Marc Fernandez
Préludes, 2017
L'ombre du condor
Un petit passage à vide côté lecture - une demi-douzaine de livres commencés et abandonnés au pied de mon lit au bout de quelques pages seulement - m’a conduite à me tourner une nouvelle fois vers le genre policier : l’envie d’une lecture aisée et addictive, capable de capter mon attention passagèrement troublée. Pour autant, n’étant pas fan de thrillers - des textes que je trouve souvent gratuits et sans profondeur -, je n’étais pas prête à me jeter sur n’importe quel best-seller réputé efficace...
Or Marc Fernandez venait de publier un second roman. Le premier, Mala vida, se situait de nos jours en Espagne, mais plongeait ses racines dans l’époque sombre du franquisme pour en révéler un aspect méconnu, l’existence d’un trafic de bébés volés. Un polar comme je les aime, noir, mais sans surenchère de détails sordides, et solidement ancré dans un contexte socio-historique. La couverture de ce nouveau roman reprenant la même charte graphique que le premier, avec le même code couleur, tout semblait m’indiquer que j’allais retrouver le même univers.
En effet, Marc Fernandez met de nouveau en scène les héros de son précédent roman : le ténébreux Diego, journaliste radio animant une émission vedette sur une chaîne de radio publique dans laquelle il tente chaque semaine de révéler les dessous d’une affaire criminelle ; Ana, transsexuelle argentine, prostituée avant de devenir détective après avoir fui la dictature, et Isabel, une brillante avocate franco-espagnole au service de la cause des femmes.
L’action se situe entre Madrid, Paris, Buenos Aires et Santiago du Chili. Des meurtres y ont été commis mais ne semblent pas avoir avoir de lien entre eux. Pourtant, à y regarder de près, les victimes, qui ont subi de terribles sévices avant d’être assassinées, sont toutes d’anciens opposants aux régimes dictatoriaux d'Amérique latine. Et Carlos, l’ami Chilien de Diego, a lui-même reçu des menaces de mort...
Les nostalgiques des régimes qui ensanglantèrent l’Amérique latine seraient-ils en train de préparer leur retour ? C’est ce que différents événements laissent craindre. L’ombre de l’opération Condor, menée conjointement dans les années 70 par les militaires argentins, chiliens, boliviens et brésiliens, notamment, pour éradiquer toute forme d’opposition et de guerilla, semble dangereusement planer sur le continent...
Plus encore que dans Mala vida, Marc Fernandez, nous offre un roman au rythme et à l’intrigue parfaitement maîtrisés, que j’ai lu d’une traite. J’ai pris plaisir à retrouver ses personnages, qui m’avaient déjà largement séduite dans le premier opus.
Si ceux-ci sont voués à devenir des héros récurrents et si le style et la maîtrise narrative de Fernandez continuent ainsi de gagner en maturité, nul doute que je me jetterai sur ses prochains romans !











