Affichage des articles dont le libellé est Littérature latino-américaine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Littérature latino-américaine. Afficher tous les articles

samedi 28 janvier 2023

Anna Thalberg

Eduardo Sangarcia
La Peuplade, 2023

 Traduit de l’espagnol (Mexique) par Marianne Million

 

De quoi Anna s’est-elle rendue coupable pour que des inconnus pénètrent chez elle de force munis d’un mandat d’arrêt, lui ligotent les mains, lui couvrent la tête d’une cagoule avant de la traîner dehors ? Sans un mot, ignorant ses questions, ils la hissent dans une charrette et l’emmènent à la ville où elle est jetée en prison. A son retour chez lui, trouvant sa maison saccagée, son mari Klaus apprendra de la bouche d’un voisin qu’elle est accusée de sorcellerie. Nous sommes au coeur de l’Allemagne, à la fin du Moyen Age ou au tournant de l’époque moderne, et les bûchers se multiplient pour faire rempart au malin en brûlant les créatures qu’il a ensorcelées.

Aidé du prêtre de la paroisse, Klaus va tenter d’infléchir les autorités. Anna est pieuse, il s’agit forcément d’une erreur. Mais l’examinateur Vogel est formel, il s’appuie sur de nombreux témoignages : Anna éveille la concupiscence des hommes (sans doute le pire de ses crimes !), a été vue se rendre à des sabbats et chevaucher des chèvres… Il lui faut avouer pour sauver son âme : elle sera pour cela soumise à la torture.

La chasse aux sorcières a déjà donné lieu à un certain nombre d’oeuvres littéraires ou cinématographiques. Eduardo Sangarcia s’en empare cependant avec une puissance d’évocation sans égal. Il ne s’attarde pas à planter le décor ni à présenter ses personnages. Il nous confronte par l’écriture à la soudaineté et à la violence des faits auxquels son héroïne est soumise, et ne nous permet pas d’échapper à cette angoissante situation. Le texte se déploie en passant de l’un à l’autre des protagonistes, nous livrant leurs pensées, leur angoisse, leur sentiment de révolte ou de résignation, nous offrant une vision à la fois interne et externe de ce qu’ils vivent. C’est oppressant, rien ne nous est épargné des tourments de la torture ni du cynisme et de l’abjection des bourreaux, sans pour autant sombrer dans la complaisance. 

L’auteur accomplit un vrai tour de force formel en composant des chapitres d’une seule phrase simplement scandées par des retours ligne, permettant de tisser tous les éléments de son récit en une trame serrée et cohérente - même si le recours occasionnel à un effet de mise en page sur deux colonnes m’a laissée un peu sceptique. Il rend le lecteur captif de son texte comme Anna l’est de ses bourreaux et provoque ainsi un véritable sentiment d’horreur et de révolte face à l’arbitraire et à la tyrannie qui sait si bien s'appuyer sur les jalousies et la haine de l'étranger. La résistance courageuse et obstinée qu’offre Anna n’en apparaît que plus bouleversante et l’on ressort de ce texte pourtant assez bref le souffle court.  


A lire également, le billet de Nicole. 

 

vendredi 2 septembre 2022

Supermarché

José Falero
Métailié, 2022


Traduit du portugais (Brésil) par Hubert Tézenas



Ancrer son récit dans une favela, c’est faire face à la misère et à la violence, promesses de pages d’une noirceur absolue. José Falero, lui-même né dans l’un de ces quartiers de Porto Allegre, a pourtant fait un choix bien différent pour en décrire les conditions de vie. De survie, devrait-on plutôt dire. 


Pedro, comme tous ses compagnons d’infortune, ne rêve que d’une chose : mener une vie meilleure, pouvoir s’offrir tous les biens de consommation dont regorge le supermarché dans lequel il est employé pour une bouchée de pain. D’autant qu’il a lu Marx et qu’il a sur le travail et le partage des richesses des idées très précises. 

Lorsqu’il fait la connaissance de Marques, embauché pour effectuer les mêmes tâches que lui, se noue aussitôt entre eux une franche complicité. Tous deux passent des heures cachés dans la réserve à se gaver de confiseries en devisant de la société et de l’inégale répartition des fruits du travail. Tel le maître à son disciple, Pedro lui enseigne d’une manière toute personnelle les préceptes du Capital, et le convainc de la nécessité de trouver le business qui leur permettra d’engranger un profit à hauteur des efforts fournis. C’est Marques qui aura la bonne idée : si les favelas sont infestés de trafiquants de cocaïne et d’héroïne, la vente d'herbe reste un créneau inexploité. La demande est pourtant forte ! Ni une ni deux, les voici lancés dans une affaire qui va se révéler tout à fait florissante, et le lecteur entraîné dans un récit aux accents rocambolesques.


Derrière le ton résolument frivole qu’il adopte, José Falero relate pourtant une réalité qui n'a rien de tendre et à laquelle il semble impossible d’échapper - ce que le retentissant dénouement ne manquera pas de rappeler. Mais en donnant à son récit des accents tragi-comiques, il parvient à rendre ses personnages attachants - et jusqu’aux plus effroyables d’entre eux. Il permet surtout au lecteur d’entrer dans cet univers d’une extrême violence sans résistance ni préjugé, ce qui est une remarquable prouesse.

vendredi 8 avril 2022

Une maison à Bogota

Santiago Gamboa
Métailié, 2022

Traduit de l’espagnol (Colombie) par François Gaudry




On a tous plus ou moins en tête une maison idéale, un endroit où on pourrait se sentir parfaitement à sa place, qui serait comme un refuge et un rempart au monde extérieur. Le narrateur de ce roman a beaucoup de chance : cette maison existe, elle a longtemps alimenté ses rêves et, lorsqu’il remporte un prix littéraire richement doté, il peut enfin l’acquérir.

C’est ainsi qu’après avoir vécu en divers points du globe, il rentre à Bogota et s’y installe avec la tante qui l’a élevé. Une maison, ce n’est pas un simple agrégat de briques et de pierres. Une maison est riche de promesses, de projections et d’histoires, passées ou à venir. Le quartier, la ville, le pays, voire le continent où elle se situe la déterminent également. 

Après avoir pris possession des lieux, le narrateur se déplace de pièce en pièce pour raconter la manière dont il l’habite avec sa tante, laissant à cette occasion remonter ses souvenirs et donnant libre cours à ses réflexions.

Pour l’auteur, ce procédé est une manière de dépeindre sa ville d’origine, Bogota, ainsi que ses habitants. Tout comme son personnage, il s’en est longtemps absenté, ayant vécu une trentaine d’années en exil. Avec ses avenues numérotées et certains de ses quartiers laissés en complète désaffection, Bogota ne possède pas le charme d’autres cités qu’il a pu connaître. Elle a pourtant des atouts, comme les majestueuses montagnes qui la dominent et que l’on peut encore apercevoir depuis certaines fenêtres. Mais elle est défigurée par la misère qui la ronge et que le narrateur refuse d’ignorer.  

Avec ce texte, Gamboa pare Bogota de la dimension littéraire qui paraissait lui manquer, alors que tant d'autres villes ont été magnifiées par les écrivains. Elle a pourtant comme toutes les autres une histoire et une identité à laquelle il nous donne ainsi accès.



mercredi 25 août 2021

Poussière dans le vent

Leonardo Padura
Métailié, 2021


Traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis




Pour connaître un pays, rien de tel évidemment que de s’y rendre. Encore, pour le comprendre, faudrait-il pouvoir y rester plusieurs mois, voire plusieurs années. Et même ainsi, il n’est pas certain que l’on puisse en saisir toutes les subtilités, tous les codes, ni les ressorts profonds qui en régissent la vie. Certains écrivains parviennent à restituer quelque chose de cette essence qui nous échappe, et Leonardo Padura possède incontestablement ce talent.


Poussière dans le vent nous invite à partager l’existence d’un groupe de Cubains amis depuis leur plus jeune âge et celle de leurs enfants. A partir d’une photo de groupe prise dans les années 90, l’auteur déploie une vaste toile romanesque qui va nous permettre de découvrir la destinée de chacun des protagonistes, mais surtout d’entrer dans leur psyché, de percevoir leurs espoirs, leurs doutes et leurs craintes, et parfois leur résignation - ou ce qu’il faut peut-être appeler le fatalisme qu’a ancré en eux des décennies de régime castriste.


Si certains sont restés sur l’île, nombreux sont ceux ayant saisi la moindre possibilité qui s’offrait à eux de partir. En Europe, aux Etats-Unis ou en Russie, les diasporas cubaines ne manquent pas, et si des balseros tentent encore de gagner les côtes de la Floride sur des embarcations de fortune, les stratégies de départ sont désormais multiples. 

Mais si Elisa a décidé de partir du jour au lendemain, sans prévenir quiconque, c’est sans aucun doute pour une raison bien précise, qui échappe pourtant à ses proches amis. Bien des années plus tard, le souvenir de la jeune femme et l’incompréhension relative à son geste ne cessent de les tourmenter. Faut-il chercher l'origine de ce départ précipité dans les malversations de son père, dans les relations adultères qu’elle aurait entretenues avec l’un ou l’autre des garçons du groupe, ou encore dans la peur engendrée par la surveillance qu’aurait exercée l’un d’entre eux pour le compte du régime ? Chaque personnage sera amené à délivrer des informations, les points de vue et les récits de chacun venant peu à peu compléter le puzzle qui nous permettra in fine de découvrir ce qui est arrivé.


Au passage, Leonardo Padura nous aura proposé une minutieuse étude psychologique de son peuple, l’inscrivant dans les remous de l’histoire. S’il fallait oser une comparaison pour évoquer ce roman, je dirais volontiers qu’il nous offre une vision kaléidoscopique de Cuba : chaque personnage, chaque déplacement dans les époques constitue une partie de l’image qui bouge et se réinterprète à mesure que l’on avance dans la lecture. Ce qui ne manque ni d’attrait ni d’intérêt.








La lecture de ce roman de 630 pages est aussi l'occasion de valider ma participation au challenge Pavé de l'été à retrouver chez Brize Deslandes

mercredi 13 novembre 2019

L’enquête


Juan Jose Saer

Le Tripode, 2019


Traduit de l’espagnol (Argentine) par Philippe Bataillon



Comment résister à une si belle couverture ? Parmi les dizaines de livres présentés sur les tables de la librairie dans laquelle j’étais entrée, celui-ci a immédiatement aimanté mon regard. Signé d’un auteur argentin que je n’avais encore jamais lu, je n’ai pas hésité longtemps avant de m’en offrir un exemplaire, en dépit des nombreuses lectures qui m’attendaient déjà...

Saer étant considéré à l’égal de Borges, je m’attendais avec cette intrigue policière dont l’inconscient semblait être le moteur, à un récit assez cérébral... Tellement cérébral, à vrai dire, que j’ai mis un certain temps à y entrer ! Pas moins de trois récits sont enchâssés, sans que le lien entre eux soit évident. Quoi qu’il en soit, c’est surtout l’intrigue principale qui a retenu mon attention : en plein Paris, dans le XIe arrondissement et plus précisément autour de la place Voltaire, un serial killer s’en prend à des vieilles dames qu’il mutile, viole et assassine avec la plus grande cruauté. Pas vraiment ma tasse de thé... Sauf que si l’auteur mentionne quelques effroyables détails pour les besoins de de son récit, il ne s’y attarde guère, et la nature même de son écriture instaure une distance qui prive le texte de tout caractère complaisant. 
Et puis, on parlait d’inconscient : ces détails sont indispensables à la résolution de l’énigme. Or, celle-ci s’est révélée assez étourdissante, avec des renversements plutôt inattendus ! 

Mais au-delà de la jouissance que peut procurer la résolution du mystère, c’est surtout la lecture que j’ai cru pouvoir en faire qui m’a intéressée. Ce récit ayant plusieurs étages, il est utile de préciser ici que la narration de ce fait divers est l’oeuvre d’un Argentin revenant dans son pays après plusieurs années. Or, la description qui est faite du meurtrier présumé, de l’autorité qu’il incarne et dont il use, de sa volonté de gagner la confiance de ses victimes avant de les torturer, sa cruauté, son caractère calculateur, la terreur qu’il fait régner, bref ce sentiment de toute-puissance et d’impunité qui émane du texte m’ont inévitablement amenée à y voir une métaphore de la dictature. J’y ai retrouvé ce climat oppressant et froid qui se dégage d’autres textes se situant plus explicitement sous de tels régimes.

Mais il s'agit sans aucun doute d'un récit complexe, ouvrant à différentes interprétations, un de ces textes qui invite à échanger les perceptions et les points de vue. Alors si l’un d’entre vous l’a lu ou envisage de le faire, j’aimerais vraiment pouvoir confronter ma propre lecture à celle d'autres lecteurs. Avis aux amateurs !


dimanche 13 janvier 2019

La transparence du temps


Leonardo Padura

Métailié, 2019


Traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas



Depuis le temps que je voulais découvrir cet auteur, j'ai enfin lu mon premier Padura ! Avec une couverture pareille, il faut dire, comment résister ?

J’avais pourtant mal négocié mon départ... Si le héros, Conde, ancien flic à la retraite voyant approcher avec une certaine fébrilité le jour fatidique de ses 60 ans, apparaît d’emblée sympathique et attachant, les maints tours et détours qu’il emprunte avant d’entrer dans le vif du sujet ont clairement mis ma patience à l’épreuve. Néanmoins, comme, en matière de lecture tout du moins, je suis douée d’une certaine capacité d'endurance, j’ai persévéré... et bien m’en a pris !
Car, au-delà de la quête de la vierge noire qui a été dérobée à son propriétaire par le jeune amant de celui-ci et qui est au coeur de l’intrigue, ce qui fait pour moi l’intérêt et l’attrait de ce roman, c’est l’ambiance qui s’en dégage et le tableau qu’il brosse de Cuba. De Cuba aujourd’hui. Loin des décors de carte postale et des images romantiques d’un peuple dressé contre l’impérialisme américain, Padura évoque la manière dont le régime castriste a profondément et durablement modelé la population.

Depuis Obama, les relations entre Cuba et l’Amérique se sont «normalisées». Les Cubains peuvent désormais sortir de leur pays sans risquer leur vie sur des embarcations de fortune, comme Jesus Diaz, notamment, l'avait en son temps décrit avec talent et non sans humour dans un excellent roman* ; ils peuvent également se procurer sur leur île les biens de consommation que l’on trouve partout ailleurs dans le monde.
Enfin ça, évidemment, c’est la théorie. Parce qu’en pratique rares sont les Cubains ayant les moyens de s’offrir un téléphone portable ou de s’attabler dans l’un des restaurants à la mode qui ont désormais pignon sur rue. Bien au contraire, ce pays qui avait cru pouvoir éradiquer les inégalités a vu se creuser des écarts abyssaux entre des individus ayant réussi à s’enrichir grâce à toutes sortes de trafics et ceux vivant dans des bidonvilles propres à faire frémir les Cubains les plus endurcis.

Quant à quitter son pays, même si le rêve semble désormais accessible, tourner le dos à sa famille, à ses amis, à ses habitudes est une décision qui ne va pas de soi. Surtout lorsqu’on est né sous le régime de Castro et qu'on n'a jamais eu le loisir d'avoir à effectuer le moindre choix. Partir ou rester, décider de donner telle ou telle orientation à sa vie est une option dont ce peuple a été trop longtemps privé pour pouvoir à présent facilement exercer cette liberté. Choisir est sans doute l’une des choses qui semblent aux personnages de Padura les plus difficiles à faire. Et, à lire l'écrivain, l'apprentissage de cette faculté qui nous semble si évidente et si élémentaire nécessitera peut-être encore de nombreuses années... Et c'est sans compter les contraintes économiques qui restreignent bien souvent le champ des possibles...


* Parle-moi un peu de Cuba, également paru chez Métailié en 1999, comme l'ensemble des livres de cet écrivain disparu en 2002. 


mercredi 31 janvier 2018

Double fond

Elsa Osorio
Métailié, 2018

Traduit de l'espagnol (Argentine) par François Gaudry


Année 2004. A La Turballe, paisible petite commune de la côte bretonne située non loin de Guérande, le cadavre d’une femme est retrouvé par des pêcheurs. Un suicide ? Muriel, la jeune journaliste locale appelée à couvrir ce fait divers, n’y croit guère... Il faut dire que Marie Le Boullec est d’origine argentine et que les modalités de son décès rappellent étrangement les innombrables victimes des vols de la mort perpétrés sous la dictature militaire.

Epaulée par un ami hispanophone et par la voisine de Marie, Geneviève, qui avait tissé avec elle des liens d’amitié, Muriel conduit une enquête qui l’amène à s’interroger sur l’identité de la victime. Quel est le passé de cette femme ? Etait-elle vraiment celle qu’elle prétendait être ? Tandis que le trio tente de tirer ces questions au clair, il se documente également sur l’histoire de la dictature. Et lorsque Muriel découvre que Marie avait eu des échanges de mails et des discussions par chat avec un énigmatique Argentin, le lien entre la mort de cette femme et l’histoire récente de ce pays ne fait plus aucun doute...

Elsa Osorio s’y entend comme personne pour révéler l’histoire de la période la plus noire de son pays en nouant les fils d’une intrigue captivante. Déjà, dans le fabuleux Luz ou le temps sauvage que j’ai lu il y a près de vingt ans et dont je me souviens pourtant avec une absolue netteté, elle empruntait au roman policier pour révéler l’horreur du trafic des bébés volés.

En alternant le récit d’une femme aux identités multiples écrivant une vibrante confession destinée à son fils afin que celui-ci comprenne pourquoi elle dut se séparer de lui, avec l’enquête menée par la journaliste, Elsa Osorio parvient à restituer un tableau saisissant de ce que fut cette dictature. Elle adopte ainsi deux points de vue qu’elle entremêle avec habileté, celui distancié de l’historien et celui vibrant d’émotion du témoin relatant sa terrible et révoltante expérience.
Maîtriser à ce point l’art de conjuguer le plaisir d’une lecture haletante avec l’exigence d’un récit extrêmement documenté relève d’un talent suffisamment rare pour ne pas passer à côté !


Si la dictature argentine a pris fin en 1983, de nombreux responsables du régime connurent l'immunité grâce à des lois d'amnistie qui ne furent annulées qu'en 2003. C'est pourquoi la justice, trente-cinq ans après les faits, n'en finit pas de poursuivre son travail. Il y a quelques semaines seulement, le 29 novembre 2017, un verdict à l'encontre d'une cinquantaine de militaires a été rendu à Buenos Aires, au terme d'un procès historique.
Voir l'article du correspondant de RFI du 1er décembre dernier


Si l'histoire de la dictature en Argentine vous intéresse, d'autres romans apportent un éclairage très intéressant.

Sur les Montoneros
 et la lutte dans la clandestinité
Sur la société argentine après la dictature
et la manière dont d'anciens bourreaux
ont pu échapper à la justice et continuer
d'occuper des postes de pouvoir

Sur l'opération Condor
et les liens entre les différentes
dictatures d'Amérique latine
Sur la manière dont une dictature
instaure un climat de peur
et les séquelles sur les individus
 jusque après le retour
à la démocratie


Et, bien sûr, sur les bébés volés
aux détenues politiques
par les tenants du régime militaire

mercredi 8 novembre 2017

Le musée des rêves

Miguel A. Seman

La Dernière Goutte, 2017


Traduit de l’espagnol (Argentine) par Nelly Guicherd


Vous n’aviez jamais entendu parler de ce roman ? Moi non plus !
Auteur inconnu et petite maison d’édition, la combinaison imparable pour qu’un livre tout juste né sombre aussitôt dans les méandres de l’oubli... Mais mon libraire a l’excellente habitude de glisser parmi les nouveautés en vue des publications nettement plus confidentielles...
C’est ainsi qu’entre les multiples tentations qui me mettent constamment à l’épreuve, j’ai repéré ce roman dont la couverture m’a immédiatement tapé dans l’œil. Un titre poétique, une typo ayant du caractère, une illustration sobre et évocatrice, le tout ponctué d’un séduisant logo, elle avait tout pour m’attirer dans ses filets... Et il aura suffi, sur la quatrième, de l’une de ces formules définitives dont les éditeurs ont le secret pour me porter l’estocade finale. Tourneriez-vous le dos, vous, à un «roman magistral sur la mémoire, l’imagination et le pouvoir des livres» ?

Une chose est sûre, c’est que l’illustration de couverture reflète parfaitement l’atmosphère étrange et inquiétante qui règne dans ce roman. Quelque chose d’absurde et d’impalpable, d’écrasant et d’insaisissable. 
Même si cela n’est pas dit d’emblée de manière explicite, on est dans l’Argentine des années 70 et 80, celle de la dictature. Rodolfo, le héros et narrateur du livre, semble très isolé et vit dans des conditions précaires. Lorsqu’on lui propose de vendre ses rêves à un homme prétendant en avoir besoin pour fournir de la matière à son psychanalyste, il y voit une manière - certes déconcertante - de gagner un peu d’argent. 
Mais l’arbitraire et l’irrationnel régnant en maîtres, les frontières entre le rêve et le réel ont  une fâcheuse tendance à se brouiller. Les rêves, où les pensées les plus libres retrouvent droit de cité, deviennent alors une arme potentielle, étant le seul lieu où la tyrannie ne peut s’exercer. Une organisation secrète se charge donc de les collecter et de les faire circuler, notamment en les inscrivant en marge des pages des livres. Les lecteurs deviennent ainsi partie prenante des textes qu’ils tiennent entre leurs mains. Rêves et livres - ces deux espaces de résistance - sont alors les instruments de la chute des oppresseurs. 

Dire que j’ai été complètement conquise par cette fable serait sans doute excessif, car j’avoue m’être sentie parfois un peu décontenancée. Mais on peut penser que telle était l’ambition de l’auteur, chercher à plonger son lecteur dans ce climat de désarroi, de perplexité et d’angoisse dans lequel une dictature installe un peuple. 
Dans ce cas, pari réussi !


A la demande générale, je dévoile donc le nom de ma librairie préférée (j'ai l'impression d'en parler tout le temps, mais peut-être plus souvent sur Instagram, en fait). Il s'agit de l'Arbre à lettres Bastille. Je ne saurais trop vous recommander d'y faire un tour :-)


samedi 17 juin 2017

La veuve des Van Gogh

Camilo Sanchez

Liana Levi, 2017


Traduit de l’espagnol (Argentine) par Fanchita Gonzalez Batlle


Van Gogh : Vincent, Théo, Johanna et les autres

Van Gogh, je suis comme tout le monde, j’adore ! Comme beaucoup, je connais la relation très forte qui l’unissait à son frère Théo, avec lequel il échangea une correspondance nourrie. Et puis, bien sûr, j’ai en tête le mythe de l’artiste maudit, qui vécut dans une extrême précarité, n’ayant jamais vendu de son vivant, alors que ses toiles prirent une valeur considérable après sa mort...
Van Gogh, c’est comme Rimbaud ou Mozart. Ce sont des icônes dont on connaît - plus ou moins bien - les œuvres, et dont la figure nous est familière. Leur vie tumultueuse et l’incompréhension, voire le rejet dont ils firent l’objet de la part de leurs contemporains, enflamment notre imaginaire, non moins que leur personnalité hors du commun. 

Pourtant, lorsque sort un film ou un roman qui retrace leur existence, on s’aperçoit bien souvent que l’on n’en a que des images déformées, sublimées. Bref, que le monstre sacré s’est substitué à l’homme et à l’artiste qu’ils furent.
Camilo Sanchez, dont c’est le premier roman, a voulu essayer de retrouver l’homme derrière la légende.
Mais, puisqu’on ne regarde pas le soleil en face, il a choisi de poser ses yeux sur Théo et surtout sur la femme de celui-ci, Johanna, qui ne rencontra guère plus de trois ou quatre fois son beau-frère. Mais elle avait de quoi s’interroger sur cet homme auquel son mari ne survécut pas plus de six mois. Après la disparition des deux frères, c’est par la lecture des quelque 650 lettres que Vincent envoya à Théo qui les conserva jalousement qu’elle put comprendre quelle était la nature de leur relation. Surtout, elle découvrit peu à peu ce qui habitait l’artiste, sa manière de travailler et de percevoir le monde. A l’aide aussi de l’une des sœurs Van Gogh, dont elle se rapprocha, elle apprit quelques secrets de famille. Plus encore que du vivant de Vincent, Johanna se sentit une proximité avec lui, son regard sur sa peinture évolua, au point qu’elle se sentit dépositaire d’une mission : celle de sauvegarder et faire reconnaître son œuvre.

Camilo Sanchez restitue ainsi, par petites touches, un portrait sensible de l’artiste, un portrait qui n’occulte pas la dimension sulfureuse du personnage, mais que l’on ne perçoit que comme un lointain écho, évitant ainsi d’en altérer les traits. 

Et puis, il nous invite à entrer dans l’intimité d’une femme courageuse et déterminée, à laquelle il rend un bel hommage. Elle fut certainement, après son époux, la plus zélée des défenseurs de l’œuvre de Vincent et sans doute lui doit-on beaucoup dans la connaissance que nous avons de lui.

mardi 2 mai 2017

La fin de l’histoire

Luis Sepulveda

Métailié, 2017


Traduit de l’espagnol (Chili) par David Fauquemberg


"La littérature raconte ce que l'histoire officielle dissimule."
Luis Sepulveda 

Je l’ai dit ailleurs, pas moyen de rédiger un billet sur mes lectures depuis ce funeste dimanche 23 avril. Je me sens absolument incapable de dire quoi que ce soit d’intéressant sur Les filles au lion, de Jessie Burton, ou Trop de lumière, de Marinette Levy. Tant pis...
Si j’ai choisi néanmoins d’essayer de parler du dernier roman de Sepulveda, c’est qu’il est un nouveau et parfait témoignage des atrocités qu’engendre une dictature. Celle du Chili était militaire, mais on sait très bien que les régimes autoritaires et liberticides peuvent aussi surgir des urnes...

Entre Russie et Chili, Sepulveda explore les liens qui existèrent entre les descendants de certains cosaques qui défendirent le tsar en 1917 et les partisans de Pinochet. Sous la Seconde Guerre mondiale, les premiers rallièrent les régiments SS, puis, plus tard, servirent de mercenaires aux partisans de la junte. 
Dans son roman, Sepulveda met en scène Juan Belmonte, un ancien opposant au régime de Pinochet. Sa compagne, Veronica, n’est jamais sortie du silence dans lequel elle s’était réfugiée pour ne pas livrer d’information sur Belmonte lorsque ses bourreaux la torturèrent. Bien que Belmonte mène désormais avec elle une vie calme, en retrait du monde, il est contacté par les services secrets russes pour retrouver quelques-uns de ces cosaques, bien décidés à aider leur ancien chef à s’évader de la prison où il a été condamné à finir ses jours pour les faits de torture dont il se rendit coupable sous le régime de Pinochet.

Les liens qui unissent les différents personnages et le rôle qu’ils jouèrent dans le passé nous sont peu à peu dévoilés par le jeu d’une alternance de chapitres qui nous emmènent à différentes époques de la Russie au Chili. Sans jamais s’attarder, en quelques mots savamment pesés et distillés, Sepulveda évoque l’horreur, la peur et la douleur, les alliances et les trahisons.

C’est un texte très maîtrisé, très fort, nécessaire, auquel j’ai conscience de rendre bien mal justice, l’ayant lu dans un moment de profonde inquiétude. Ce sont pourtant les livres qui nous éclairent et qui devraient nous permettre de reconnaître les faux-semblants pour ne pas sombrer à nouveau dans l’horreur.


jeudi 22 septembre 2016

L'échange

Eugenia Almeida

Métailié, 2016


Traduit de l'espagnol (Argentine) par François Gaudry


Trente ans après la dictature, l'Argentine est-elle débarrassée de ses démons ?

Il y a quelque temps, je vous parlais de La double vie de Jesus, paru chez Metailié. Depuis, cet éditeur a eu la gentillesse de me faire parvenir un roman issu du même continent, L’échange d’Eugenia Almeida, ce qui ne pouvait manquer de m’intéresser. J’ai donc quitté le Mexique pour l’Argentine, mais on ne peut pas dire que j’y ai découvert un horizon beaucoup plus dégagé.
Changement radical de registre toutefois, avec ce texte au style austère, incisif, confinant parfois à l’épure. Rien à voir avec la truculence de Serna.

Tandis que le cadavre d’une jeune femme gît devant un café, deux journalistes s’interrogent sur les causes de sa mort. Un suicide. Guyot se rend sur place, où l’émotion est palpable, observe l’agitation et tente d’obtenir des informations du commissaire Jury. Mû par une sorte d’intuition, ou de trouble, il va chercher à comprendre ce qui a pu conduire cette femme à commettre l’irréparable. D’autant qu’avant de retourner son arme contre elle-même, elle s’en était servi pour menacer un homme, disparu sans laisser de trace. Au fil de son enquête, Guyot va interroger différentes personnes ayant fréquenté la jeune femme, parmi lesquelles une psychanalyste à la retraite, avec laquelle il va nouer une relation privilégiée. Et va peu à peu surgir l’ombre vénéneuse de la dictature dont les acteurs ou ceux qui en ont tiré parti sont loin d'avoir disparu de la circulation...

Par ses chapitres ultra-courts, le recours quasi permanent à la forme dialoguée et à des phrases très brèves, voire nominales, telles des didascalies, Eugenia Almeida produit un texte théâtral qui propulse le lecteur sur la scène des événements et installe d’emblée une atmosphère oppressante, parfois presque poisseuse. De manière imperceptible, elle fait progressivement monter la tension pour installer son lecteur dans une forme de malaise diffus, pareil à celui qui semble traverser la société argentine.

Il faut accepter d’être déstabilisé par ce texte qui fait entendre différentes voix, sans que l’on sache toujours précisément qui parle, et qui place par conséquent le lecteur dans une position assez inconfortable. On est pourtant happé par l’atmosphère qui se dégage et l’on ne peut s’empêcher de suivre les personnages en différents lieux et différentes situations, qui en disent long sur l’état de la société argentine.

L’auteur s’en explique d’ailleurs fort bien, comme j’ai eu la chance de pouvoir l’entendre lors d’une rencontre organisée par l’éditeur. Eugenia Almeida a en effet sciemment choisi d’installer ses lecteurs dans un certain flou pour traduire cette peur omniprésente et ce soupçon permanent qui caractérisent les régimes autoritaires. Savoir qui parle et à quel titre, c’est avoir la possibilité de cerner sont interlocuteur et maîtriser son environnement. A contrario, la confusion, les discours lourds de sous-entendus, les menaces qu’on laisse planer entretiennent la peur sur laquelle se fondent les dictatures. L’ambition de l’auteure était de traduire les complicités cachées qui perdurent bien après que les tyrans soient tombés, pour transcrire l’angoisse qui en résulte. 

Eugenia Almeida s’est lancée dans une démarche littéraire tout à fait intéressante qui me rappelle, quoi qu’elle revête une forme bien différente, l’expérience menée par un autre écrivain argentin, Leopoldo Brizuela, dans La nuit recommencée. Ces romans se rejoignent dans leurs tentatives originales d’aller au-delà du simple récit pour faire percevoir au lecteur une petite part de ce que l’on peut ressentir lorsqu’on vit sous un régime autoritaire. Des romans évidemment très noirs, à l’image de la très belle couverture du livre d’Eugenia Almeida. 







mercredi 24 août 2016

La double vie de Jesús

Enrique Serna

Metailié, 2016


Traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry


Loin des itinéraires touristiques, Enrique Serna nous présente un Mexique à bout de souffle.

Cela faisait bien longtemps que je n’avais rien lu de cet éditeur dont j’apprécie pourtant la qualité des publications qui font la part belle aux textes ancrés dans la réalité sociale des pays où se situe leur action. La double vie de Jesús n’y fait pas exception. Paru au Mexique en 2014, ce roman révèle avec beaucoup d’habileté le degré de corruption qui gangrène ce pays.
Son héros, Jesús Pastrana, est un homme intègre qui brigue la mairie de Cuernavaca. Ayant fait de sa probité son principal argument électoral et ayant l’ambition d’éradiquer la criminalité engendrée par les narcotrafiquants, il va très vite s’apercevoir combien il est difficile de conserver sa droiture pour faire triompher ses idéaux... D’autant qu’au moment de démarrer sa campagne, il tombe follement amoureux d’un transexuel, ce qui n’est pas le moindre des handicaps dans un pays où le machisme constitue une vertu cardinale. Alors que le crime organisé tire les ficelles du pouvoir et que la plupart des medias sont à la solde de dirigeants véreux, Pastrana se débat dans un véritable cloaque, redoutant d’y être à son tour entraîné.

Dans la plus pure tradition littéraire latino-américaine, Enrique Serna inscrit ses personnages hauts en couleur, au langage cru et spontané et à la sexualité débridée dans une histoire aux multiples péripéties. Au travers d’une intrigue extrêmement bien ficelée, il dépeint parfaitement tous les rouages d’une société littéralement épuisée par la criminalité. Il nous offre ainsi une vision de son pays aussi effarante qu’effroyable, mais aussi un roman que l’on prend un réel plaisir à lire.



dimanche 18 janvier 2015

Les réputations


Juan Gabriel Vasquez

Le Seuil, 2014

Traduit de l'espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon
☁


Prétendant traiter de la place des caricaturistes dans la société, l'auteur passe malheureusement complètement à côté de son sujet.

Ce livre m’a attirée dès sa sortie, en septembre dernier. Mais il y a tant de choses à lire que je tardais à m’en emparer...
Et puis, après ces trois jours funestes de janvier, sa couverture présentant une plume trempée dans une encre rouge sang et son héros, un caricaturiste colombien, l’ont remis sur le devant des lectures à ne pas laisser passer.
La quatrième de couverture présentait le roman comme une réflexion sur l’influence d’un caricaturiste politique, et sur l’examen de conscience qu’il est amené à faire pour mesurer le poids et la pertinence de son pouvoir.

Bien sûr l’attente face à un tel sujet s’était subitement démesurément amplifiée.
Malheureusement, je dois bien dire que la déception a elle aussi été de taille. 
En fait de réflexion, j’ai surtout vu un homme sans envergure, quelque peu amnésique, qui s’interroge, bien des années après que l’événement ait eu lieu, à la faveur d’une coïncidence, sur sa responsabilité dans le suicide d’un ministre phallocrate, veule et, à l’occasion, pédophile, qu’il avait croqué.

J’ai trouvé le propos traité de manière très anecdotique et, en tout cas, l’auteur n’a pas réussi à dépasser cette dimension pour traiter son sujet avec toute la profondeur  et la hauteur qu’il méritait.

C’est dommage. Et sans doute particulièrement décevant aujourd’hui.

dimanche 19 octobre 2014

Depuis que la samba est samba

Paulo Lins
Asphalte, 2014


Traduit du portugais (Brésil) par Paula Salnot



Une chronique haute en couleur de Rio au début du XXe siècle.

Appréciant beaucoup la musique latino, particulièrement la salsa et la samba, j’ai été assez tentée par ce roman, dont je ne connaissais pas l’auteur, mais sur lequel j’avais lu cet été un entrefilet dans Le Monde des Livres. Or j’ai eu la chance de me le voir attribuer lors d’une opération Masse critique proposée par le site Babelio.
Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas été littéralement transportée par ce récit, qui présente néanmoins de l'intérêt ainsi que quelques atouts.

Dans un style plutôt vivant, Paulo Linz dépeint le Rio de Janeiro des années 1920. On y découvre plus particulièrement les quartiers chauds de cette mégapole et on y rencontre une population bigarrée. Prostituées et proxénètes y côtoient modestes blanchisseuses et dockers, adeptes de l’umbanda et du candomble - des religions afro-brésiliennes - y croisent les descendants d’Européens catholiques, et, bien sûr, Noirs et Blancs y cohabitent avec plus ou moins de tolérance et de respect mutuel.
C’est dans cette ambiance cosmopolite qu’est née, donc, la samba. On saisit parfaitement comment les rythmes existants se sont entremêlés pour donner naissance à cette musique nouvelle, populaire et festive. De jeunes hommes plus ou moins marginaux, mais créatifs, qui avaient envie de donner un grand coup de pied dans la fourmilière, ont apporté fraîcheur et nouveauté dans le paysage musical brésilien. Leurs créations furent récupérées par des vedettes en panne de créativité et dont le seul mérite fut de diffuser cette musique nouvelle à l’échelle internationale, tandis qu’elle se répandait au niveau local au travers de bals de quartiers et de cérémonies religieuses.
Cet aspect-là est brillamment mis en scène.

Ce qui m’a un peu gênée, en revanche, c’est l’omniprésence du sexe, dans sa dimension la plus primaire. Les femmes sont constamment réduites à des «chattes» roses ou noires, tandis que les hommes ont «la queue qui se durcit» à toutes les pages. Les différents personnages de l’histoire semblent exclusivement mus par leur instinct sexuel, les réduisant à mon sens à des individus totalement privés de libre-arbitre et de capacité de réflexion, leur ôtant par là de la crédibilité et finissant par installer une certaine lassitude.
C’est dommage, car le roman recèle aussi de bons moments et propose une lecture assez riche du contexte de la naissance de ce genre musical qu’est la samba.

Ajoutons que les éditions Asphalte ont eu la très bonne idée de proposer en fin d’ouvrage des références de morceaux musicaux sélectionnés par l’auteur lui-même et d’offrir un lien vers leur site afin de nous en faciliter l'écoute. Vous pouvez également cliquer ici pour y accéder!




samedi 30 août 2014


La Capitana

Elsa Osorio

Métailié, 2012


Traduit de l'espagnol (Argentine) par François Gaudry
☀


Le portrait fort documenté d'une femme à la personnalité hors du commun, engagée dans la guerre d'Espagne. 

J’attendais beaucoup de ce livre écrit par un auteur dont j’avais littéralement adoré Un précédent roman, Luz où le temps sauvage. A nouveau, il s’agissait d’un livre fortement ancré dans un contexte historique dur, où des individus s’élèvent et se battent au péril de leur vie contre l’arbitraire et de la violence d’état. Dans un premier cas, Elsa Osorio nous parlait de la dictature argentine, dans le second, elle évoque le combat des républicains dans la guerre d’Espagne.
Un auteur et un sujet, donc, qui avaient toute ma faveur.

Pourtant, force est de constater que j’ai été un peu déçue. Peut-être parce que l’attente était très élevée... Le sujet ne manque pas d’intérêt : Elsa Osorio nous parle d’une femme injustement méconnue issue d’une famille d’émigrés russes installés en Argentine, qui s’est rendue en Espagne par conviction, qui a lutté les armes à la main, et qui, des années 30 à mai 68, a été de tous les mouvements contestataires européens. Une personnalité hors du commun qui mérite amplement d’être révélée au public.
Mais j’avoue qu’il m’est arrivé d’être un peu perdue par le mode de narration choisi par l’auteur, qui passe de la première à la seconde personne du singulier sans que l’on ne sache plus toujours très bien qui parle. Beaucoup d’allers et retours dans le temps brouillent parfois un peu le fil de la narration.
C’est dommage, car le récit est très riche et Elsa Osorio sait nous rendre la personnalité  de Micaela Etchebéhère, dite Mika, attachante. De plus, il est évident qu’elle s’est énormément documentée pour écrire ce livre et nous livrer le portrait de cette infatigable militante qui sut s’imposer dans un milieu d’hommes.

J’imagine que le moment était peut-être tout simplement mal choisi de ma part pour lire ce livre, qui n’a rien d’un roman, alors que je me trouvais en vacances et que j’attendais un texte qui ait davantage des allures de fiction. Car en ce qui concerne l’aspect documentaire, ce récit est incontestablement d’une grande richesse et d’un réel intérêt.

dimanche 15 juin 2014


Le jardin de bronze

Gustavo Malajovich

Actes sud, 2014


Traduit de l'espagnol (Argentine) par Claude Fell

☀ 


Un polar bien mené, loin des thrillers ultra-violents.

Un polar comme je les aime: pas de sang, ou presque, en tout cas aucune scène de violence gratuite, mais une tension psychologique qui monte tout doucement au fil des quelque 520 pages pour culminer dans un terrible dénouement.

Buenos Aires, fin des années 1990. La petite Moira, 4 ans, disparaît avec sa baby-sitter qui l’accompagnait à un goûter d’anniversaire.
Je me méfie grandement des récits d’enlèvement ou de meurtre d’enfants, qui n’ont aucun mal à jouer sur la corde sensible que constitue ce type de sujet pour tout lecteur ayant lui-même des enfants. Mais ici, pas d’effet de dramatisation excessive. Certes, on perçoit l’immense détresse des parents, mais l’auteur ne s’appesantit pas dessus. Les années passent, et Fabian, le père, qui s’était résigné à la perte de sa fille, entrevoit une nouvelle piste et décide de mener lui-même l’enquête avec l’aide d’un ami détective privé, qui l’avait contacté à l’époque du rapt. C’est sans doute cette seconde partie du roman qui est la plus réussie.
Le héros fait alors des découvertes inattendues, et le roman conjugue la conduite d’un suspens haletant au récit intime d’une effroyable tragédie. 

La quatrième de couverture précise que Le jardin de bronze est le premier volet d’une série. A suivre, donc...