vendredi 22 mars 2019

L’Américaine


Catherine Bardon

Les Escales, 2019



J’avais raté Les déracinés, le premier roman de Catherine Bardon. Ce n’était pourtant pas faute d’en avoir lu beaucoup de bien. Aussi, à l’annonce de son deuxième opus, j’ai préféré ne pas risquer de voir d’autres livres l’évincer et je m’en suis emparée dès qu’il a été disponible.

Et le plaisir qu’on m’avait promis a bien été au rendez-vous. D’abord, sans doute, parce que ce livre appartient à un genre que j’affectionne particulièrement, celui du roman d’apprentissage. Encore faut-il que celui-ci soit maîtrisé. Or l’écriture de Catherine Bardon est fluide et alerte, et le rythme qu’elle imprime à son récit ne connaît aucun temps mort. C’est avec une certaine avidité que j’en ai tourné les pages pour suivre la destinée de la jeune Ruth depuis le départ de sa terre natale, la République dominicaine, à son installation à New York dans les années 1960. Vous l’imaginez sans peine, ce cadre invite aisément au romanesque, et l’auteure a très bien su en tirer parti. 
En effet, au-delà de l’histoire de l’héroïne en quête de son identité, Catherine Bardon embrasse celle des Etats-Unis, évoquant tour à tour le fameux discours de Martin Luther King, auquel assiste Ruth, l’assassinat de Kennedy, la Factory de Warhol ou encore les communautés hippies. Elle dessine ainsi en les entremêlant avec habileté le portrait d’une jeune femme et celui d’un pays.
En arrière-fond, Catherine Bardon continue d’explorer l’histoire chahutée et douloureuse de la République dominicaine, pays qui lui est cher, où elle a vécu et où se situait son premier roman.

Si tant est que l’on puisse parler de livre d’été - entendez par là une pagination généreuse, des personnages avec lesquels on fait corps et une lecture aisée et prenante - celui-ci pourrait bien être le vôtre !  

mardi 19 mars 2019

Vigile


Hyam Zaytoun

Le Tripode, 2019



A l’heure d’écrire ma chronique, j’avoue mon embarras : il se confirme que je suis fort peu réceptive aux textes brefs. J’ai besoin qu’un univers se déploie plus largement pour que se dépose en moi une empreinte profonde.

Pourtant, ce récit commençait bien. La première scène est d’une remarquable efficacité. On fait corps avec cette femme qui, au beau milieu de la nuit, est réveillée par les sons étranges que produit son compagnon allongé à ses côtés. Il lui faut quelques instants pour sortir de sa torpeur et pressentir la gravité de ce qui est en train d’advenir. Aussitôt le rythme s’accélère, lorsque cette femme effectue avec l’énergie de l’urgence et le sang-froid qu’impose la situation les gestes qui sauveront peut-être la vie de l’homme avec lequel elle partage la sienne. 
Dans ce moment où elle se donne entièrement pour tenter de retenir la vie lui reviennent en mémoire les heures où elle l’a donnée. Une manière de congédier l’angoisse et de convoquer la détermination qu’il a fallu pour mettre un enfant au monde. C’est cette force-là qui préside à ces instants. 

Après une telle intensité, pas facile de maintenir le cap. Et si les dernières pages - dont je ne vous dirai bien entendu pas un mot - retrouvent une part de cette puissance, le coeur du texte m’a, en comparaison, paru plus fade. Les souvenirs liés à la vie qui va, avec les heurts, les déconvenues, les incompréhensions ou les frustrations que chacun de nous peut connaître m’ont laissée de marbre. Et si les mots semblent choisis avec attention, l’enchaînement de phrase courtes n’a pas permis de donner du relief à ce témoignage relativement convenu.

Je suis loin donc de l’enthousiasme soulevé par ce texte, qui révèle pourtant des qualités et un potentiel qui s’affirmeront, je l’espère, dans l’avenir.



A la ligne, Joseph Ponthus, La Table Ronde
Boys, Pierre Theobald, Jean-Claude Lattès
Comme elle l'imagine, Stéphanie Dupays, Mercure de France
Des hommes couleur de ciel, Anaïs Llobet, L'Observatoire
Ecorces vives, Alexandre Lenot, Actes Sud noir
Ivoire, Niels Labuzan, Jean-Claude Lattès
L'Appel, Fanny Wallendorf, Finitude
Le matin est un tigre, Constance Joly, Flammarion
Les heures solaires, Caroline Caugant, Stock Arpège
Les petits garçons, Théodore Bourdeau, Stock Arpège
L'odeur du chlore, Irma Pelatan, La Contre-Allée
Saltimbanques, François Pieretti, Viviane Hamy
San Perdido, David Zukerman, Calman-Levy

Suiza, Bénédicte Belpois, Gallimard
Tête de tambour, Sol Elias, Rivages
Varsovie-Les Lilas, Marianne Maury-Kaufamann, Héloïse d'Ormesson
Vigile, Hyam Zaytoun, Le Tripode

mercredi 13 mars 2019

L’île aux enfants

Ariane Bois

Belfond, 2019



D’Ariane Bois je n’avais lu qu’un seul livre, Le gardien de nos frères. J’en gardais un bon souvenir, celui d’un roman à l’écriture certes très classique, mais aussi reposant sur une intrigue bien construite, fondée sur un épisode de l’Histoire solidement documenté. Et c’est bien ce schéma que j’ai retrouvé ici.

Mais que cache donc ce titre propre à faire sourire n’importe quelle personne de ma génération ? Pas de monstre gentil dans ces pages, mais bien des hommes et des femmes mettant froidement en oeuvre une terrifiante opération d’Etat. 
Nous sommes dans les années 60 sur l’île de la Réunion. Deux fillettes de 6 et 3 ans jouent sur les abords d’une route. Soudain, une voiture s’arrête et les happe sans ménagement. Quelques semaines plus tard, en compagnie d’une multitude de gamins ayant connu le même sort, les soeurs atterrissent à Paris, d’où elles sont conduites dans la Creuse où elles seront séparées pour être confiées à des familles d’accueil.

On suit l’aînée, Pauline, dont les nom et prénom seront changés par ses parents adoptifs pour mieux effacer son histoire. Elle finira pas oublier ses origines, s’enfermant dans une forme de déni allant jusqu’à éluder la question de sa différence de couleur avec les autres membres de sa famille. Celle-ci, lui expliquent-ils, ne serait due qu’à un taux de mélatonine plus élevé chez elle... C’est sa propre fille Caroline en quête de ses origines, bien des années plus tard, alors qu’un scandale d’Etat commence à être mis au jour, qui lui révélera sa véritable identité au terme d’une enquête menée avec pugnacité.

Alors, c’est vrai, le roman est parfois un peu cousu de fil blanc, à l'image de la manière dont Caroline s’associe à un journaliste pour obtenir des informations classées confidentielles... Mais je dirais que c’est le défaut de ses qualités : aucun temps mort, le rythme ne souffre aucune baisse de régime. Quant aux personnages, ils se révèlent attachants.

Mais surtout, l’auteure démonte parfaitement la mécanique de cette effroyable entreprise visant à repeupler les régions désertifiées de la métropole, dont j’ignorais pour ma part absolument tout. Elle révèle la manière dont l’Etat français arracha à leurs familles des centaines d’enfants, leur promettant pour eux une éducation et un avenir prétendument inaccessibles sur leur île. Combien de parents signèrent, parfois d’une simple empreinte de doigt, le document qui les séparera à tout jamais de leurs enfants. Car toute velléité de recherche qui pourrait par la suite être tentée sera vouée à l’échec. Combien de familles et d’individus furent brisés par cet acte barbare ! Et combien d'enfants se virent alors ravalés au rang d'esclaves dans des fermes du centre de la France...

Au-delà de l'histoire parfaitement déroulée par l'auteure, cette dernière lève le voile sur un épisode peu glorieux de notre histoire. La forme romanesque se révèle parfois précieuse pour évoquer des sujets graves ou difficiles à regarder en face. L’île aux enfants en est une parfaite illustration.


Un livre à retrouver aussi sur YouTube






samedi 9 mars 2019

San Perdido


David Zukerman

Calmann Levy, 2019



Au vu de l’enthousiasme qu’a soulevé ce livre auprès de mes amis des 68 Premières fois, c’est avec une certaine exaltation que j’en ai entrepris la lecture. Je préfère donc vous prévenir d’emblée: mes mots vont détonner dans ce concert de louanges. Car je vous l’annonce tout de go, je me suis ennuyée ferme et, si je n’avais reçu ce roman dans le cadre des 68, je l’aurais très certainement abandonné en cours de route...

Peut-être êtes-vous déjà en train de vous indigner, ou de moins de vous étonner, en lisant ces lignes. Mais j’ai trouvé ce texte décousu, les liens entre les principaux protagonistes ne nouant pas selon moi une intrigue solide. On suit tantôt l’un tantôt l’autre, au gré... je ne sais pas vraiment de quoi ; on quitte une héroïne pour la retrouver quelques chapitres plus loin sans qu’elle prenne une quelconque consistance... Bref, je ne m’y suis absolument pas attachée. Et à aucun moment je n’ai saisi quel était l’objet ou l’ambition du roman. Si on me demandait de dire en deux ou trois phrases quel en est le coeur, le propos, je crois que j’en serais incapable.
Je n’ai pas trouvé non plus la peinture sociale ou historique que j’avais imaginé trouver, ou si peu. Quelques pages seulement sur les Cimarrons à la toute fin du roman. Mais une notice Wikipedia aurait tout aussi bien fait l’affaire.

Et surtout, ce texte m’a semblé n’être rien d’autre que l’expression des fantasmes féminins et sexuels de l’auteur. Car s’il y a une chose qui est parfaitement dépeinte, ce sont les courbes harmonieuses et la nature de la beauté presque surnaturelle des deux véritables bombes que sont Yumna et Hissa qui «ondulent» à longueur de page - jamais je n’ai vu ce mot autant de fois répété ! Eh oui, mesdames, sachez que lorsque nous nous déplaçons, nous ne marchons pas, mais nous avançons en faisant onduler nos hanches ! 
Quant à la complaisance avec laquelle ces femmes se soumettent au désir priapique des hommes, quand bien même elles auraient été contraintes de faire commerce de leur corps depuis leur plus tendre enfance, comme Hissa, j’avoue qu’elle a eu du mal à passer. Mais c’est bien connu, nous aimons ces hommages rendus par la gent masculine ! A l’image de ces « deux métisses pulpeuses dont les hommes flattent parfois la croupe sans qu’elles se départissent d’une bonne humeur contagieuse.» Eh oui, une bonne main aux fesses, ça fait toujours plaisir et ça met l’ambiance ! 

Si encore le roman avait fait 200 pages, j’aurais peut-être été moins sévère. Mais il en compte un peu plus du double, et vous comprendrez donc que j’aie trouvé la potion un peu amère...


Allez, je vous mets quand même le lien vers le billet de Nicole, qui offre un vrai contrepoint au mien !



A la ligne, Joseph Ponthus, La Table Ronde
Des hommes couleur de ciel, Anaïs Llobet, L'Observatoire
Ecorces vives, Alexandre Lenot, Actes Sud noir
Ivoire, Niels Labuzan, Jean-Claude Lattès
L'Appel, Fanny Wallendorf, Finitude
Le matin est un tigre, Constance Joly, Flammarion
Les heures solaires, Caroline Caugant, Stock Arpège
Les petits garçons, Théodore Bourdeau, Stock Arpège
L'odeur du chlore, Irma Pelatan, La Contre-Allée
Saltimbanques, François Pieretti, Viviane Hamy
San Perdido, David Zukerman, Calman-Levy
Tête de tambour, Sol Elias, Rivages
Varsovie-Les Lilas, Marianne Maury-Kaufamann, Héloïse d'Ormesson
Vigile, Hyam Zaytoun, Le Tripode








dimanche 3 mars 2019

Nous aurons été vivants


Laurence Tardieu

Stock, 2019





La narratrice de ce livre est peintre, et si je devais comparer ce texte à une oeuvre picturale, je dirais volontiers qu’il s’agit d’une vanité. A travers l’histoire d’Hannah, Laurence Tardieu ne cesse en effet de tenter d’appréhender la fuite du temps et ne fait pas autre autre chose que constater la fugacité de la vie humaine.

Hannah, la soixantaine, n’a jamais connu l’insouciance. Enfant, elle venait se lover contre son frère, la nuit, et l’interrogeait : «Est-ce que tu n’as pas peur de mourir, toi ? (...) Tu te rends compte qu’un jour on va mourir, on va disparaître, on va tous disparaître.» Comment  aborder la vie sans éprouver ce vertige, surtout quand la violence du monde vient quotidiennement se rappeler à nous ? 
Est-ce ce poids dont elle ne parvient pas à se défaire qui a conduit sa fille à quitter du jour au lendemain le foyer familial, voilà sept ans, sans jamais donner de nouvelles ? Hannah n’en finit pas de s’interroger. Cette disparition n’est évidemment pas de nature à l’apaiser... Mais en marquant une rupture, en créant un avant et un après,  elle l’aide d’une certaine manière à saisir le passage du temps, ce temps d’une vie qui se sera si vite écoulée.

Si ce personnage d’Hannah peut à certains égards sembler larmoyant - et j’imagine que sa propension à la mélancolie est propre à irriter plus d’un lecteur -, il aborde les questions que tout individu, de manière plus ou moins aiguë et plus ou moins formalisée, peut être amené à se poser un jour ou l’autre : celles de la perception de son propre vieillissement, de sa place dans le monde, de la trace qu'il laissera, de la mémoire, de l’impact que peuvent avoir les soubresauts de l’Histoire sur nos existences... Des questions essentielles, donc, existentielles, exprimées dans ce roman avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité.




dimanche 24 février 2019

Glissez, mortels


Charlotte Hellman

Philippe Rey, 2019



Drôle de titre que cette injonction qui en dit si peu sur le sujet du livre ! Heureusement, le bandeau - si souvent superflu - se révèle ici précieux pour éclairer la lanterne du lecteur.
Les vies amoureuses de Paul Signac, donc. Voici un nom qui a tout de suite retenu mon attention. Car - désolée pour la platitude et la banalité du propos -, j'adore le pointillisme et, par voie de conséquence, Signac qui en est l’un des grands représentants. C’est donc sur la seule foi de ce nom que je me suis plongée dans cette lecture... occultant ainsi complètement l’autre partie de l’accroche. Mais il est certain que l’éditeur ne trompe pas son monde, et c’est bien par le biais sentimental que l’on découvre le bonhomme. 
Vous dire que c’est l’angle qui m’intéresse le plus serait sans doute mensonger et, à mi-chemin de ma lecture, j’avoue avoir connu un moment de doute sur le bien-fondé de mon choix.

Cependant, on est loin de Voici, vous vous en doutez bien. D’autant que c’est l’arrière-petite-fille du peintre, aujourd’hui responsable des Archives Signac, qui signe ce récit biographique, lui donnant ainsi des allures d’enquête familiale. C’est un regard empreint de bienveillance, mais non dénué de lucidité, et d’une profonde tendresse que Charlotte Hellman pose sur l’artiste. 

Avant d’ouvrir ce livre, je ne connaissais pas du tout Signac. Résolument pacifiste, attentif à toute forme de progrès, engagé aux côtés de Zola dans la défense du capitaine Dreyfus, ardent promoteur des avant-gardes artistiques à travers notamment le Salon des Indépendants qu’il présida près de trois décennies durant, il m’est vite apparu très sympathique. Mais il est toujours surprenant de voir à quel point les personnalités les plus progressistes peuvent parfois rester conservatrices dans la gestion de leur vie privée! 

En 1892, il épouse Berthe, avec laquelle il mène une vie bourgeoise, entre Paris et Saint-Tropez, qui n’est encore qu’un modeste village provençal. Tout se corse, à partir des années 1908-1910, lorsque Signac tombe sous le charme... de sa voisine de palier, Jeanne, qu’il fréquente avec une certaine assiduité, le couple Signac s’étant lié d’amitié avec celui que forment la jeune femme et son mari. On n’est pas loin du vaudeville !
Sauf que pas du tout, car Jeanne va divorcer, renonçant ainsi à la garde de ses trois enfants, pour s’installer avec Paul, qui refuse quant à lui d’en faire autant. Il laissera à Berthe la jouissance du logement parisien et de la maison provençale, viendra déjeuner avec elle une fois par semaine, passera même des vacances avec elle, et ne laissera pas passer un seul jour sans lui écrire une missive pour lui témoigner son attachement. Et lorsque de son union avec Jeanne naîtra la petite Ginette, il effectuera les démarches visant à la faire adopter par Berthe, qui n’a jamais pu avoir d’enfant, afin d’assurer l’héritage et l’avenir de la fillette.

A partir des quelques photos de famille qu’elle a pu retrouver et des neuf mille lettres que Paul adressa à Berthe et que celle-ci conserva - alors que celles de Berthe furent vraisemblablement détruites par Jeanne -, Charlotte Hellman s’efforce de comprendre les liens qu’entretenait cet étrange trio, interrogeant tout à la fois les ressorts psychologiques des protagonistes et les règles qui régissaient alors la société. A travers cette histoire somme toute banale, elle révèle tout à la fois la personnalité méconnue d’un artiste majeur et les différents carcans conventionnels et sociaux d’une époque, ne se privant pas d’en souligner le poids et de mesurer le chemin parcouru.

Certes, je n’en ai pas appris autant que j’aurais pu le souhaiter sur la dimension et l’apport artistiques de Paul Signac. Mais Charlotte Hellman m’a offert le témoignage fin et sensible d’une époque que j’ai toujours trouvée passionnante !


Un livre à retrouver aussi sur YouTube 



dimanche 17 février 2019

Suiza


Bénédicte Belpois

Gallimard, 2019



Une femme simple. D’aucuns la disent bête. Mais rayonnante de gentillesse et d’humanité. Et belle, avec ça ! Du genre qui aimante le regard des hommes au premier coup d'oeil. D’ailleurs Tomas la désire immédiatement. Une pulsion animale. Violente. Irrépressible.

Elle est étrangère, paumée. C’est un paysan rude, taiseux, attaché à sa terre plus qu’aux hommes. Il vient d'apprendre qu'il est malade. Atteint d’un cancer, sans espoir de rémission.

Ces deux-là vont unir leurs douleurs dans un amour inespéré et incandescent. Ne parlant pas la même langue, c’est exclusivement à travers l'expression de leurs corps - et de leurs regards - qu’ils vont apprendre à se connaître et à se comprendre.

Dit comme ça, on aurait envie de filer en courant : ça pourrait être nunuche... et ça ne l’est pas.
A quoi tient que l’on plonge dans ce récit sans pouvoir le lâcher ? 
A son écriture, âpre, directe, sans fioriture. A ses personnages, rugueux mais généreux et justes, comme la terre sèche et brûlante de ce coin d’Espagne où Bénédicte Belpois a choisi de situer son roman. Elle ne s’attarde pas, Bénédicte. Elle dit l’essentiel des sentiments, ce qui se joue dans un geste, dans un regard. Et puis elle distille ça et là un peu d’humour. Oh, rien de pesant ni de déplacé ! Juste une remarque que l'on peut faire - que l'on peut se faire - et qui suffit parfois à faire basculer l’existence de la gravité dans le détachement : la légèreté que l’on peut choisir, histoire ne pas sombrer dans le désespoir.

Bénédicte Belpois signe un premier roman d’une remarquable intensité, créant des personnages entiers, sincères, sans arrière-pensée, sans duplicité, simplement humains. Et ça fait du bien.


Un roman présenté sur You Tube