mercredi 11 mars 2026

Tah l’époque

Oliver Lovrenski
Actes Sud, 2026

Traduit du norvégien par Marina Heide



Comment aborder ce livre ? On pourrait dire qu’il s’agit d’une prise de parole flanquant un grand coup de pied dans la porte de la littérature pour en forcer l’entrée.


Qui écrit ? Je l’ignore, ne connaissant pas le jeune Norvégien qui était âgé de 19 ans lorsque son livre a été publié. Il s’est en tout cas imposé de manière fracassante avec ce récit inclassable et détonant qui reçut immédiatement une audience exceptionnelle, raflant plusieurs prix littéraires et se voyant traduit dans de nombreuses langues.


Le narrateur, quant à lui, en est un jeune lycéen issu de l’immigration - croate, tout comme l’auteur. Avec ses trois copains Marco, Arjan et Jonas, Ivor zone dans les rues d’Oslo. Ces quatre-là se connaissent depuis l’enfance, ont fréquenté les mêmes écoles, ont commencé ensemble à fumer et à consommer alcool, médicaments et autres stupéfiants. Même s’ils ont grandi dans des environnements familiaux différents - parents séparés ou auprès d’une grand-mère attentionnée pour les uns, foyer pour les autres -, ils partagent le même désenchantement. Ils sont progressivement sortis des cadres, passant des premières conneries d’enfants à des actes de délinquance.


Sur quelque 300 pages, l’auteur enchaîne de brefs instantanés permettant de découvrir ces jeunes garçons, de saisir leur parcours, leur origine, la fidèle amitié qui les unit, leur soif d’amour, leurs désillusions, leurs tentatives pour infléchir le cours des choses, les bastons et la fraternité, la drogue et la mort au bout du chemin…


Aucune majuscule dans ce texte, comme pour représenter un temps s’étirant sans fin, privé de racines et dénué de perspectives. L’auteur restitue le parler de la rue de ces gamins, une langue métissée de mots aux origines diverses, de termes familiers ou argotiques, pris dans des structures syntaxiques restituant le mode oral, à l’image du titre.


En complet décalage avec les nombreux éloges dont ce roman a pu faire l’objet, je suis pour ma part restée au bord du chemin. J’ai en effet trouvé le fond assez convenu, renvoyant à tous les clichés d’une jeunesse issue de l’immigration et marginalisée, porté par une forme prétendant casser les codes littéraires et linguistiques sans toutefois faire preuve de véritable inventivité ni de puissance. Il faut toutefois souligner la qualité du travail de traduction qui a dû se révéler particulièrement épineux.


Ayant reçu le livre dans le cadre d’une opération Babelio, je suis prochainement invitée à rencontrer l’auteur actuellement présent à Paris pour accompagner la sortie de son livre. Peut-être pourrai-je ainsi mieux appréhender son projet et sa démarche. Il sera de toute façon intéressant de l’entendre, aussi j’en remercie par avance Babelio et Actes Sud, malgré la teneur de ma chronique.

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