Celestina Bialetti & Alessandro Barbaglia
Liana Levi, 2026
Traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont
Drôle d’idée que celle de raconter l’histoire d’une cafetière ! Il faut dire que celle-ci est iconique. Et puis, venant d’Italiens, on soupçonne tout ce que cela peut drainer de symbole et d’imaginaire collectif. Mais à titre personnelj’avais surtout une énorme confiance en Barbaglia pour nous offrir un récit dont la dimension dépasserait de loin le strict cadre annoncé.
Cette fois, il ne s’agissait pas d’un roman mais d’un témoignage qu’il s’est chargé de recueillir en prêtant sa plume à Célestina Bialetti. Bialetti : un nom bien connu de l’autre côté des Alpes. S’il l’est beaucoup moins en France, nous nous représentons néanmoins parfaitement cette petite cafetière toute simple, aux lignes épurées, permettant de réaliser un excellent espresso. C’est Alfonso, le grand-père de Celestina, qui l’a inventée dans les années 30, en regardant sa femme utiliser une lessiveuse. Alfonso était une sorte de professeur Tournesol, davantage intéressé par la mise en oeuvre d’une idée inédite que par la diffusion de celle-ci, du moins à grande échelle. C’est son fils Renato qui s’en chargera. Lui, il avait le génie du commerce et avait compris avant tout le monde la puissance de la réclame. Il faut imaginer une Moka de plusieurs mètres de hauteur qui, telle une fontaine, versait en continu un liquide noir semblable à du café pour accueillir les visiteurs d’une foire populaire !
Alfonso et Renato, c’était un peu l’eau et le feu. Deux conceptions qui s’opposaient. Pour l’un, il fallait connaître personnellement ses ouvriers et donc, pour cela, s’en tenir à une forme d’artisanat ; l’autre, au contraire, entendait instaurer une distance claire et marquer sa position dominante. Tandis que l’usine qu’il avait fait construire ne cessait d’accroître sa production, que les effectifs grossissaient, Renato, dans l’Italie des années 70 et 80 qui voyait se développer manifestations, grèves et les conflits syndicaux dont il avait une sainte horreur, devenait une cible pour les Brigades rouges.
De l’entre-deux-guerres à l’aube du XXIe siècle, c’est aussi une histoire de l’Italie qui nous est contée à travers celle de cette famille, dans sa dimension tant intime que sociale.
Mais c’est une autre question qui traverse ce texte, de nature plus existentielle : celle de la recherche du bonheur. Les différents protagonistes, habités par des objectifs si divers, l’ont-ils trouvé ? Savent-ils même de quoi celui-ci peut être fait et après quoi, dans le fond, ils courent vraiment ? Sans doute chaque individu n’a-t-il pas trop d’une vie entière pour répondre à ces interrogations…

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