lundi 19 avril 2021

Ivo & Jorge

Patrick Rotman
Grasset, 2021



On a tous en tête cette image de Montand dans le film L’Aveu, le visage marqué, des lunettes de soudeur sur les yeux et une corde autour du cou. A l’époque, en 1970, son interprétation avait été unanimement saluée. C’est qu’il ne s’était pas contenté de jouer le rôle d’Arthur London, cet ancien responsable communiste tchèque accusé d’espionnage au profit des Américains : il s’était littéralement senti habité par ce personnage qui le renvoyait à la manière dont il avait lui-même traversé les tragédies de son siècle et à la culpabilité qu’il en ressentait. 

C’est ce que met admirablement en lumière le récit de Patrick Rotman dont les quelque trois cent soixante pages tendent vers cette catharsis qu’a constituée le film de Costa-Gavras pour Montand et pour Semprun, qui en avait pour sa part signé le scénario.


Ils n’étaient pas vraiment destinés à se rencontrer, ces deux-là. En tout cas pas à être unis par les liens d’une amitié sincère et profonde. Pourtant, entre le fils d’immigrés italiens ayant poussé dans les quartiers populaires de Marseille et l’intellectuel issu de la bourgeoisie madrilène ayant fui l’Espagne franquiste, l’entente est immédiate, qui se transformera en une durable complicité. 


Patrick Rotman semble avoir pris un malin plaisir à alterner à un rythme extrêmement serré, presque étourdissant, les éléments biographiques de chacun des deux protagonistes. De leur enfance à leurs années de maturité, il juxtapose leurs expériences, jetant ainsi une lumière crue sur la dissemblance de leur personnalité et de leur parcours. 

A la truculence de l’un répond la discrétion de l’autre, le premier ne songeant qu’à monter sur scène et à percer, ignorant dans une inconscience délibérée les risques pris par les résistants, quand le second engagé aux côtés des communistes est déporté à Buchenwald ; Montand entretient avec le parti communiste un rapport affectif lié à son histoire familiale alors qu’il s’agit pour Semprun d’une démarche d’ordre philosophique que son expérience des camps ne fera que raffermir. 


Mais leur chemin finiront cependant par se rejoindre, dès 1952, lors des iniques procès de Prague qui jetteront notamment London en prison. Les deux hommes repoussent le doute qui commence alors à s’immiscer en eux, instillant au passage le poison du sentiment de culpabilité. Un sentiment qu’il ne leur sera plus permis d’ignorer en 1956, avec l’écrasement du peuple hongrois, puis celui du printemps de Prague, douze en plus tard.


Aussi, lorsque après le succès de Z qu’ils avaient déjà réalisé ensemble, leur ami commun Costa-Gavras leur propose d’adapter au cinéma le récit autobiographique de London, L’Aveu, ce projet prend-il une dimension particulière. L'occasion leur est enfin donnée de faire face à leurs doutes, à ce qu’ils considèrent comme leurs erreurs et à dépasser les contradictions dont ils sont la proie. Ce film apparaît alors comme l’aboutissement de deux destinées qui semblent fusionner dans un projet artistique à valeur existentielle.


Au-delà de la trajectoire de ces deux personnalités charismatiques, c’est bien l’histoire d’un siècle  tourmenté qui nous est ainsi donnée à voir. Grâce à son judicieux dispositif narratif, Rotman apporte un éclairage à la fois sensible, intelligent et extrêmement pertinent sur les formes que prirent l’espoir et la ferveur suscités par le communisme et la nature du traumatisme qui en découla. Loin de toute posture morale ou dogmatique, en se tenant au plus près de ses personnages qu'il sait rendre extrêmement attachants, l'auteur nous permet de comprendre les mécanismes tant historiques que psychologiques qui purent conduire à l'un des plus grands aveuglements du siècle passé. Un très beau livre.


lundi 12 avril 2021

Cabale à la cour

Jean-Michel Delacomptée
Robert Laffont/coll Les Passe-Murailles, 2021




J’ai déjà eu l’occasion de dire combien j’appréciais cette collection des Passe-Murailles, qui permet au lecteur de traverser le temps et de sauter à pieds joints dans la fiction pour entrer dans un univers connu, celui d’un tableau, d’une oeuvre littéraire ou de personnages historiques, afin de nous les rendre vivants et d’instaurer avec eux une forme de complicité. Ces ouvrages souvent brefs offrent une parenthèse que j’aime m’offrir de temps à autre.

Cette fois, c’est à la cour de Louis XIV que j’ai été conviée pour assister au dialogue échangé entre Saint-Simon, qui n’était pas encore le mémorialiste que l’on sait mais cherchait bien à le devenir, et son ami Philippe d’Orléans, neveu du roi.


Philippe d’Orléans mène une vie aux moeurs volontiers dissolues et ne s’en cache pas. Depuis dix ans pourtant une femme est l’objet de son amour inconditionnel. Une relation qu’il affiche d’autant plus ouvertement qu’il ne fait aucun mystère de son inimitié à l’égard de son épouse, qui quoique bâtarde s’enorgueillit de son ascendance royale. Il n’est pas non plus avare de bons mots et a pu aller jusqu’à railler Madame de Maintenon… qui ne le lui pardonne pas. 

De là est née une cabale permettant de relire tous les faits de son existence à l’aune d’une prétendue conspiration qui est sur le point de lui valoir un procès et l’exil.

Une seule issue selon Saint-Simon pour échapper au sort funeste qui lui est promis : faire amende honorable devant les époux royaux et rompre avec sa maîtresse tant aimée. 


S'inspirant des Mémoires de Saint-Simon, l'auteur imagine le savoureux dialogue qu'ont eu les deux hommes et nous révèle ainsi les intrigues de cour, la soumission aux puissants, l’hypocrisie régnante, les rumeurs enflant au gré des intérêts et des caprices des uns et des autres, les grands scandales et les petits arrangements, bref tout ce qui entoure le pouvoir… Pardon ? Comment, dites-vous ? Rien de nouveau sous le soleil ?


mercredi 7 avril 2021

Quand la ville tombe

Didier Castino
Les Avrils, 2021



Peut-être aviez-vous lu le deuxième roman de Didier Castino, Rue Monsieur-le-Prince. Peut-être alors aviez-vous été comme moi frappés par la pertinence de son regard sur la manière dont les dimensions collective et intime s’enchevêtrent, se nourrissent et se façonnent mutuellement pour s’inscrire dans un mouvement plus vaste encore, qui est celui de l’Histoire. Il s’ancrait dans le contexte des grèves lycéennes et étudiantes de 1986 qui s’étaient brutalement soldées par le décès du jeune Malik Oussekine, frappé à mort par la police. 

Si j’évoque ce roman, ce n’est pas uniquement parce que je l’avais trouvé exceptionnel, mais bien parce que celui qui nous intéresse aujourd’hui poursuit sur un autre motif la même réflexion.


Hervé et Blanche n’ont jamais voulu former un couple conventionnel. Et la naissance de leurs trois enfants n’y a rien changé. Ils continuent à vivre comme ils l’ont toujours fait, les emmenant partout avec eux, dans leurs sorties comme dans les manifestations où ils ne manquent jamais de se rendre pour défendre les valeurs qu’ils estiment justes.

Mais la guerre est sur le point d’éclater. Une guerre dont on ne sait rien, ni quelles en sont les causes, ni qui en sont les belligérants, ni quel en est le terrain. Mais elle a déjà envahi les médias et s’est insinuée dans les esprits.


Au matin de ce premier jour, Blanche part comme à son habitude pour l’université où elle enseigne. Rien ne signale encore que la vie a changé. Hervé, lui, ne parvient pas à poursuivre la traduction sur laquelle il travaille. Le soir venu, il rejoint la place des Insurgés, comme de nombreux hommes et femmes qui s’y trouvent déjà. Hervé appelle Blanche pour qu’elle l’y rejoigne. Mais elle ne répond pas : il est 18h22, et le balcon d’un immeuble insalubre vient de s’effondrer sur elle, la laissant sans vie.


Désormais, l’univers d’Hervé se contracte. La tragédie collective reflue et il n’a plus que son drame intime pour tout horizon. L’Absente le hante par toutes les traces qu’elle a laissées - son odeur, les plis que son corps a imprimés dans les draps, sa voix qu’il continue d’entendre. Il doit pourtant apprendre à vivre sans. Et retrouver la perception de ce qui continue d’exister au-delà de cette sphère intime.


D’ailleurs, la mort de Blanche est-elle étrangère au climat qui menace les individus ? La guerre n’est-elle que cet instant où l’on prend les armes pour partir à l’assaut d’un autre peuple ou d’un territoire ? Le cynisme et le mépris d’une municipalité choisissant sciemment de laisser vivre une partie de sa population dans des immeubles qu’elle n’entretient pas malgré les risques qu’elle lui fait courir ne sont-ils pas également meurtriers ? Ces violences sont-elles d'une nature si différente ? N’y a-t-il pas mille façons de réduire un peuple à la misère et à l’impuissance ? La violence que l’on subit soi-même doit-elle, peut-elle faire oublier celle que subissent les autres hommes en tout point du monde ? Peut-on s’affranchir des oppressions qui s’immiscent parfois jusque dans les relations intimes qu’entretiennent les individus ? 


Au terme des trois parties d’un texte qui opère un mouvement de balancier entre ouverture et repli, Blanche apparaît comme l’incarnation des victimes de toute forme de tyrannie, qu’il faut pouvoir reconnaître afin d’être en mesure de la combattre. Il importe alors de ne pas être le jouet des discours fallacieux et des mots falsifiés visant à maintenir les individus dans un état de soumission et un esprit de fatalisme.


Tout le talent de Didier Castino est de proposer à partir de cette réflexion un récit vibrant et incarné, nous faisant entendre la voix d’un homme dialoguant tour à tour avec sa femme et ses enfants, nous permettant de partager ses convictions, ses doutes, ses colères et ses aspirations. Il nous plonge dans son existence et son quotidien, qui ne sont pas si éloignés des nôtres. Et nous invite ainsi à interroger nos propres situations, nos propres parcours, et à réévaluer peut-être notre rapport au monde.



Et si vous voulez un un autre avis avant de courir lire ce roman, passez donc chez Nicole !





mardi 6 avril 2021

La femme moderne selon Manet

Alain Le Ninèze
Ateliers Henry Dougier/Le roman d’un chef-d’œuvre



On sait peu de chose de Victorine Meurent, qui fut le modèle préféré d’Edouard Manet. On peut reconnaître ses traits dans des tableaux devenus non seulement célèbres, mais iconiques, parmi lesquels Le Déjeuner sur l’herbe et Olympia. 


C’est elle qui prend la parole dans le journal fictif que nous offre Alain Le Ninèze afin d’évoquer l’accueil pour le moins hostile que reçurent ces œuvres, tant de la part des institutions que du public. Leur naissance, le contexte dans lequel elles furent créées, les sarcasmes qu’elles suscitèrent sont ainsi racontés d’une manière simple, accessible, à l’exact opposé d’une étude à caractère universitaire.


Ce bref roman propose ainsi une première approche tout à fait instructive pour le néophyte, mais qui paraîtra sans doute un peu sommaire à celui qui attendrait d’entrer davantage dans le processus créatif d’un artiste. Une fois ceci posé, on peut, comme je l'ai fait, passer un agréable moment à la lecture de ces pages, vivantes et attrayantes. 

Et si on a l’envie de développer ses connaissances en matière d’histoire de l’art, l’éditeur nous promet toute une collection s’inscrivant dans cette démarche. J’avoue que, pour ma part, je me laisserais volontiers tenter par le titre relatif à Klimt signé d’Alain Vircondelet dont j’ai déjà pu apprécier la plume avec l’excellent roman qu'il avait consacré chez un autre éditeur au Guernica de Picasso.


dimanche 28 mars 2021

Les enfants sont rois

Delphine de Vigan
Gallimard, 2021




« Cooouuuucou coucou coucou ! », « Bonjour mes étoiles ! » « Comment ça va bien, aujourd’hui ? », « Et surtout, n’oubliez pas de liker, partager, commenter, vous abonner ! »


Si vous n’êtes pas familier de YouTube et de ses chaînes d’influenceurs, il y a fort à parier que vous ne soyez pas au fait de ces formules répétées à l’envi sur un ton éternellement enjoué et selon un débit qui s’apparente souvent à celui d’une mitraillette.


Elles font pourtant florès, ces formules, surtout lorsqu’elles sont mises dans la bouche de jeunes, voire de très jeunes enfants, qui captent ainsi l’attention de centaines de milliers de spectateurs. Et que leur est-il proposé ? Simplement de regarder ces charmants bambins se régaler de friandises ou déballer les jouets envoyés par différentes marques. Pas de quoi se relever la nuit, me direz-vous ? Eh bien détrompez-vous. Car cela peut rapporter gros, et même très gros. Voilà pourquoi certains parents n’hésitent pas à mettre en scène leur progéniture, transformant une innocente exposition occasionnelle en un juteux business…


Ainsi Mélanie Claux mène-t-elle une vie banale, après avoir raté le coche d’une émission de télé-réalité dont elle a jadis été évincée dès le premier épisode. La télé-réalité, elle est tombée dedans dès son plus jeune âge. Son rêve ? Suivre les pas de Loanna. Vous vous souvenez ? La bimbo de l’émission pionnière Loft Story qui avait gagné ses galons de star en s’ébattant dans une piscine avec son petit camarade de jeux…


Etre dans la lumière, admirée, reconnue et aimée, Mélanie ne demande rien d’autre. Un désir que la naissance de ses enfants lui permet enfin d’assouvir lorsqu’elle poste sur les réseaux sociaux quelques videos de sa fille. Forte du succès que celles-ci connaissent, elle crée la chaîne Happy récré, qui prend une rapide ampleur. A tel point que Mélanie en vient à installer dans son appartement un véritable studio d’enregistrement et fait du moindre détail de sa vie et de celle de sa famille un événement présenté à son public. 

Tout va pour le mieux dans le meilleur des monde… jusqu’à ce que sa petite Kimmy se fasse enlever, entraînant une enquête diligentée par Clara, sorte de double de l’auteure qui découvre à cette occasion un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence.


C’est donc en empruntant au genre policier que Delphine de Vigan nous invite à entrer à notre tour dans cet univers aux codes rigoureusement établis. On peut lui reconnaître un vrai savoir-faire, puisqu’on tourne les pages avec un indéniable empressement et non sans un certain effarement face à ce qui nous est révélé : un monde où l’exposition est permanente, où l’existence n’est plus fondée que sur l’image et où la consommation est érigée en une stérile vertu cardinale. 


Pourtant, si la description, pour pathétique qu’elle soit, est convaincante, j’aurais aimé qu’elle s’accompagne d’une étude plus approfondie de la psychologie des personnages. Or celle-ci arrive bien tard : dans la deuxième partie du roman, qui est aussi la plus courte. L’auteure quitte alors son statut d’observatrice pour entrer dans la peau de ses personnages, tenter de comprendre ce qui se joue en eux, et elle n’est jamais aussi bonne selon moi que lorsqu’elle s’investit dans ce registre.

Les lecteurs que nous sommes pouvons alors sortir de l’effroi et de l’indignation - posture bien confortable - pour adopter une approche plus empathique et entrer sur le terrain de l’analyse. En ce qui me concerne, j’aurais apprécié que celle-ci soit un peu plus développée. Le roman y aurait sans aucun doute gagné en puissance.










dimanche 21 mars 2021

Laura Antonelli n’existe plus

Philippe Brunel
Grasset, 2021



« Laura Antonelli n’existe plus ». Cette phrase aurait été prononcée par l’actrice elle-même, répondant ainsi aux sollicitations d’un journaliste qui souhaitait l’interviewer. Ainsi anticipait-elle le relatif oubli dans lequel elle est tombée, avant même son décès en 2015. Mais elle affirmait surtout sa détermination à faire une croix sur son passé cinématographique, à se retirer de l’espace public pour s’inscrire dans une forme de retraite quasi spirituelle.


Il faut dire que sa gloire et son succès n’ont pas été sans se doubler de terribles revers. Rendue célèbre par ses rôles dans des films dotés d’une indéniable charge érotique, c’est en 1973 avec Malizia qu’elle acquiert définitivement le statut de sex symbol en incarnant le personnage d’Angela, une domestique mettant en émoi toute une famille de la petite bourgeoisie italienne. Un statut dont ne se départira plus celle qui fut qualifiée par Visconti de « plus belle femme du monde ». Une figure certes difficile à endosser dans une société italienne encore marquée par l’empreinte mussolinienne et engoncée surtout dans un oppressant carcan catholique et patriarcal. Aussi la presse ne manquera-t-elle pas de se délecter de sa disgrâce lorsqu’elle sera arrêtée pour détention de drogue et quand, cédant à la pression des producteurs, elle sera défigurée par des injections de collagène : cette figure féminine sexuellement libérée pouvait-elle, au moment où sa jeunesse commençait à s’enfuir et sa beauté à connaître les marques du temps, continuer à se jouer impunément des codes moraux ? 


Sous le couvert d’une enquête diligentée dans les années 90 par un producteur français, le narrateur - dont on ne peut s'empêcher de se demander jusqu’à quel point il emprunte à l’auteur - s’était envolé pour Rome afin de rencontrer l’actrice désormais recluse. A travers les souvenirs que lui a laissés cet épisode, il révèle avec élégance et retenue les épreuves et les tourments de cette femme. 

Tout cela n’aurait cependant qu’un intérêt mineur s’il s’agissait de s’en tenir à une chronique people. Mais le narrateur met les faits en perspective avec le contexte social de l’époque et révèle, par petites touches, combien ce qu’incarnait Laura Antonelli ne pouvait que finir par être voué à la vindicte et au châtiment.

Tout en nuance et en élégance, ce texte ne manque pas d’une certaine grâce que l’on prêterait volontiers à la belle Laura.


lundi 15 mars 2021

Niki

Christos A. Chomenidis
Viviane Hamy, 2021


Traduit du grec par Marie-Cécile Fauvin



La Grèce, pour nous Européens - et pour nous Français en particulier -, c’est une sorte d’évidence : un mélange de fondement culturel et d’images de carte postale mêlant le blanc immaculé des murs chaulés au bleu intense des coupoles cycladiques. A peine si la crise des années 2010 est venue entacher ces stéréotypes…

Mais dans le fond, que connaissons-nous vraiment de ce pays ? Que savons-nous de son histoire  au-delà de l’Antiquité ? Côté culture, quels contemporains serions-nous capables de citer spontanément ? Les musiciens évoqueront peut-être la Callas et Xenakis ; en littérature, il y a fort à parier qu’on irait péniblement au-delà de Kazantzkis et de son iconique Zorba. Peut-être le cinéma nous offre-t-il deux, trois noms familiers avec Angelopoulos et Costa Gavras… Ce dernier signe justement une courte préface au roman qui nous occupe aujourd’hui. Il faut croire que la littérature grecque en France a encore besoin d’être adoubée par une célébrité pour espérer se frayer une place sur les tables de nos libraires…


Apprêtons-nous donc à ouvrir « cet ouvrage qui retrace la réalité si particulière, si unique de la vie privée, sociale et nationale des Grecs », pour reprendre les mots du fameux réalisateur. Niki est une femme née juste avant la Seconde Guerre mondiale qui prend la parole au lendemain de sa mort pour raconter sa vie et celle de sa famille. En dépit d’une narration à la première personne, Christos Chomenidis adopte ainsi une forme de point de vue omniscient lui permettant d’embrasser, au-delà de la trajectoire de cette famille, l’histoire de tout un pays. En remontant à l’enfance de son propre père, Niki couvre une période allant du début des années 20 à la fin des années 50, lorsqu’elle prend véritablement son indépendance et son envol.


Chomenidis nous offre un ample roman où, en faisant la part belle à l’expérience intime de ses personnages, il nous révèle les conditions de l’émergence du KKE, le parti communiste grec, au lendemain de l’abolition de la monarchie, parti qui joua un rôle central malgré la clandestinité dans laquelle il fut relégué, favorisée par l’instabilité politique que connaissait alors le pays. 

L’auteur entre d’ailleurs dans un niveau de détail historique qu’il n’est pas toujours aisé de suivre - mais la traductrice n’a fort heureusement pas été en reste de notes de bas de page visant à éclairer la lanterne du lecteur ignorant…


S’il faut certes parfois faire un effort de concentration pour garder le fil des dates et des noms qui nous sont pour la plupart inconnus (en tout cas, ils l’étaient de moi), le caractère foisonnant du récit, les aléas de la vie des personnages, les réflexions que l’auteur met dans leur bouche, tout cela concourt à faire de ce roman une lecture plaisante et enlevée qui procure la satisfaction d’avoir découvert un pan de l’histoire d’un pays qui mérite mieux que quelques images d'Epinal…

samedi 13 mars 2021

Grand Platinum

Anthony van den Bossche
Le Seuil, Fiction & Compagnie, 2021



Derrière ce titre énigmatique se cache un roman insolite donnant à voir un Paris tout à fait inhabituel. Non pas celui des élégantes avenues bordées d’immeubles en pierre de taille ni celui des bâtiments plus modestes des quartiers populaires, non pas un Paris minéral en somme, mais une ville animée d’un souffle vital que lui confère ses parcs et surtout les points d’eau qui l’irriguent. Par la grâce de son fleuve, de ses lacs, de ses bassins, Paris ondoie et devient sous la plume de l’auteur un espace sublimé.


Qu’est-ce qui préside à cette métamorphose ? La présence de carpes dites koï, une espèce exceptionnelle tout droit venue du Japon, qui se distingue par ses splendides couleurs et par le subtil graphisme de ses écailles. 

Un homme s’est attaché naguère à ces poissons très recherchés dans leur pays d’origine et en a, tout au long des années, plongé un certain nombre dans les différents points d’eau de la capitale. A présent qu’il est mort, son fils et sa fille reçoivent ce précieux mais embarrassant héritage. Faut-il les vendre ou les conserver en mémoire de leur père ? Si les deux enfants ne s’accordent pas forcément sur ce point, il va néanmoins leur falloir les récupérer, ce qui donnera lieu à une petite odyssée en compagnie d’un vieil ami de leur père et du jardinier aux bons soins duquel leur propriétaire les avais confiés.


Je ne dirais pas que j’ai été absolument conquise par ce roman qui peut par certains aspects déconcerter. Mais il recèle néanmoins une atmosphère singulière et une forme de poésie qui m’ont permis de voir la ville que j’aime et dans laquelle je vis sous un jour inédit et séduisant.  



Un livre sélectionné par Les 68 Premières fois


Premiers romans :

  • Avant elleJohanna Krawczik (Héloïse d’Ormesson)
  • Avant le jour, Madeline Roth (La Fosse aux ours) 
  • Bénie soit Sixtine, Maylis Adhémar (Julliard)
  • Ce qu’il faut de nuit, Laurent Petitmangin (La Manufacture de livres)
  • Danse avec la foudre, Jeremy Bracone (L’Iconoclaste)
  • Grand Platinum, Anthony Van den Bossche (Le Seuil)
  • Il est juste que les forts soient frappés, Thibault Bérard (L’Observatoire) 
  • Indice des feux, Antoine Desjardins  (La Peuplade)
  • L’enfant céleste, Maud Simonnot (L’Observatoire) 
  • Le doorman, Madeleine Assas (Actes Sud)
  • Le Mal-Epris, Bénédicte Soymier (Calmann-Levy)
  • Les après-midis d’hiver, Anna Zerbib (Gallimard)
  • Les cœurs inquiets, Lucie Paye (Gallimard) 
  • Les grandes occasions, Alexandra Matine (Les Avrils)
  • Les Monstres, Charles Roux (Rivages)
  • Les orageuses, Marcia Brunier (Cambourakis) 
  • Nos corps étrangers, Carine Joaquim  (La Manufacture de livres)
  • Sept gingembres, Christophe Perruchas (Le Rouergue)

Deuxièmes romans :

  • Le sanctuaire, Laurine Roux (Le Sonneur) 
  • Les nuits d’étéThomas Flahaut (L’Olivier) 
  • Over the Rainbow, Constance Joly (Flammarion)
  • Tant qu’il reste des îles, Martin Dumont (Les Avrils)



mardi 2 mars 2021

Lëd

Caryl Ferey
Les Arènes, Equinox, 2021



Imaginez un froid intense. Pas celui que nous avons connu il y a quelques jours, assorti de son joli manteau neigeux. Non, je vous parle de températures pouvant atteindre les -50 à -60°C, un truc qui vous crame les poumons à peine avez-vous mis le nez dehors, avec des vents furieux durant parfois plusieurs jours. Sans oublier la nuit polaire, des semaines entières sans voir le soleil se lever. Ajoutez à cela un taux de pollution record, dû notamment à l’exploitation forcenée des gisements de nickel et autres métaux dont les sous-sols regorgent, et vous avez une idée de ce qu’est Norilsk, en Sibérie, qui sert de cadre au nouveau roman de Caryl Férey ! Sympa, non ?


Côté personnages, il y a Gleb, un mineur qui est aussi un talentueux photographe ainsi que l’amant de Nikita, un solide gaillard travaillant également à la mine ; Dasha, qui n’a pas son pareil pour créer des vêtements avec trois bouts de tissu et qui arrondit ses fins de mois en se produisant dans un club de pole dance ; Valentina, blogueuse et fervente défenseur de la cause environnementale ; l’inspecteur Ivanov, muté à Norilsk pour avoir effectué son boulot avec un peu trop de zèle, où il a épousé Anya, atteinte d’un asthme chronique que le médecin du cru se révèle impuissant à traiter. Voilà pour les principaux protagonistes de ce polar qui en compte une belle galerie. Et c’est bien là sa force.


Car s’il y a une classique intrigue policière, avec un cadavre découvert dès les premières lignes du livre et qui servira de fil rouge aux plus de cinq cents pages qui vous attendent, Caryl Férey nous offre surtout un extraordinaire tableau de la ville de Norilsk et, plus largement, de la Russie d’aujourd’hui, fille de décennies de régime communiste ayant enfanté à l’occasion de sa chute une oligarchie et une mafia qui gangrènent aujourd’hui la société.

Autour de cette intrigue principale se nouent en effet différents destins individuels qui sont l’occasion de révéler les terribles maux dont souffre le pays - implacable homophobie, ségrégation en tout genre, séquelles encore vivaces du stalinisme et corruption se diffusant à tous les niveaux de la société.


C’est une incommensurable violence que nous dépeint Caryl Férey, à laquelle il semble difficile, voire impossible d’échapper. Une violence qui, en se conjuguant avec un climat d’une terrifiante rigueur, rend les conditions de vie à peine supportables. Mais c’est avec une évidente tendresse qu’il nous présente ses personnages et les fait vivre sous sa plume. C’est sans doute ce qui rend ce polar si attachant et permet au lecteur de le dévorer d’une traite malgré l’effroi qu’il ne peut s’empêcher de ressentir.


samedi 27 février 2021

La soutenance

Anne Urbain
L’Olivier, 2021



Certains livres semblent nous être particulièrement destinés : ils relatent un événement que nous avons nous-même connu et l’on peut avoir envie de confronter cette expérience à la nôtre. C’est avec mes propres souvenirs que je me suis lancée dans la lecture de ce premier roman. Avec l’espoir, sans doute, de retrouver des émotions, des situations, des anecdotes peut-être, que j’avais vécues. Mais en littérature, les miroirs ne vous sont pas toujours tendus là où vous les attendiez…


Il faut dire que le principal protagoniste de ce roman n’a pas la soutenance joyeuse. Rédiger sa thèse se révèle même un tel calvaire qu’il envisage sérieusement d’y renoncer. Encore faudrait-il pour cela qu’il trouve le courage de l’annoncer à sa mère. Mais voilà, celle-ci fait une rechute de cancer, tandis que son mari s’enfonce dans la dépression. Sans compter le glorieux frère aîné qui s’invite dans ce triste tableau et qui pourrait bien cacher quelque fêlure derrière sa triomphante cuirasse de golden boy…


Si cette histoire de soutenance donne lieu à une rocambolesque scène finale qui m’aura certes arraché un sourire, elle cache en fait une tragicomédie familiale frisant parfois le grand guignol. Malgré une légère impression de duperie, j’aurais toutefois pu apprécier ce roman si son héros n’était pas aussi inconsistant et si son aventure avait eu un peu plus de profondeur. 

Mention à peine passable, en ce qui me concerne…



samedi 20 février 2021

Un fils sans mémoire

Valentin Spitz
Stock, 2021



Christian Spitz, alias Le Doc. Ce nom ne vous dira sans doute pas grand chose si vous avez moins de vingt ans - ou même de trente. Moi, je m’en souviens. Même si je n’ai jamais été une fidèle de Fun radio, où il s’est fait connaître, et si j’avais sans doute un peu passé l’âge de ses auditeurs, je ne peux oublier les controverses et les diatribes que son émission soulevait alors. La violence de la réaction du public n’avait d’égal que le succès et le soutien que ce médecin rencontrait auprès des adolescents auxquels il s’adressait. Avec son complice Difool, il permettait aux plus jeunes d’aborder la sexualité en toute liberté, et aucun mot ni aucune pratique n’étaient interdits d’antenne. Le Doc, dans les années 1990, c’était celui qui s’adressait aux jeunes sans les infantiliser, qui répondait à toutes leurs questions et n’admettait aucun tabou.


Quelle chance d’avoir un tel père, le petit Valentin s’entendait-il dire. Bien sûr, on ne pouvait qu’envier la bienveillance et la qualité d’écoute dont il devait bénéficier… Sauf que. Entre l’image publique et la sphère intime, il y a bien souvent un écart. Voire un gouffre. Et c’est celui-ci que Valentin sonde à travers ce récit.


Valentin n’a jamais vécu sous le même toit que son père. D’ailleurs, celui-ci ne l’a pas reconnu à la naissance et c’est un combat qu’il a dû mener auprès de l’administration - avec le soutien de son père - pour obtenir le droit de porter officiellement son nom. Il ne dispose que de quelques photos floues et n’a que des souvenirs éparses des brefs moments passés avec lui. En revanche, il se souvient précisément des longues heures passées à l’attendre alors qu’il était en retard ou ne venait pas.

Longtemps Valentin a cru qu’il était la seule cause des regards fuyants, des rendez-vous manqués et du mutisme. 

Le sentiment de culpabilité puis la colère ne l’empêcheront cependant pas de tout faire pour amorcer le dialogue et partager une forme de complicité avec son père. Mais puisque la sphère intime lui reste obstinément fermée, c’est par le journalisme et la radio - les voies dans lesquelles il s’est engagé - qu’il va nouer cette relation et s’efforcer de faire enfin la fierté de ce père. C’est sur ce terrain commun qu’ils vont se rencontrer, se parler. Pour Valentin, c’est aussi l’occasion de découvrir une ascendance familiale qu’il ne connaît pas et de comprendre celui qui lui a tant manqué.


C’est ce cheminement, cette difficile conquête, que nous relate Valentin Spitz avec lucidité et sincérité. Si ce texte est touchant, c’est parce qu’à aucun moment il ne se montre vindicatif à l’égard de l’absent. Valentin fait au contraire de ce manque un pilier sur lequel s’appuyer pour se construire : ce vide, il l’habille de mots. Ces mêmes mots qui sont aujourd’hui les plus précieux alliés d’un petit garçon devenu psychanalyste et écrivain.


jeudi 18 février 2021

L'homme qui marche

Jean-Paul Delfino
Héloïse d’Ormesson, 2021




Les jambes vous démangent ? Vous aimeriez pouvoir arpenter les rues et vous arrêter boire un verre avec quelques amis dans votre bar favori ? Emboitez donc le pas à Théophraste Sentiero, le héros du nouveau roman de Jean-Paul Delfino, car c'est exactement ce qu'il fait !

Un soir de Noël, ses pieds sont soudainement pris de tremblements irrépressibles. Sa femme a beau le houspiller, son médecin lui prescrire des examens, rien n’y fait. Jour après jour, nuit après nuit - ce qui lui vaut d’être chassé du lit conjugal -, sans qu’il sache pourquoi, ses pieds s’agitent.


Alors il se met à faire de longues promenades, déambulant dans les rues de Paris, trouvant refuge à l’église Saint-Sulpice ou s’asseyant quelques instants devant une fontaine du jardin du Luxembourg. C'est ainsi qu'il observe les personnages qui l’entourent et fait de singulières rencontres, telle cette fantasmagorique jeune femme qu'il entrevoit à plusieurs reprises et dont il va guetter chacune des nouvelles apparitions. Et surtout ce vieil aveugle qui semble pourtant percevoir mieux que quiconque le moindre détail de ce qui l'environne. Un homme bourru, mais qui va prendre Théophraste en sympathie, lui apprendre à surmonter son manque d’assurance et lui offrir la plus précieuse des richesses, l'amour des livres et de la littérature. Car le vieillard est libraire, et ce n’est pas le désintérêt affirmé de Théophraste pour la lecture qui va l’empêcher d’en faire son coursier attitré !


C’est à la lecture d’un conte que nous convie Jean-Paul Delfino. Si vous aimez le genre, vous apprécierez sa galerie de personnages truculents - une horripilante gardienne d’immeuble, une attachante prostituée, une vieille tenancière de bar… - qui nous entraînent dans un Paris entre deux âges, un Paris où les zinc disparaissent au profit d’un mobilier standardisé et où les cafés sont désormais servis dans des gobelets en carton recyclable.


Mais pour ma part, c’est surtout l’art du dialogue que j’ai aimé dans ce roman, sa verve, son parler populaire et imagé, ses expressions désuètes que l’auteur nous remet délicieusement en mémoire, et qui  font de ce texte d’une exquise légèreté une appréciable parenthèse de plaisir et d’évasion.







samedi 13 février 2021

Avant elle

Johanna Krawczyk
Héloïse d’Ormesson, 2021



Il ne va pas être facile d’évoquer ce roman sans révéler le ressort de l’intrigue sur lequel il repose. C’est pourtant ce que je vais tenter de faire, afin de ne pas nuire à l’effet de surprise qu’il réserve au lecteur.


Carmen, dans la trentaine, mariée et mère d’une petite fille, est née d’un couple de réfugiés argentins. Après avoir fui son pays, son père s’était enfermé dans un silence qu’il n’est jamais parvenu à rompre. La séquestration, les séances de torture subies sous la dictature… le traumatisme était trop grand pour pouvoir y mettre des mots. Quant à sa mère, elle avait choisi de se donner la mort avant d’honorer la promesse qu’elle lui avait faite de lui raconter leur rencontre.

Afin de mieux comprendre ses parents et de connaître ce qu’avait pu être leur histoire, Carmen n’a eu d’autre choix que de mener des études qui l’ont conduite à devenir une spécialiste de l’Amérique latine. Mais l’absence de transmission et ses nombreuses interrogations restées sans réponses ont toutefois conduit la jeune femme au bord de l’abîme.


Aussi, lorsqu’au lendemain du décès de son père, elle découvre les sept cahiers dans lesquels il a consigné toute sa vie, elle tient enfin la possibilité de découvrir son histoire familiale. Mais est-il toujours bénéfique de lever le voile sur ce qui vous a été caché ?


L’auteure nous donne à lire les pages de ce journal en les entrecoupant des réflexions et des réactions de Carmen qui espère ainsi combler les vides de l’existence de cet opposant à la dictature qu’était son père. Sous la plume de ce dernier, les noms des bourreaux aujourd’hui bien connus prennent corps révélant à la fois les dimensions de cet effroyable régime sous un angle intime, mais aussi la manière dont l’histoire peut parfois être réécrite.


C’est vrai, ce roman se lit d’une traite. Mais, c’est vrai aussi, on voit quand même assez vite arriver le pot-aux-roses. En tout cas si l’on s’intéresse un tant soit peu à l’histoire contemporaine de l’Argentine et si l’on a déjà lu quelques ouvrages à son sujet. Mais si cette histoire ne vous est pas familière, alors ce roman vous révélera l’une des facettes les plus noires et les plus cruelles de cette dictature, dont les conséquences restent aujourd’hui encore très douloureuses au sein de la population.



Un livre sélectionné par Les 68 Premières fois

Premiers romans :

  • Avant elle, Johanna Krawczik (Héloïse d’Ormesson)
  • Avant le jour, Madeline Roth (La Fosse aux ours) 
  • Bénie soit Sixtine, Maylis Adhémar (Julliard)
  • Ce qu’il faut de nuit, Laurent Petitmangin (La Manufacture de livres)
  • Danse avec la foudre, Jeremy Bracone (L’Iconoclaste)
  • Grand Platinum, Anthony Van den Bossche (Le Seuil)
  • Il est juste que les forts soient frappés, Thibault Bérard (L’Observatoire) 
  • Indice des feux, Antoine Desjardins  (La Peuplade)
  • L’enfant céleste, Maud Simonnot (L’Observatoire) 
  • Le doorman, Madeleine Assas (Actes Sud)
  • Le Mal-Epris, Bénédicte Soymier (Calmann-Levy)
  • Les après-midis d’hiver, Anna Zerbib (Gallimard)
  • Les cœurs inquiets, Lucie Paye (Gallimard) 
  • Les grandes occasions, Alexandra Matine (Les Avrils)
  • Les Monstres, Charles Roux (Rivages)
  • Les orageuses, Marcia Brunier (Cambourakis) 
  • Nos corps étrangers, Carine Joaquim  (La Manufacture de livres)
  • Sept gingembres, Christophe Perruchas (Le Rouergue)

Deuxièmes romans :

  • Le sanctuaire, Laurine Roux (Le Sonneur) 
  • Les nuits d’étéThomas Flahaut (L’Olivier) 
  • Over the Rainbow, Constance Joly (Flammarion)
  • Tant qu’il reste des îles, Martin Dumont (Les Avrils)