mardi 1 avril 2025

Toutes les vies de Théo

Nathalie Azoulai
POL, 2025


J’entretiens un rapport assez ambivalent avec les romans de Nathalie Azoulai : je trouve certains d’entre eux absolument brillants et formidables, fins, nuancés, quand d’autres me paraissent lourds d’une vision manichéenne. Aussi ai-je d’autant plus hésité à entreprendre la lecture de son dernier opus qu’il s’ancrait dans une actualité particulièrement sensible et clivante.


L’auteure relate en effet l’histoire d’un couple composé d’une femme juive, Léa, et d’un homme qui ne l’est pas, Théo, que les attaques du 7 Octobre vont faire voler en éclats. La question de l’identité juive prend alors une place centrale : si la mémoire de la Shoah pouvait jusqu’alors être perçue comme un rempart inaliénable à la résurgence massive de l’antisémitisme, et la question de l’identité juive être reléguée en arrière-fond d’une existence qui ne se fondait pas sur la primauté d’une appartenance religieuse, ces attentats rebattent les cartes. Désormais, cette question occupe tous les esprits, devient un marqueur autour duquel se polarisent les discours politiques en même temps que se multiplient les agressions antisémites. Léa, légitimement inquiète par cette évolution, met à présent la défense de cette identité au coeur de ses préoccupations. Pour Théo, cette prééminence n’est pas compréhensible : après tout, ce qui se passe en Israël et à Gaza est lointain, et il ne faudrait pas surestimer les conséquences que cela peut avoir sur eux…


On peut mettre au crédit de Nathalie Azoulai de porter notre attention sur ce qui se joue actuellement et, par le biais de la fiction, observer la manière dont les événements viennent perturber les parcours individuels. Toutefois, elle n’échappe pas selon moi au travers qui la guettait. Entre le personnage de Théo, fils d’une Allemande en proie au sentiment de culpabilité, celui de Noémie - la fille qu’il a eue avec Léa qui choisit de se faire baptiser et de suraffirmer sa foi, et l’irruption d’une belle jeune femme d’origine libanaise, les fils de son récit m’ont semblé manquer de subtilité. C’est tout à fait dommage car la première partie du roman posait parfaitement la situation. Mais les personnages s’enferrent dans des positions à mes yeux trop grossières qui finissent par priver le roman du caractère affûté qu’il aurait pu avoir.  


Reconnaissons toutefois à Nathalie Azoulai l’audace de s’être confrontée à un sujet particulièrement difficile et qui s'impose aujourd'hui à nous tous.


  

 


7 commentaires:

  1. Je l'ai entendu en débat avec Pierre Assouline sur leurs livres respectifs. Je dois dire que j'ai été nettement plus convaincue par Assouline, et c'est son livre à lui que j'ai noté (l'annonce).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai pas entendu parler de celui d'Assouline. Ja vais regarder ça.

      Supprimer
  2. J'ai la même relation que toi à cette autrice et les mêmes appréhensions à chaque fois... J'ai lu des papiers sur celui-ci qui m'ont sacrément donné envie, et d'autres à l'image du tien bien plus tiède. Je devrai me faire ma propre opinion, suis assez tentée tout de même.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, je sais qu'on est souvent du même avis sur ses livres. Je suis d'autant plus curieuse de connaître le tien sur ce roman en particulier.

      Supprimer
  3. C'est le deuxième billet mitigé que je lis cette semaine à son sujet, je passe sans regrets, malgré l'intérêt que présente en effet la thématique..

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le sujet est plutôt casse-gueule... Difficile d'en faire un roman.

      Supprimer
  4. Titus n'aimait pas Bérénice ne m'avait pas convaincu. Une auteure que je n'ai pas lu depuis.

    RépondreSupprimer