Nathacha Appanah
Gallimard, 2025
Elles s’appellent Emma et Chahinez. Avant même de les connaître, on les voit courir, éperdues, tentant d’échapper à leur bourreau. A l'homme dont elles étaient tombées amoureuses. Comme l’auteure elle-même le fit au sortir de l’adolescence pour fuir l’homme qui l’avait placée sous son emprise. Aujourd’hui, elle est toujours en vie. Emma et Chahinez, non.
Ces morts violentes, intolérables, font douloureusement écho à ce qu’a vécu Nathacha Appanah. Elle connaît leur course vaine, leurs peurs, leurs cris, les stratégies de défense qu’elles ont pu tenter d’élaborer. Au-delà des faits rapportés dans la presse, de la description des sévices consignés dans les rapports de police, l’auteure est à même de se représenter ce que ces jeunes femmes ont vécu et d’y mettre des mots, pour nous. La force de son texte est précisément là, dans cette description précise et clinique des gestes, des angoisses et des mécanismes psychiques qui conduisent ces femmes à rester au contact de ceux qui les martyrisent. Pour la première fois, j’ai pu entrevoir une explication à ce qui représente pour moi une énigme, à ce qui me semble inconcevable : comment peut-on rester ? Pour cela, ce texte mérite d’être lu, et le plus largement possible.
Mais si le sujet et le point de vue de Nathacha Appanah s'imposent avec une force indéniable, j’ai parfois buté sur un style que je persiste à trouver assez pauvre. Si j’ai tout oublié des précédents textes que j’ai lus d'elle, celui-ci laissera néanmoins une empreinte en moi, comme chez de très nombreuses lectrices à en juger par l’accueil qu’il a reçu. Et, je l'espère aussi, chez de nombreux lecteurs.

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