Gaspard Koenig
L’Observatoire, 2026
Le réchauffement climatique et la crise écologique nous contraignent - ou devraient nous contraindre - à réviser en profondeur la gestion et l’exploitation que nous faisons des ressources naturelles. Gaspard Koenig a choisi d’aborder cette réflexion par le biais de la fiction à travers un cycle romanesque explorant les quatre éléments. Après avoir enfoncé ses mains dans la terre avec Humus, il met aujourd’hui en scène une commune rurale aux prises avec un circuit d’alimentation en eau de plus en plus défaillant…
Alors que les élections municipales approchent, Jobard, le maire historique de Saint-Firmin, au coeur de la Normandie, ne va pas se représenter. Pour son neveu Martin, haut fonctionnaire soucieux de se doter d’un ancrage local, c’est une occasion en or. Mais son parisianisme va se heurter à la candidature de la gérante de l’épicerie, elle-même d’origine roumaine, mais installée sur place depuis plusieurs années. C’est autour de l’approvisionnement en eau de la commune que la campagne va se jouer. Depuis toujours, Saint-Firmin gère son circuit en parfaite autonomie en puisant à la source de la Maline selon une méthode des plus artisanale. Une démarche que celui qui est connu dans les couloirs du ministère de l’Ecologie comme Monsieur Eau ne peut tolérer : Saint-Firmin doit entamer sa modernisation en se raccordant au réseau régional, seul à même de garantir aux habitants la fourniture d’une eau parfaitement dépolluée répondant aux normes en vigueur.
Rien de tel pour réveiller l’esprit gaulois de la population qui n’entend pas se soumettre à une quelconque autorité exogène. Mais lorsque l’été et la canicule arrivent, asséchant les réserves hydriques et contraignant la municipalité à limiter drastiquement l’accès à l’eau, l’émoi atteint son comble et les conflits s’exacerbent…
Quoique légèrement moins baroque que ne l’était Humus, Aqua se distingue par un caractère romanesque très affirmé sans faire pour autant l’économie de fondements techniques assez étayés. Ainsi ce texte se révèle-t-il instructif - on n’ignore plus grand chose de la réglementation française relative à la distribution de l’eau lorsqu’on en tourne la dernière page ! Koenig ne se prive pas d’égratigner au passage le millefeuille administratif qui caractérise nos institutions ni le carriérisme de nos élus.
Mais le principal atout atout de ce roman réside peut-être dans la confrontation qu’il effectue entre la tentation que chacun peut avoir de défendre ses intérêts individuels avec la nécessité de préserver l’intérêt général en pariant sur la capacité de tout être humain à raisonner sur des problématiques concrètes plutôt que de déléguer cette faculté à des technocrates pas forcément mieux armés pour le faire. S’appuyant sur les théories développées par une certaine Elinor Ostrom, co-récipiendaire du Nobel d’économie en 2009, il propose une forme d’organisation permettant la gestion collective des problématiques environnementales par la mise en commun de tous les savoirs, de toutes les contraintes et de toutes les exigences y compris contradictoires pour trouver des solutions adaptées et non déconnectées des différentes réalités de terrain. Ce type de gestion est-il efficient ? Pourrait-il être mise en oeuvre dans un cadre dépassant celui d’une échelle locale ? J’avoue que je n’ai pas suffisamment réfléchi à la question pour avoir un avis tranché sur la question. Mais la piste est fort intéressante et mérite assurément d’être approfondie.


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