Pierre Ducrozet
Actes Sud, 2026
Quelle vie s’offre-t-il à Eden, jeune vingtenaire désenchanté dont le quotidien se résume à sillonner les rues interlopes de Marseille ? Au gré de ses errances, il collecte des fils de cuivre qu’il vend ensuite pour s’acheter de l’herbe ou boire des coups avec ses copains. Les journées brûlantes s’étirent en un temps indéfini jusqu’au coeur de la nuit où Eden finit par sombrer dans le sommeil. Ses seuls moments de grâce, il les connaît lorsqu’il danse au cours des battles organisées dans des friches industrielles.
Ce présent sans cesse recommencé ne s’assortit d’aucun horizon enviable. Sa mère, géographe réputée, éternelle absente, cherche quant à elle à ouvrir une brèche vers un futur vivable. Ainsi, soutenue par le richissime dirigeant d’une compagnie maritime, est-elle partie dans l’océan Pacifique en quête d’une terre inexplorée où bâtir de nouvelles conditions d’existence.
C’est ce même dirigeant qui pousse Eden à partir la retrouver. Après une longue traversée, celui-ci atteint les côtes de Jakarta, où l’attend sa sœur avec laquelle il va bourlinguer quelque temps en Asie avant de pouvoir enfin retrouver sa mère.
C’est un voyage initiatique que relate Pierre Ducrozet : celui d’un jeune homme s’interrogeant autant sur ses racines que sur sa place dans un monde hostile. Au cours de ses longues semaines de navigation, il va nouer une amitié décisive avec l’un de ses compagnons, Issa, dont le parcours qui l’a mené depuis N’Djamena sur le porte-conteneurs qui les réunit s’apparente à un véritable chemin de croix.
On retrouve dans ce nouveau texte la question qui ne cesse de hanter l’écrivain : la possibilité de vivre dans un monde de plus en plus inhabitable en raison de la violence induite par l’épuisement des resources environnementales, et les fractures sociales et économiques. Si le roman est assurément empreint de sensibilité et si le finale se déploie avec une certaine puissance, les événements m’ont toutefois semblé relatés avec un peu trop de complaisance et quelques longueurs. Peut-être cette impression est-elle née de mon propre sentiment de désarroi, que cette lecture n’a guère contribué à combattre. Même si, reconnaissons-le, la lumière finit par naître de l’inextinguible élan vital que possède la jeunesse. Je ne suis pas certaine que cela suffise, mais il faut en effet compter avec lui.



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