samedi 14 janvier 2023

Fille en colère sur un banc de pierre

Véronique Ovaldé
Flammarion, 2023

 

Les secrets de famille, et c’est bien compréhensible, constituent une matière romanesque inépuisable. Véronique Ovaldé, que je lisais ici pour la première fois, nous en offre une nouvelle illustration. 

Elles étaient quatre soeurs, sur ce petit bout de terre faisant face à la Sicile : Gilda et Violetta, les deux aînées, soudées par l’assurance que leur conférait leur statut ; Aïda et Mimi, les cadettes, unies de leur côté par une complicité sans faille. Aïda a pourtant rompu avec sa famille qu’elle a quittée pour gagner Palerme et qu’elle n’a pas vue depuis quinze ans. Jusqu’au jour où elle reçoit un appel de Violetta lui annonçant la mort de leur père.

Dès les premières pages, le malaise est palpable entre les soeurs. Leurs retrouvailles ne sont que gestes hésitants et paroles empruntées. Et surtout, elles ne sont que trois. C’est que Mimi a disparu à l’âge de 6 ans : volatilisée, un soir de carnaval auquel elles avaient pourtant interdiction de se rendre. Aussi Aïda avait-elle attendu que la nuit fût tombée et tout le monde couché pour sortir en catimini… entraînant avec elle sa petite sœur, dont les supplications risquaient d’alerter leurs parents.

Rassurez-vous, je ne vous spoile rien, nous ne sommes ici qu’au tout début du roman, qui va remonter le fil des souvenirs de la famille et retracer la vie de cette petite bourgade nichée au creux de l’île d’Izzia pour nous permettre de comprendre ce qui a pu arriver à cette petite fille que sa mère attend toujours de voir ressurgir sur le seuil de sa maison. Le ton volontiers virevoltant de l’auteure donne à cette chronique une couleur étonnamment primesautière en dépit des événements dramatiques qu’elle relate. Là réside certainement le charme de ce récit qu’on lit dans l’attente de découvrir la clé du mystère. Cependant, s'il est tout à fait plaisant à lire, il ne laissera peut-être pas en moi une empreinte très profonde. 

 

mardi 10 janvier 2023

Indépendance

Javier Cercas
Actes Sud, 2022


Traduit de l’espagnol par Aleksandar Grujicic et Karine Louesdon



Avec Indépendance, Javier Cercas poursuit la trilogie entamée avec Terra Alta, où il s’essayait au roman policier… sans toutefois en adopter tous les codes. S’il y avait bien crime, c’est moins la recherche du coupable que l’environnement dans lequel il avait été perpétré qui intéressait l’écrivain. A travers l’enquête, c’est une Espagne marquée au fer rouge de la guerre civile et une Catalogne caractérisée par le contraste entre sa riche capitale régionale et un arrière-pays rural beaucoup plus pauvre et figé dans une forme d’inertie qu’il s’attachait à dépeindre.


Il reprend ici ce portrait en mettant l’accent sur la corruption des élites économiques et politiques marchant main dans la main - ce qui n’exclut en rien la violence des rapports. C’est aussi l’occasion d’évoquer les velléités d’indépendance de la région et les manoeuvres qui y sont liées - sans que celles-ci apparaissent parfaitement claires pour le lecteur peu au fait de cette question. A une enquête relative à la tentative de chantage à la sextape exercée sur la maire de Barcelone, présentée comme une arriviste ayant renié ses convictions pour parvenir à gagner les suffrages des électeurs, se mêle toujours l’histoire du héros Melchor, hanté par le meurtre de sa mère survenu lorsqu’il était enfant et resté non résolu. 


Autant j’avais apprécié le premier volet de cette entreprise littéraire, autant j’ai été moins convaincue par le deuxième, les deux fils narratifs m’ayant paru assez grossièrement noués, tout comme les différents protagonistes m’ont semblé un peu caricaturaux. En outre, Cercas, qui place au coeur de ses écrits la question du rapport qu’entretiennent fiction et réalité, ne peut s’empêcher d’y faire allusion ici, mais d’une manière beaucoup moins fine et pertinente qu’à son habitude, ce qui apparaît ainsi davantage comme une sorte de tic littéraire…


Je reste néanmoins curieuse de savoir de quoi sera faite la dernière partie de ce triptyque, Melchor ayant résolu l’énigme de la mort de sa mère et décidé de renoncer à sa carrière de policier pour embrasser celle de bibliothécaire. A moins que Cercas n'ait décidé de mettre un point final de manière anticipée aux aventures de son héros...



  

 




vendredi 6 janvier 2023

Le coup du fou

Alessandro Barbaglia
Liana Levi, 2022


Traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont





Eh bien ! Encore un livre de cet acabit et je me mets aux échecs… Parce que la complexité et la profondeur de ce jeu donnent des récits absolument fascinants ! L’Espagnol Paco Cerda avait déjà récemment mis le duel entre son compatriote Arturo Pomar et l’Américain Bobby Fischer au coeur de son roman Le pionA travers la rivalité de ces deux champions, qui connut son apogée en 1962 à Stockholm, il donnait à voir une certaine lecture du monde et révélait la manière dont la compétition était devenue un véritable enjeu au coeur de la guerre froide.

C’est ce même propos que développe l’Italien Alessandro Barbaglia, quoique avec un parti pris narratif fort différent. Là où Cerda faisait des échecs une métaphore des mécanismes socio-politiques régissant le monde, Barbaglia convoque Ulysse et Achille pour réinterpréter l’affrontement entre Bobby Fisher et Boris Spassky à la lumière de nos grands mythes fondateurs.  


Nous sommes désormais en 1972, Pomar a quitté la scène des échecs, mais Fischer en est toujours l’un des plus illustres acteurs. Les Soviétiques sont les maîtres incontestés de la discipline et le monde entier a les yeux tournés vers Reykjavik où sont attendus Fischer et le champion en titre Spassky : l’Amérique va-t-elle enfin mettre un terme à l'hégémonie de l’URSS ? Bien au-delà d’une simple compétition sportive, il s’agit d’un ring où les deux puissances antagonistes prétendent jouer la reconnaissance de leur supériorité. 


Spassky attend. Fischer est en retard. Fischer est absent. Le jour où doit s’ouvrir le tournoi, il n’a toujours pas quitté le sol des Etats-Unis. Enfermé chez lui, il écoute quatre stations de radio en même temps, boit du lait Holland, réserve des billets d’avion qu’il annule aussitôt. Lorsqu'il se décide enfin à se rendre à l’aéroport, c'est pour en ressortir quelques minutes plus tard, un nouveau poste de radio sous le bras. Tandis qu’en Islande les membres du KGB et la délégation diplomatique américaine sont plongés dans la perplexité, Henry Kissinger décroche son téléphone pour tenter d’amadouer l’individu incontrôlable qui semble tenir le destin de l’Amérique et du monde entre ses mains…


Tout est démesuré dans ce livre, tout défie l’entendement, et c’est sans doute pourquoi la métaphore choisie par Barbaglia fonctionne aussi bien. Cerda révélait déjà le caractère totalement hallucinant de la personnalité de Fischer. Barbaglia enfonce le clou. Il dépeint un être si dénué d’humanité qu’il en devient terrifiant : enfermé dans une inexpugnable solitude, Fischer se nourrit exclusivement de lait et d’oranges pressées et, depuis l'âge de sept ans, ne vit que pour les échecs qui lui ont permis de développer une intelligence et une capacité de calcul ahurissantes. Les échecs sont l’alpha et l’omega de son univers, ainsi réduit aux 64 cases du plateau mais ouvrant sur d’insondables horizons. L’affrontement qui l’attend à Reykjavik revêt une dimension existentielle que les enjeux diplomatiques viennent parasiter et qui le conduisent au bord de l’abîme. 


Barbaglia mène son récit comme une captivante odyssée, à laquelle il donne pourtant des accents intimes en l’entremêlant à sa propre histoire : celle qui le rattache à son père, éminent psychologue trop tôt disparu et qui s'était lui-même intéressé à la figure de Bobby Fischer. Loin d'être artificielle ou confuse, cette époustouflante architecture confère à ce récit une dimension à la fois épique et profondément humaine. Un bijou littéraire dont j'aurais aimé fair durer le plaisir un peu plus longtemps... 



Après Le pion, j'hésitais à lire un nouveau livre sur le même sujet, avec le même protagoniste. Heureusement, il y a eu le billet de Nicole

lundi 2 janvier 2023

Detransition, baby

Torrey Peters
Libertalia, 2022


Traduit de l’américain par Lena Lambla-Kerveillant



S’il y a bien une chose dont je me rends compte depuis quelque temps, c’est que tout ce que je pouvais tenir pour acquis connaît pas mal de coups de boutoir. Côté environnement, fini la période d’abondance, les ressources de la planète sont en bout de course et si nous n’inventons pas fissa d’autres modes de consommation et d’autres standards de vie, nous fonçons dans le mur. 

Plus complexe, l’expression de mon féminisme. Pour moi qui ai été élevée par une mère ultra engagée, les combats féministes ne sont pas une option, et #MeToo a vraiment été ce qui est arrivé de mieux pour défendre une cause qui est loin d’être réglée. Pourtant, je me sens de plus en plus souvent en décalage avec les positions exprimées par les jeunes générations.

Et là où ça devient carrément ardu, c’est lorsqu’on aborde les questions de genre. J’avoue qu’il y avait à mes yeux un facteur biologique qui s’imposait. Aujourd’hui pourtant, cette vision dite binaire ne semble plus si évidente pour tout le monde. A côté de ça, les mouvements wokistes tendent à exacerber au contraire les différences pour enfermer les individus dans des carcans communautaires. Bref, tout cela suscite pas mal de questionnements, qui se retrouvent d’ailleurs au coeur de nombreux échanges avec ma famille et mes amis.


Une fois qu’on a fait ces constats, soit on campe sur ses positions, on se dit que c’était mieux avant et on se replie sur soi ; soit on essaye d’y comprendre quelque chose… Et c’est là que la littérature est d’une aide précieuse. Et voilà pourquoi mon choix s’est porté sur ce roman.


Ecrit par une auteure transexuelle, il met en scène des personnages ayant eux-mêmes transitionné. On entre ainsi dans la vie de plusieurs de ces femmes dont le rapport au corps et la maternité sont des préoccupations constantes. Ames - trans ayant fini par détransitionner - vit à New York avec Katrina. Lorsque celle-ci tombe enceinte, à 39 ans, après une fausse couche qui avait eu raison de son premier mariage et alors qu’Ames se croyait stérile après le traitement hormonal qu’il avait reçu, celui-ci se voit contraint de lui révéler son histoire. L’un est sonné par l’idée de devenir père, l’autre par celle d’avoir conçu un enfant avec un ancien trans. Quel père Ames pourrait-il être ? Quelle famille pourraient-ils former ? Katrina peut-elle garder ce bébé de la dernière chance ? 

Ames n’entrevoit qu’une issue : rappeler son ex, Reese, dont le désir le plus ardent mais aussi le plus inaccessible serait d’avoir un enfant. Il va lui proposer de se joindre au couple pour constituer ensemble une nouvelle forme de parentalité que chacun pour des raisons différentes croyait ne pas être en mesure de connaître. 


Dit comme cela, on pourrait craindre une forme de vaudeville sauce queer. En fait, si l’on entre bien avec ce roman dans un univers quelque peu méconnu et pour tout dire un peu déstabilisant pour une personne hétérosexuelle cisgenre telle que moi - il y a notamment tout un vocabulaire avec lequel on apprend à se familiariser - il ne s’agit contre toute attente ni d’un texte alternatif volontairement provocateur ni d’un texte militant en faveur des minorités sexuelles. Du moins ne se réduit-il pas à cela. Ce texte interroge avant tout la notion de famille et son modèle dominant : un papa, une maman, un enfant (ou plusieurs). N’en déplaise aux tenants de La manif pour tous, celui-ci n’a cessé d’être bousculé depuis l’apparition des cellules monoparentales, qui ne sont rien d’autre qu’une nouvelle norme désormais couramment admise. Mais entre familles recomposées, mariage homosexuel ou gpa, les lignes continuent de bouger. Très vite. Trop peut-être ? 

D’autant que cette réflexion en croise une autre sur la maternité elle-même et le droit à avoir des enfants. Il y a les femmes qui doivent se justifier de ne pas en avoir - ou, pire encore, de ne pas en vouloir - quand on accuse certaines autres de faire des bébés pour toucher des aides ou pour acquérir une nationalité. Sans parler des couples dits mixtes dont l’union - et donc la descendance - peut être rejetée par leur famille. Ainsi Katrina et Reese s’affrontent-elles sur le terrain de leur « droit [respectif] à être une victime ». Et nous voici donc sur le fameux terrain de l’intersectionalité…


L’auteure est parvenue à créer une fiction nous proposant une lecture des « problématiques » qui se posent - ou s’imposent ? - à nous tout à fait intéressante et, me semble-t-il, pertinente. Si la structure narrative choisie, qui alterne les chapitres relatifs à la jeunesse d’Amy-Ames avec ceux de son histoire avec Katrina, ne m’a pas complètement convaincue - ayant nettement préféré les seconds aux premiers - elle permet néanmoins de donner une certaine profondeur de champ au sujet pour mieux en appréhender tous les contours. Mais ce qui rend le livre tout à fait intéressant, c’est qu’il invite à s’interroger et à déplacer notre regard bien plus qu’il ne cherche à imposer une vision du monde. En ce sens, il a parfaitement répondu à mes attentes, et j’espère bien que l'année qui s'ouvre m'offrira bien d'autres lectures tout aussi intéressantes, éclairantes et propices à la réflexion.

vendredi 30 décembre 2022

Je lis donc je suis 2022



Décris-toi…

Les yeux fardés 


Comment te sens-tu ?

Les sacrifiés


Décris où tu vis actuellement…

Le grand monde


Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ? 

Par la forêt


Ton moyen de transport préféré ?

Route One


Ton/ta meilleur(e) ami(e) est…

La fille parfaite


Toi et tes amis vous êtes…

Au café de la ville perdue


Comment est le temps ?

Porca miseria


Quel est ton moment préféré de la journée ?

Minuit sur le monde


Qu’est la vie pour toi ?

Le principe de réalité ouzbek


Ta peur ?

Lorsque le dernier arbre


Quel est le conseil que tu as à donner ?

Surtout pas Tenir sa langue


La pensée du jour…

Il n’y a pas de Ajar


Comment aimerais tu mourir ?

Une sortie honorable


Les conditions actuelles de ton âme ? 

Par-delà l’attente


Ton rêve ?

D’audace et de liberté



A qui le tour ?

dimanche 25 décembre 2022

Mon avent littéraire 2022

Une année de livres 2022, c’est l’heure du bilan !



Tout d’abord un grand merci pour votre participation chaleureuse, enthousiaste, passionnée, qui a permis à chacun de faire de nouvelles découvertes. Je ne sais pas combien vous avez été cette année, sur FB et plus encore sur Instagram, mais vous êtes toujours plus nombreux. A tel point que je n’arrivais pas à tout relayer chaque jour… d’autant que mon téléphone a failli plus d’une fois rendre l’âme, ne m’octroyant plus qu’un écran noir , en particulier les soirs où je n’avais pu libérer suffisamment de temps dans la journée pour découvrir vos publications… J’avais alors l’impression de faire face à un Himalaya.


Mais quelle joie de nous retrouver ainsi autour de notre passion commune !


Alors, que ressort-il de cette année littéraire ? 


Quelques titres sont apparus presque quotidiennement, quelle que soit la thématique abordée : 



Quand tu écouteras cette chanson, de Lola Lafon, chez Stock, où l’écrivaine évoque Anne Franck après une nuit passée dans sa maison devenue musée, a touché de très nombreux lecteurs. 



Le succès du Jeune homme et d’autres titres d’Annie Ernaux, dans la foulée de son couronnement par les jurés du Nobel, cloue définitivement le bec à la polémique qui s’est ensuivie. 



Le mage du Kremlin, Grand prix de l’Académie française, s’est pas mal défendu non plus, m’a-t-il semblé (en tout cas mieux que le Goncourt…)



Dans la catégorie « premier roman », Maria Larrea avec Les gens de Bilbaonaissent où ils veulent a fait une belle percée, sans doute due à la qualité de son écriture, sa sincérité et sa belle énergie.


Chez les classiques, Proust, dont on fêtait cette année le centenaire de la mort, a pas mal tiré son épingle du jeu.



La série Blackwater a cartonné : l’éditeur, Monsieur Toussaint Louverture, a tout misé sur les couvertures - qui doivent à elles seules compter la moitié du coût de leur fabrication, avec leur dorure et leur gaufrage. Mais c’était un pari de toute évidence réussi !




Si la préoccupation environnementale était bien présente, c’est le féminisme et le combat contre les violences faites aux femmes, sous toutes leurs formes, qui a dominé. Ceci dit, quand on sait que les lecteurs sont d'abord des lectrices, ce n’est peut-être pas très surprenant…


    


Mais ce calendrier rend avant tout hommage à la très grande diversité de la production éditoriale de notre pays, trop souvent éclipsée par quelques best-sellers. Mais réjouissons-nous, les blogueurs - et blogueuses - littéraires refusent l’uniformité et font preuve d’une belle curiosité. Ils débusquent de nombreux joyaux qu’ils défendent avec une ardeur peu commune. Littérature française ou étrangère, polar ou littérature « blanche », textes engagés ou simplement divertissants, publications des « grands » éditeurs ou des « petites » maisons, jeunesse ou adulte, classiques ou contemporains… on ne se refuse rien. Continuons ainsi !


Voici une petite rétrospective en images et en musique :





Rendez-vous en 2023 pour de nouvelles lectures et de nouveaux partages.


D’ici-là, je vous souhaite une très belle fin d’année.

dimanche 4 décembre 2022

Sélection Noël 2022

L’un des rituels de décembre - qui n’en manque pas ! - c’est la petite sélection qui vous donnera peut-être quelques idées de cadeaux à glisser sous le sapin. Mais vous pouvez aussi bien vous faire à vous-même un petit plaisir. Bref, voici mes plus belles lecture de ces derniers mois. Si le coeur vous en dit… 




Ce que nous désirons le plus, de Caroline Laurent, Les Escales

Après le succès de Et soudain la liberté, puis de Rivage de la colère, l’abîme, la chute, le désarroi. L’affaire Olivier Duhamel produit un tonnerre dont la violence atteindra la jeune écrivaine. Ce que nous désirons le plus est le récit d’un effondrement puis d’une renaissance. Revenir à la littérature de toute son âme et de tout son corps pour retrouver le souffle vital. Caroline Laurent nous offre un texte extrêmement personnel, se lisant d’une traite, le souffle court. 


Il n’y a pas de Ajar, de Delphine Horvilleur, Grasset

Véritable petit bijou d’intelligence et d’humour, le livre de Delphine Horvilleur réussit en quelques pages à démonter les discours identitaires à travers une déclaration d’amour à Romain Gary et, plus largement, à la littérature. Erudit, facétieux, profondément tolérant, ce court récit est à l’image de son auteure.


Le pion, de Paco Cerda, La Contre Allée

Traduit par Marielle Leroy

Un roman sur les échecs peut-il être captivant - même pour quelqu’un qui n’y connaît rien ? La réponse est oui ! l’Espagnol Paco Cerda signe un livre brillant et jubilatoire qui évoque la figure de deux champions hors normes et fait de ce jeu une métaphore de la manière dont tourne le monde. Une de mes plus belles découvertes de l’année.


Le principe de réalité ouzbek, Tiphaine Le Gall, La Manufacture de Livres

A la croisée du roman épistolaire, du conte philosophique et du roman psychologique, ce récit inclassable nous fait entrer dans la psyché d’une jeune femme pour interroger notre rapport au monde et au réel. Un très belle expérience immersive, portée par une écriture d’une finesse et d’une précision remarquables.


Le Royaume désuni, de Jonathan Coe, Gallimard

Traduit par Marguerite Capelle

On ne présente plus ce cher Jonathan ! Il signe ici un nouveau roman toujours aussi jubilatoire, qui embrasse quelque 70 ans de l’histoire de son pays, du 8 mai 1945 à nos jours. C’est souvent drôle, parfois émouvant, toujours tendre. C’est un peu de l’Angleterre éternelle qu’il nous offre, et on en redemande !


Les enfants endormis, d’Anthony Passeron, Globe

Vous avez sans doute entendu parler de ce livre qui a fait grand bruit. Et pourtant, entre un auteur débutant et un sujet pour le moins difficile, le succès n’était pas écrit à l’avance… Mais Anthony Passeron nous offre une double enquête absolument passionnante retraçant l’apparition et la diffusion du virus du sida. Il signe ainsi un récit d’une grande richesse, au croisement de l’intime et du social. 


Les gens de Bilbao naissent où ils veulent, de Maria Larrea, Grasset

Cette rentrée littéraire nous a décidément offert de nouvelles plumes prometteuses ! Parmi elles, Maria Larrea qui signe une formidable enquête sur ses origines. Ne s’attardant jamais sur les fêlures, elle va droit au but et fait de son histoire une flamboyante épopée, révélant toute l’ambivalence du lien qui unit parents et enfants.


Par-delà l’attente, Julia Minkowski, JC Lattès

Dans les années 30, l'affaire Papin connut un immense retentissement : deux soeurs employées de maison avaient assassiné leur patronne et sa fille. Ce crime a inspiré nombre de films et d'oeuvres littéraires. Julia Minkowski y revient à son tour. Mais elle nous le présente sous un jour inattendu, à travers le regard de l'avocate des accusées. Et être avocate dans la France de l’entre-deux-guerre n’avait rien d’une promenade de santé. Un récit aussi intéressant qu’instructif…


V13, d’Emmanuel Carrère, POL

Entre septembre 2021 et juin 2022 s’est tenu le procès des attentats du 13 novembre 2015. Emmanuel Carrère l’a suivi pour L’Obs, auquel il a fourni chaque semaine un article de près de 8000 signes. Il les a remaniés et augmentés pour en publier un recueil qui se révèle être bien plus qu’une simple chronique judiciaire. On n’en attendait pas moins de lui.