Grégoire Bouillier
Les Equateurs, 2026
Autant annoncer la couleur : je n’ai jamais ouvert le moindre Arsène Lupin. En dépit de la série télévisée emmenée par Georges Descrières qui fit les délices de mon enfance, ce n’est donc pas pour lui que j’ai entrepris la lecture de ce récit. Au contraire, j’aurais rapidement passé mon chemin s’il n’avait été signé d’un écrivain que j’apprécie tout particulièrement. Je me suis même tout d’abord demandé avec une pointe de dépit pourquoi il avait choisi un tel sujet. Mais vu le personnage (et je parle bien là de l’auteur), cet exercice de commande devait avoir une saveur particulière…
Bingo ! Ce livre, c’est du Bouillier pur jus ! Car si, conformément au cahier des charges de la collection, il nous révèle bien des aspects de la vie de Maurice Leblanc et de son célèbre héros, il en profite surtout pour échafauder tout une série d’hypothèses visant notamment à cerner ce qui a présidé à la naissance de cette série à succès. Ce faisant, il interroge le geste créateur, ainsi que les enjeux et les pouvoirs de la littérature. Pour Bouillier, c’est évidemment l’occasion de sonder son propre rapport à l’écriture. Et, tout comme dans Le Syndrome de l’Orangerie, il ne manque pas de nous renvoyer à nos propres expériences de lecture, insistant sur l’idée qu’une oeuvre est une forme de co-construction entre son créateur et celui ou celle qui la reçoit.
Ainsi cette plongée pleine de malice dans l’univers d’Arsène Lupin dépasse-t-elle de très loin son cadre et se révèle-t-elle tout à fait jubilatoire. Je me suis encore une fois régalée à lire cet auteur si peu conventionnel et, cerise sur le gâteau, il a éveillé ma curiosité quant aux aventures du gentleman cambrioleur. Peut-être un de ces jours le retrouverez-vous par ici…
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