Olivier Mannoni
Héloïse d’Ormesson, 2026
On le sait et on le voit tous les jours, grâce à la puissance financière de quelques dirigeants d’entreprise, l’extrême droite s’accapare les médias et leurs canaux de distribution pour diffuser son idéologie et mener à bien un « projet civilisationnel ». Sous-titré « Pourquoi le fascisme écrase la culture », cet essai s’attache à démontrer que la culture est leur première cible pour y parvenir.
Olivier Mannoni, éminent traducteur de l’allemand, a pu s’appuyer sur l’édition critique de Mein Kampf intitulée Historiciser le mal qu’il a effectuée dans les années 2010 pour développer un travail sur la rhétorique fasciste et en observer les résurgences contemporaines. Cette étude repose bien évidemment aussi sur les travaux d’historiens du nazisme, qui lui permettent d’observer certaines similitudes et de fixer des points de repère pour tirer des signaux d’alarme.
Or la culture et les systèmes d’information ont été les premières victimes des nazis, tout comme ils sont aujourd’hui violemment attaqués chez nous comme de l’autre côté de l’Atlantique - notamment. La culture est en effet « à la fois un enjeu de pouvoir, un outil au service d’une dictature établie ou en devenir [c’est moi qui souligne], mais aussi une cible à détruire ». Chapitre après chapitre, l’ouvrage dresse ainsi le panorama des disciplines artistiques et culturelles, et plus généralement liées à la connaissance, ciblées par cette entreprise de démolition : cinéma, presse, édition, science et enseignement. Mannoni énonce les dispositifs mis en œuvre en exposant des faits précis – qui ont pu faire brutalement irruption dans notre environnement (comme « l’affaire » Olivier Nora du côté des écrivains et de la production éditoriale ou encore les menaces directes que fait peser le rapport Alloncle sur l’audio-visuel public).
Si l’on revient sur le cas de l’Allemagne des années 30, on constate que la plupart des intellectuels, écrivains et artistes ont fui leur pays, tandis que ceux qui étaient restés furent purement et simplement éliminés. Qu’avaient les nazis à proposer pour combler le vide vertigineux qu’ils avaient créé ? Rien. Rien d’autre que des comédies musicales et des bluettes humoristiques sans épaisseur ou les opérettes égrillardes qu’Hitler affectionnait. C’est ce qui fait dire à Mannoni que « l’extrême droite ne mène pas une guerre culturelle », mais bien « une guerre contre la culture » : exit Radio France, bienvenue Hanouna ; fini de « financer des navets et des films gauchistes » avec « l’argent des Français » (dixit le député RN Mathias Renault), « un bon film se juge[ant] au nombre d’entrées qu’il fait » selon son collègue Sébastien Chenu, tous deux ignorant – ou faignant d’ignorer – le système redistributif du CNC, qu’il convient bien entendu de supprimer.
Bref, l’objectif est bien de farcir le public de formats purement distractifs, sans aucune consistance, pour le priver de toute faculté de réflexion et d’esprit critique afin de le rendre docile.
Le déroulé d’Olivier Mannoni est clair, son argumentaire très accessible, sa démonstration imparable. Aussi est-il urgent de défendre nos dispositifs et institutions culturels afin de nous réapproprier le savoir, les arts et la connaissance, qui sont le coeur battant d’une démocratie. La tâche est rude, mais nécessaire. Les attaques sont massives, virulentes, mais il est encore temps. Ce livre vient nous le rappeler avec beaucoup de pertinence.
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| Vu en manifestation le 17 octobre à Paris |
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| Olivier Mannoni en compagnie de Simon Payen à la librairie La vie immédiate le 8 octobre dernier pour le lancement de son livre |












