Cécile Ladjali
Actes Sud, 2026
L’affaire Weinstein et la vague Metoo auront, j’ose l’espérer, irrémédiablement libéré la parole des femmes, ouvert les yeux de tous - et de toutes - sur leur condition et l’infinie diversité des voies empruntées pour s’assurer de leur soumission. Les témoignages, les oeuvres - littéraires, picturales, cinématographiques, les chansons - n'en finissent pas de dresser la litanie des avanies qu’elles subissent et révèlent l’ampleur du phénomène. Cécile Ladjali a cependant choisi pour l’aborder un angle assez inédit et extrêmement intéressant : celui de la responsabilité des mères.
Charlotte a élevé son fils seule. Pour cette comédienne en quête éperdue de reconnaissance, cet enfant constitue le coeur battant de l’existence. Lorsqu’il lui présente la jeune femme dont il est tombé amoureux, elle ne peut s’empêcher de considérer cette dernière comme une rivale. D’autant qu’Emmy est une jeune femme solaire. Etudiante aux Beaux-Arts, elle est déjà reconnue par ses pairs comme une artiste talentueuse. Contrairement à Gabriel, recalé au concours d’entrée qui a dû se rabattre sur une coûteuse école privée financée par sa mère, qui se refuse à voir la médiocrité de son fils et qui conserve religieusement la moindre de ses productions.
Tandis que le rôle qu’elle s’apprête à endosser sur scène l’amène à réfléchir à la question de la culpabilité, Charlotte fait preuve d’un complet aveuglement lorsqu’il s’agit de la relation qu’elle entretient avec son fils et des comportements de ce dernier. Celui-ci manifeste pourtant des signes croissants de mépris et de brutalité, tant à l’endroit d’Emmy que de Charlotte - qui préférera se réjouir de la désaffection qu’elle croit déceler pour sa rivale qu’y voir un quelconque comportement répréhensible.
L’amour maternel prive-t-il une femme de sa lucidité ? Absout-il toute déviance ? La question vaut d’être posée, et toute mère peut être amenée à s’interroger sur le comportement de ses enfants et sur les principes éducatifs qu’elle met en oeuvre. Sauf que - et c’est à mes yeux l’angle mort du roman - la mère n’est pas censée porter seule cette charge. Mais ici point de figure paternelle, ni pour Gabriel ni pour aucun autre des personnages du roman, la seule figure masculine en dehors de Gabriel étant dépourvue d'enfant. Comme si les femmes étaient seules responsables, voire coupables, de la conduite du monde.
Cela m’a d’autant plus gênée que les deux principaux protagonistes apparaissent d’emblée aussi détestables l’un que l’autre : impossible d’éprouver la moindre empathie à leur égard. En suscitant le rejet, ils rendent tout phénomène d’identification difficile et coupe court aux questionnements nécessaires auxquels le roman pourrait pourtant inviter. C’est dommage. Une approche moins manichéenne aurait à mon sens conféré plus de force à ce roman qui sonde des notions tout à fait pertinentes.

C'est un point de départ très intéressant, mais visiblement pas bien traité. Dommage. Je préfère faire l'impasse.
RépondreSupprimerUne autrice que je n'ai encore jamais lue, ce ne sera pas avec celui-ci car le thème ne m'attire pas mais j'aimerais tester un jour...
RépondreSupprimerJ'aime beaucoup cécile ladjali. J'ai eu la chance de lire mes 2 premiers livres "la fille de personne" et "Bénédicte" que j'ai vraiment lu avec plaisir. Et paf, j'ai lu "la nuit est mon jour préféré " puis illettré. Ces 2 derniers ne m'ont pas permis de savourer son écriture. Elle me semble inégale.
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