Melania G. Mazzucco
Calmann Lévy, 2026
Traduit de l’italien par Vincent Raynaud
Le nom de Plautilla Bricci ne vous dira probablement rien. Née en 1616 à Rome, elle a pourtant été une peintre reconnue et fut surtout la première femme à exercer le métier d’architecte. Son existence n’eut rien de commun avec la condition ordinairement réservée aux femmes, donnant ainsi matière à un roman d’autant plus ample que, décédée à l’âge de 89 ans, elle connut une remarquable longévité.
Malheureusement, le principal bâtiment qu’elle conçut, une villa romaine, a aujourd’hui disparu, un nombre restreint de ses toiles restent visibles, et sa vie est peu documentée. Melania Mazzuco, malgré sans doute des recherches scrupuleuses, a dû faire œuvre d’imagination pour restituer le portrait de cette femme hors du commun à la personnalité bien trempée. Elle accorde de ce fait à l’histoire de sa famille et au milieu dans lequel elle a évolué une place considérable. Les difficultés rencontrées par le père de Plautilla, lui-même artiste et savant, la liaison décisive qu’elle entretint avec Elpidio Benedetti, émissaire de Mazarin - lequel favorisa son accession au rang de cardinal - permettent à l’auteure de brosser un tableau de la société romaine du XVIIe siècle.
Celui-ci prend donc le pas sur l’histoire personnelle et intime de l’héroïne, sans doute difficile à établir. Le texte se place alors dans un entre-deux – fresque socio-historique et roman psychologique – sans pouvoir assumer pleinement l’une ou l’autre de ces voies. Attendant en vain que le personnage de Plautilla prenne toute sa mesure, sans que l’aspect contextuel et les personnages périphériques ne se déploient suffisemment pour y suppléer, j’ai parfois ressenti une certaine impatience à la lecture de ce roman. Il a toutefois le mérite de nous immerger dans une époque et un pays passionnants. Un voyage immobile que bon nombre d’entre nous se plaisent toujours à effectuer.






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