Polina Panassenko
L’Olivier, 2026
On avait découvert Polina Panassenko avec le récit d’une jeune femme d’origine russe qui avait décidé de retrouver son prénom de naissance, francisé après que ses parents avaient fui leur pays pour venir s’installer à Saint-Etienne. L’héroïne de ce nouveau roman – dont on ne connaîtra pas le prénom – a peu ou prou le même âge que celle de Tenir sa langue. Mais cette fois, la jeune femme se rêve comédienne et, pour apprendre son métier, est déterminée à retourner en Russie pour intégrer la prestigieuse Ecole du Théâtre national de Moscou. Contre toute attente, elle y parvient et s’installe alors chez son grand-père. Nous sommes en 2011, à la veille des élections législatives.
A l’école, elle est la Française. Elle ignore tout des codes que ses camarades maîtrisent parfaitement : les dimanches où il est obligatoire de venir assister aux séances optionnelles de visionnage des classiques soviétiques, la répartition des tâches entre les deux sexes, l’expression de la déférence due aux Maîtres…
Et si elle a bien conscience des risques qu’elle court à participer aux manifestations de contestation des résultats au soir de la victoire du parti de Poutine, elle n’a pas anticipé la réaction de son grand-père lorsqu’elle le lui apprend. Serait-elle une ennemie du peuple ? Mais qu’est-ce qu’un ennemi du peuple, si ce n’est quelqu’un qui disparaît brutalement ? Comme son arrière-arrière-grand-père, que l’on vint chercher une nuit de 1937 et que personne n’a jamais revu. De cet aieul, il n’a jamais été question. Une chappe de silence s’est abattue sur lui et, jusqu’à ce jour de 2011 où la narratrice interroge son grand-père, elle ne connaissait même pas son nom…
Commence alors une véritable enquête pour connaître l’histoire de cet ancêtre et tenter de le réhabiliter : voyages à travers le pays, consultation des Archives nationales, entrée en relation avec des associations dédiées à ce type de démarche… Avec, évidemment, toutes les précautions et les inquiétudes que de telles initiatives peuvent susciter sous un régime autoritaire.
Si la première partie du roman qui retrace les grandes lignes de l’enfance de la narratrice et son parcours jusqu’à son retour en Russie se justifie par la nécessité de comprendre d’où elle vient, il a néanmoins suscité chez moi une légère impatience. Elle permet certes de saisir le contexte d’une Russie au sein de laquelle la peur héritée de la période soviétique a perduré au-delà de la chute du Mur pour se redéployer avec une pression accrue sous le joug de Poutine, mais j’ai trouvé beaucoup plus intéressante la seconde partie du roman consacrée à l’enquête et, d’une manière plus générale, à la perpétuation d’une mémoire bafouée. Peut-être parce qu’elle est, à mon sens, la partie la plus sensible du récit.
Alors que les coupables des crimes du stalinisme n’ont jamais été poursuivis et que la mémoire des victimes est désormais plus que jamais étouffée en Russie, ce roman vient donner une voix à ceux qui restent invisibles et vient précisément, à sa modeste mesure, battre en brèche le silence dont on continue de les entourer.









