Mélanie Sadler
La Tribu, 2026
Les audacieuses qui nous sont présentées ici sont une poignée de femmes qui, à l’aube du XXe siècle, se donnèrent les moyens d’exercer un métier dont, à l’intar de tant d’autres, en particulier dans le champ intellectuel, les hommes prenaient bien soin de se réserver l’exclusivité : celui de journaliste. C’est ainsi que La Fronde vit le jour en 1897. Fondé par Marguerite Durand, bien connue pour son engagement féministe, ce quotidien était entièremement réalisé par des femmes, jusqu’aux typographes qui en assuraient la composition. Du côté de l’équipe de rédaction, Marguerite Durand s’était entourée de quelques figures de renom : parmi elles, Séverine.
C’est elle qui est au coeur de ce roman. Il en déroule le parcours hors du commun, à partir de sa rencontre décisive avec l’un des plus grands journalistes du XIXe siècle : je veux bien entendu parler de Jules Vallès. Car c’est bien lui qui la convainquit d’embrasser cette profession, qui la forma, et c’est elle qu’il choisit pour lui succéder à la direction du Cri du Peuple - relancé après son retour d’exil – ce qu’elle fit vaillamment après son décès, en 1885, malgré les fortes résistances internes. Celles-ci finirent cependant par l’emporter, dans une victoire à la Pyrrhus. Séverine quitta Le Cri et écrivit dans de nombreux journaux, jusqu’au moment où Marguerire Durand vint la trouver.
Séverine était – et reste – ce que l’on appelle aujourd’hui une femme inspirante. De tous les combats, elle ne se laissa jamais réduire à l’étroite condition féminine à laquelle elle fut constamment renvoyée, par son père puis par ses pairs. Si elle fut une ardente défenseuse des droits des femmes qu’elle contribua à faire avancer, elle prit toujours, en bonne vallésienne, le parti des opprimés, dénonçant la misère de la condition ouvrière. Et si elle s’égara un temps à La Libre Parole de Drumont – quand tout le journalisme institutionnel lui tournait le dos – elle s’engagea avec conviction aux côtés de Dreyfus, dont elle couvrit la révision du procès délocalisée à Rennes en 1899.
Ce roman brosse le portrait extrêmement vif d’une femme qui ne peut que susciter l’admiration. Certes, pour lui redonner vie, on aurait pu attendre un style un peu plus percutant, mais le rythme vif du texte et le caractère flamboyant du personnage emportent rapidement l’adhésion du lecteur. Et puis cette femme hors du commun a, aujourd’hui encore, tant à nous dire.

C'est ma prochaine lecture !
RépondreSupprimerGénial ! Bonne lecture à toi
SupprimerIl n'est pas surprenant que nous nous rejoignions autour de cette lecture vraiment plaisante. J'ai apprécié que l'écriture reste sobre et ne vienne pas alourdir inutilement la richesse de la matière pour lui permettre de prendre vie.
RépondreSupprimerDisons que j'ai en tête l'écriture vallésienne, qui renferme en son coeur même une portée contestaire, voire séditieuse. Je ne connais pas le style de Séverine - en dépit des quelques extraits que l'on peut découvrir dans le roman - mais j'imagine que son compagnonnage avec Vallès doit avoir laissé des traces... Compte tenu de la personnalité de cette femme hors du commun, une écriture moins sage m'aurait semblé mieux la représenter. Mais, encore une fois, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, le portrait qu'il brosse est tout à fait pertinent.
SupprimerJe note ce titre avec une personnage inspirant.
RépondreSupprimerTu fais bien !
SupprimerMerci beaucoup ! Je suppose que vous connaissiez bien Vallès ? Je suis heureuse si j'ai pu, à ma mesure, vous permettre de plonger plus avant encore dans l'héritage de cet insoumis, via Séverine et ses camarades !🙂🙏
RépondreSupprimerC'est toujours un bonheur pour moi de replonger dans cette époque passionnante à travers la littérature contemporaine. Merci pour ce très beau portrait de femme !
SupprimerJe l'avais en main à la librairie tout à l'heure, je ne l'ai pas acheté mais j'espère le lire.
RépondreSupprimerPeut-être lors d'un prochain passage ? En tout cas, je te le recommande (et il semble que je ne sois pas la seule ;-) )
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