vendredi 10 avril 2026

Le jour de guerre est arrivé

Laurent Seksik
Gallimard, 2026


Tirer les leçons de l’Histoire : un impératif bien trop souvent balayé d’un revers de main. Génération après génération, les souvenirs douloureux s’estompent et les horreurs que l’on croyait avoir définitivement enterrées refont leur apparition… Ainsi d’une guerre à l’autre voit-on refleurir le bellicisme et son cortège d’orgueilleux slogans triomphalistes.


En juillet 1914, le jeune Lucien Latour, élève officier à Saint-Cyr, attend l’ordre de mobilisation qui l’enverra mettre ses connaissances en pratique sur le front. Il ne semble pas encore convaincu que le conflit amorcé par l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand puisse s’étendre, mais l’idée de s’inscrire dans la lignée de son grand-père, tombé sur le champ d’honneur à Sedan, le remplit cependant de fierté. Une revanche personnelle, mais aussi collective : au sein de la population, la cinglante défaite infligée par les Prussiens qui entraîna en 1870 la capitulation des Français et signa la chute du Second Empire avait ancré dans les esprits un violent ressentiment à l’égard des « boches ». Le temps de la revanche était venu et on allait marcher sur Berlin en deux temps trois mouvements.


Mais pourquoi la grand-mère de Lucien ne manifeste-t-elle pas un égal enthousiasme à l’idée de voir le petit-fils qu’elle a élevé marcher dans les pas de son défunt époux ? Parce que contrairement à lui, elle connaît les falsifications, elle sait la réalité de la guerre et des horreurs qu’elle implique.


Le récit qu’elle entreprend alors offre à Lucien une tout autre vision des événements, mis en perspective par ce que le récit officiel s’est attaché à dénaturer, à salir et à taire (qui s’est vu enseigner l’histoire de la Commune de Paris au lycée ?) : celui de la guerre civile et de la violente répression qui s’est ensuivie et qui porte - et pour cause - le terrible nom de Semaine sanglante.


A travers ce court roman aux allures de fable, Laurent Seksik dit parfaitement ce que sont la guerre et les ravages qu’elle produit. Ce texte est aussi une excellente introduction à la Commune de Paris, ces deux mois d’espoir sanctionnés par une répression d’ampleur inégalée. Ce n’est pas le moindre de ses atouts. 


N'hésitez pas à compléter la lecture de ce billet par celui de Nicole qui m'a donné envie de lire ce livre.

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