or, c’est bien cette autodérision et cette distance qui font pour moi le sel des textes d’Adam. 


Il aura donc fallu passer une longue mise en place avant de parvenir au coeur de l’intrigue : les tentatives de Nathan pour reprendre contact avec son ex, et surtout retrouver son fils. Or les législations française et japonaise étant profondément antagonistes, ses droits de père ne sont pas reconnus, et sa seule présence sur le sol japonais est perçue comme une atteinte à la personne de son ex-femme.

C’est avec un certain effroi que j’ai lu ces pages. La tension narrative prend soudainement corps, et la mise en lumière du cadre législatif et du système judiciaire japonais à travers les déboires que connaît le héros ne manquent pas d’intérêt. Le rythme s’accélère, l’auteur renonce à la terrifiante inertie de Nathan et l’on finit enfin par éprouver pour ce dernier compassion et empathie. 


Vous l’aurez compris, l’attaque de ce nouveau roman m’aura empêchée d’en apprécier pleinement la saveur, même si les notes finales m’ont réservé une bonne surprise. Pas de quoi, toutefois, bouder le prochain millésime de l’auteur. Il en est des bons romanciers comme des grands vins : certaines années sont meilleures que d’autres.