Jay McInerney
L’Olivier, 2017
Traduit de l’américain par Marc Amfreville
Cinquante ans et des poussières...
Après Olivier Rolin, Jay McInerney est l’un des tout premiers auteurs contemporains que j’ai lus et qui m’a marquée. Ces deux-là, dans des styles fort différents, m’ont convaincue qu’il valait la peine de s’aventurer au-delà des frontières littéraires du XIXe siècle. C’est dire si j’éprouve une tendresse particulière pour cet écrivain. Lorsque j’ai lu Trente ans et des poussières, j’avais quelques années de moins que ses deux héros Corrine et Russell. Mais, même si mon souvenir est aujourd’hui un peu flou, je crois que ce couple était emblématique de l’époque dans laquelle il s’inscrivait, tout en portant les espoirs et les doutes de tout être qui entre dans la vie.
Une quinzaine d’années plus tard, McInerney a voulu retrouver ses personnages. Les temps avaient changé, les individus aussi. Dans La belle vie, le 11 Septembre les frappait de plein fouet. Le lustre de ce couple de désormais quadra s’était progressivement étiolé. Et le choc collectif de l’attentat venait se superposer à la crise de la quarantaine, aux questionnements propres à cette période de la vie.
Après ces deux opus, on est plus que familier avec cette femme et cet homme à présent parents de pré-ado, aux prises avec les difficultés professionnelles, faisant face à l’usure du couple. C’est une réelle joie de les retrouver, et il est réconfortant de partager le quotidien de ces héros qui ont vieilli en même temps que nous.
MacInerney a choisi de situer l’action à un autre moment clé de l’histoire contemporaine des Américains, fin 2008, lors de l’élection de Barack Obama. On est ainsi pris à témoin des dissensions qui existent au sein de la société américaine.
C’est également pour McInerney l’occasion de nous dépeindre le New York d’aujourd’hui, bien différent de celui des années 80 et 90. Comme à Paris, la gentrification en a profondément modifié la physionomie.
Vous l’imaginez aisément, le ton et l’ambiance, évidemment, ne sont plus les mêmes que dans le premier volume. Il y a un fond de nostalgie qui s’exprime de manière particulièrement élégante, ai-je trouvé, dans la toute dernière page du roman. Mais il y a aussi beaucoup d’énergie, le mouvement de la vie. Et puis, un humour qui fait de certaines scènes de véritables petits bijoux. Surtout, il y a une profonde empathie de l’auteur avec ses personnages, qui les rend tous - même les plus frivoles - attachants.
J’espère vraiment les retrouver à nouveau, à l’aube cette fois, de la soixantaine. McInerney ne s’interdit pas d’ailleurs d’y penser, nous a-t-il avoué lors d’une très belle rencontre dans une librairie parisienne.
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