Lucile Novat
Editions du Sous-Sol, 2026
Les pensionnats constituent des mondes à part : coupés de l’environnement dans lequel ils se trouvent, leurs hôtes eux-mêmes, et souvent à dessein, y mènent une vie à part régie par des principes propres à ces lieux. Ainsi, au coeur de Saint-Denis, dans le département le plus pauvre de France métropolitaine, se trouve un établissement d’enseignement secondaire destiné exclusivement à des jeunes filles dont l’un des ascendants a été décoré de la Légion d’honneur. Leur sont réservées des conditions de travail exceptionnelles, propices à ce qu’on appelle la réussite, tandis que de l’autre côté des murs qui les isolent de l’extérieur, règne la plus grande précarité de moyens. Une situation propice à toutes les extrapolations…
Lucile Novat s’en est emparée pour produire un texte singulier, à la fois sensible et nimbé de mystère. Comme dans la cathédrale Notre-Dame chez Victor Hugo, les lieux acquièrent une forme d’autonomie, voire une dimension presque surnaturelle, et tout se passe comme si l’espace même du pensionnat régissait la psyché des personnages qui révèlent peu à peu leurs failles. Quatre adolescentes dont on découvre progressivement les cheminements respectifs y ont noué de puissants liens d’amitié, complété par la complicité qui les lie avec la surveillante Vanessa, originaire de Saint-Denis, dont le parcours a été quelque peu chaotique.
Comme une métaphore du territoire mental de ces toutes jeunes filles, la mise en scène de cet espace permet de révéler leurs doutes et interrogations, la plasticité de leur personnalité et les oscillations de leur état psychique. Il souligne avec délicatesse la vulnérabilité propre à un âge où l’on évolue sur une périlleuse ligne de crête pouvant faire basculer vers le meilleur ou vers le pire, sans que quiconque puisse soupçonnner la possibilité d'un cataclysme. Une vertigineuse instabilité que la forme du récit rend admirablement palpable.

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