Adrien Goetz
Grasset, 2009
Lorsque les températures commencent à grimper, que la végétation s’épanouit et que l’envie – le besoin ? - de légèreté se fait sentir, j’ai pris l’habitude depuis quelques années de m’offir la lecture d’une nouvelle aventure de Pénélope. Un plaisir désormais rituel… que je redoute de voir bientôt s’éteindre, faute de nouvelles publications. Mais pour l’heure, j’ai eu le bonheur de retrouver la fantaisie des intrigues historiques d’Adrien Goetz et la joyeuse impertinence de ses personnages dans le cadre fastueux de Versailles.
Mais c’est un Versailles bien peu habituel que nous dévoile l’écrivain : il nous en ouvre en effet les portes dérobées pour nous entraîner dans les recoins les plus secrets du palais, nous révélant à cette occasion ses failles et ses faux-semblants. Car vous croyiez sans doute comme moi que tout ce qui s’y trouve est d’époque, même si les restaurations ont pu se succéder avec plus ou moins de rigueur. Eh bien, détrompez-vous ! Deux courants de conservateurs se sont même longtemps opposés. D’un côté, les tenants d’un conservatisme intransigeant ne laissant rien entrer dans ce haut lieu patrimonial qui pourrait en heurter le style et l’harmonie ; de l’autre, les promoteurs d’un esprit qui serait plus conforme à celui du Roi Soleil mettant à l’honneur les artistes de son temps. Selon eux, Versailles devait poursuivre sur cette voie en ouvrant ses portes à la modernité.
C’est au coeur de ces rivalités qu’un cadavre surgit au petit matin dans l’un des bassins du parc, tandis que le doigt sectionné du macchabée a été dissimulé dans un meuble dont les spécialistes ont bien du mal à déceler s’il s’agit ou non d’une copie... Serait-ce l’oeuvre d’une société secrète descendant directement du mouvement janséniste qui s’opposait à l’absolutisme royal ? Le château servirait-il de cadre à d’effrayants rituels tels qu’il s’en pratiquait au siècle de Louis XIV ?
Comme toujours, Adrien Goetz mêle la plus plus baroque extravagance à la plus scrupuleuse érudition. En imaginant que le jansénisme a pu perdurer de manière structurée jusqu’à nos jours, il offre une lecture tout à fait délectable des politiques de conservation du domaine de Versailles – et même au-delà ! Un délicieux divertissement rythmé par les toujours savoureuses répliques échangées par Pénélope et son amoureux Wandrille. On en redemande, monsieur Goetz.



