mercredi 1 novembre 2023

Veiller sur elle

Jean-Baptiste Andrea
L’Iconoclaste, 2023

Prix Goncourt 2023



Je sais que je vais aller à rebours de la grande majorité des avis et que je vais m’attirer les foudres de la blogosphère, mais que j’ai trouvé ce roman ennuyeux ! Parce que 600 pages ou presque, même lorsque l’écriture n’est pas exigeante, c’est quand même bien long…


Je passerai rapidement sur l’histoire, qu’à titre personnel j’ai trouvée sans grand intérêt. Disons pour résumer qu’il arrive un certain nombre de péripéties plus ou moins crédibles à un jeune garçon pauvre devenu le plus grand sculpteur après Michel-Ange - excusez du peu - qui se lie d’une amitié amoureuse avec une aristocrate dont il devient l’alter ego, à défaut de pouvoir l’épouser. Le tout sur fond de montée du fascisme, contexte historique qui ne sert guère plus que de décor sans profondeur. Si je me suis accommodée de la grandiloquence et des lieux communs qui nous sont servis à cette occasion, je me désole en revanche de n’avoir rien lu ou presque sur l’origine du geste créatif, la conception de l’art, de n’avoir trouvé aucune réflexion sur l’impression foudroyante que peut produire une œuvre et l’empreinte indélébile qu’elle laisse sur celui qui la regarde - alors même que cette question se trouve au cœur du roman, la piéta de notre artiste ayant dû être soustraite aux yeux du public, mis en danger par l’intensité des effets qu’elle procurait - un genre de syndrome de Stendhal, en somme. Bref, on s’en tient à l’anecdotique et on reste désespérément en surface du sujet.


Mais après tout, chaque lecteur a ses propres attentes, et sans doute les miennes étaient-elles trop éloignées du dessein de l’auteur qui - tant mieux pour lui - en a conquis de nombreux autres.


Tout cela ne serait rien si ce texte à l’écriture quelconque - pour l’avoir entendu s’exprimer sur RFI, l’auteur affirme lui-même ne pas vouloir se distinguer par son style - n’était émaillée de sentences définitives prétendant nous asséner des vérités révélées qu’il consentirait à nous délivrer. Combien de fois n’ai-je pas levé les yeux au ciel en lisant des considérations telles que : « J’avais dix-huit ans, et à dix-huit ans, personne ne veut ressembler à qui il est vraiment. » ; « Personne ne fait jamais rien de mal, la beauté du mal étant précisément qu’il ne demande aucun effort. Il suffit de le regarder passer. » ; ou encore « Rome était une amie. De Florence, j’étais amoureux. Il n’y a qu’une lettre de différence entre ville et fille. » etc, etc… 


Peut-être ne serais-je pas aussi sévère si l’enthousiasme - qui ne laisse pas de me surprendre - n’était aussi général, et surtout si cet ouvrage ne figurait pas dans le carré final du Goncourt, dont le jury semble d’année en année plus déchiré par des querelles intestines que préoccupé de littérature. Aura-t-il in extremis un sursaut de lucidité ? Rendez-vous lundi prochain pour le savoir.

19 commentaires:

  1. Je n'ai pas eu vraiment envie de le lire. Oui, les choix du jury Goncourt sont assez opaques parfois (j'ai un chouchou cette année, mais je crains que...)

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    1. J'en ai lu presque trois sur les quatre (je n'ai pas encore fini le Reinhardt), mais je dois bien dire que j'aurais bien du mal à voter... Ceci dit, il faut que je finisse le Reinhardt pour me faire vraiment un avis. En ce qui le concerne, j'aime beaucoup son style.

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  2. Ton billet me rassure quelque part ... je n'ai lu qu'un roman de lui qui ne m'a tiré qu'un "bof bof" et je suis assez étonnée de l'engouement autour de son dernier livre. Je passe sans regret.

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    1. Pareil pour moi, j'avais lu son premier. En le cherchant sur mon blog, je me suis rendue compte que je ne l'avais pas chroniqué...

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  3. Avis partagé. Lecture sympa mais légère, qui apporte peu en terme de richesse de langue et d'idées, une bonne fresque romanesque familiale et historique qui ravit les amateurs du genre, qui pour ma part m'ennuie assez vite. Je ne comprends pas sa place au Goncourt.

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    1. Personnellement, j'aime assez ça quand le texte s'appuie sur une solide documentation et qu'il y a un vrai contenu. Sinon, c'est vraiment inconsistant...

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  4. J'avoue que j'ai été surprise de voir ce titre parmi tes lectures ! ;-)
    J'ai lu Cent millions d'années et un jour, et j'avais aimé, sans trouver à redire à l'écriture... Par contre, j'en ai commencé un autre (Des diables et des saints) qui m'a semblé tellement "cliché" que j'ai abandonné très vite.

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    1. Je n'avais pas l'intention de le lire, mais à force d'en entendre du bien... Heureusement, prudente, je l'ai emprunté à la bibli. Sinon, je crois que je l'aurais vraiment eu mauvaise !

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  5. Le premier m'a tellement ennuyée que je n'ai même pas essayé de voir de quoi parlait le suivant 😆. Je vois que je n'ai pas eu tort 😬

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    1. Effectivement. Comme toi, je n'avais pas trouvé Ma reine exceptionnel, mais comme l'auteur a écrit plusieurs romans entre-temps, j'ai pensé qu'il avait pu évoluer...

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  6. Je n'en doute pas. Malheureusement, cela ne suffit pas à faire le talent...

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  7. Je te rejoins complètement, je l'ai terminé en avance rapide.

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  8. Je fais partie de ceux qui ont bien aimé malgré l'abondance de clichés. Mais je suis quand même très étonnée de le voir dans la liste finale du Goncourt. Je croise les doigts pour mon cher Éric Reinhardt qui le mérite vraiment !

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  9. Je commentaire précédent est signé Papillon

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    1. Quelle heureuse surprise ! En revanche, je ne le suis pas du tout par la teneur de ton commentaire :-) Et selon toute vraisemblance, je devrais te retrouver ici-même demain pour le billet que j'ai écrit sur ton "cher Eric Reinhardt" ;-)

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  10. J'ai beaucoup aimé mais pas autant que ses deux précédents... j'ai trouvé ça très romanesque, peut-être trop classique même.

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  11. Haha ! J'attends ça avec impatience !

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  12. Voilà, on a le nom du lauréat. Comme l'année dernière, 14 tours et la voix compte double de Didier Decoin.

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