Olivier Rolin
Gallimard, 2026
« Vous vous souvenez de la chute de Troie ? Que faisiez-vous ce jour-là ? », interroge Olivier Rolin en incipit de son nouveau roman. Cela pourrait à première vue passer pour un bon mot, une coquetterie rhétorique en guise d’entrée en matière. Et de poursuivre par la description des exactions commises par les assaillants. Or celles-ci vous rappellent forcément quelque chose. Car d’une guerre à l’autre sont perpétrées les mêmes forfaitures, les mêmes monstruosités. Ces images de villes embrasées, ces récits de femmes violées, d’hommes égorgés, d’enfants sauvagement assassinés sous le regard éperdu de leur mère, ces paroles d’une violence inouïe prononcées par des reîtres, vous les avez vues et entendues. Vous reconnaissez Srebrenica, le génocide des tutsi au Rwanda ou l’anéantissement de Gaza.
La guerre est une infamie que les hommes n’en finissent pas de répéter depuis celle de Troie qui est la matrice de toutes les autres. Tout comme le récit qu’en dresse L’Iliade est celle de toute notre littérature. Dès lors, Olivier Rolin arpente ce long poème en tissant un savant réseaux de correspondances entre les événements les plus noirs de notre histoire et les grands textes qui résonnent – ou qu’il fait résonner – avec celui d’Homère.
Mais la fiction enfante parfois le réel. Combien, avant l’écrivain, se sont intéressés à cette cité dont la trace s’est perdue à la fin de l’Antiquité... Et combien ont cru l’avoir retrouvée... Parmi eux, Heinrich Schliemann, un archélogue - ou plutôt un aventurier allemand -, qui put brandir dans les années 1870 un trésor en prétendant avoir exhumé les bijoux d’Hélène. Quels que soient les doutes que l’on ait pu émettre sur l’origine et la qualification de ces précieux objets, ceux-ci connurent bien des tribulations, manquant disparaître au cours du plus noir des conflits du XXe siècle avant de ressurgir à Moscou au crépuscule du régime soviétique.
Ainsi Olivier Rolin nous offre-t-il l’ample portrait d’une humanité intranquille et trop souvent cruelle. Une humanité qui prend corps dans et par la littérature, dans cet interstice ouvert entre réel et iimaginaire. C’est précisément là que toute son œuvre prend sa source, et j’espère sincèrement que les jurés du Goncourt sauront enfin y reconnaître la marque d'un grand écrivain.




.jpeg)



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire