lundi 21 juillet 2025

Tu montreras ma tête au peuple

François-Henri Désérable
Gallimard, 2013


François-Henri Désérable est un écrivain fin, à la plume élégante, dont je lis chacun des nouveaux livres depuis que je l’ai découvert avec Un certain monsieur Piekielny. Je m’étais alors promis de lire ses ouvrages antérieurs, et la récente fête nationale m’est apparue comme l’occasion idéale de mettre ce projet à exécution - si je puis utiliser ce terme ici… Désérable y présente en effet plusieurs figures de la Révolution française dans les heures qui précédèrent leur décapitation.


Evidemment ce choix donne une vision particulière de cet épisode fondateur de notre histoire. Aborder la Révolution sous le seul angle de la Terreur peut conduire à discréditer l’ensemble de l’événement. Surtout lorsqu’on se focalise sur les individus, créant un phénomène d’empathie propre à produire une réaction d’hostilité et d’indignation. Ceci étant posé - et à bien garder à l’esprit - Désérable ne prétend pas faire un travail d’historien - même s’il s’est solidement documenté, comme en témoigne la bibliographie qu’il présente en fin d’ouvrage. Il nous offre à travers le prisme qu’il a défini une remarquable oeuvre littéraire. Constituée d’une galerie de portraits de personnalités hétérogènes - Danton, Marie-Antoinette, Charlotte Corday, mais aussi Lavoisier, André Chénier, le Vendéen Lantenac, ou la douzaine de girondins qui firent banquet à la veille d’être « raccourcis », elle présente néanmoins une parfaite cohérence, par les échos que les chapitres se renvoient. 


Désérable nous plonge avec talent dans l’atmosphère tourmentée des années 1793-1794 et nous met littéralement en présence des personnalités qu’il convoque. Pour cela, il passe souvent par le regard d’un tiers qui endosse le récit, ce qui confère à ce dernier une véritable dynamique. Le style de l’écrivain, dans cette première oeuvre, est déjà affirmé, précis, vivant, soigné, en un mot parfaitement maîtrisé. Un vrai plaisir de lecture, en somme, qui se double d’une dimension didactique et documentaire tout à fait passionnante, en dépit de mon préambule.


mardi 15 juillet 2025

Du mauvais côté

Davide Coppo
Calmann Levy, 2025

Traduit de l’italien par Samuel Sfez



Les éditeurs ont l’art d’encenser, avec plus ou moins de retenue, les textes qu’ils publient. Je suis plutôt bien placée pour le savoir, mais en tant que lectrice je reste pourtant très influençable ! Aussi n’ai-je pas hésité longtemps avant d’acquérir ce roman relatant l’itinéraire d’un jeune lycéen italien vers le néo-fascisme, présenté comme « audacieux », « d’une actualité brûlante » et « salué par la critique en Italie ».


Au début des années 2000, Ettore est un adolescent comme tant d’autres : introverti et peu sûr de lui. Lorsque, venant de la banlieue, il fait son entrée dans un lycée du centre de Milan, il est déboussolé. Ses résultats scolaires s’effondrent et il se sent isolé : en un mot, il n’a pas les codes. Cela n’empêche pas Alessandro et surtout Giulio, un garçon plutôt charismatique, de s’intéresser à lui. Quand ils l’accueillent au sein de leur cercle amical, Ettore en reçoit comme une bouffée d’oxygène et ne cherche qu’à s’intégrer. Très vite, il est invité à la « Fédération ». Commence alors une initiation à laquelle Ettore va se montrer très réceptif : il n’a pas de conscience politique, et le sentiment d’appartenance à une communauté est le ressort sur lequel va se fonder son cheminement vers le « mauvais côté ».


Dès le prologue, on sait que les choses ont mal tourné pour Ettore. Il a été assigné à résidence pour plusieurs mois par la justice et s’apprête à délivrer son récit. On découvre son environnement familial : des parents d’extraction modeste, une mère qui, grâce à de brillantes études et à force de travail, est parvenue à obtenir un poste à responsabilité, une certaine opacité sur les activités des membres de la famille durant la période fasciste, et, en dépit d’une faible politisation, une condamnation ferme de cette orientation idéologique. En arrière-fond, les violents affrontements entre manifestants altermondialistes et forces de l’ordre dont le G8 de Gênes est le théâtre font la une de l’actualité. 


Ainsi un cadre contextuel est-il soigneusement mis en place. Peut-être est-ce ce qui a créé chez moi une attente… qui n’a pas été satisfaite. Le récit reste en effet extrêmement intimiste, ce qui n’est pas dénué de sens, la dimension psychologique étant ici évidemment déterminante. Toutefois, on reste tout au long du récit dans le périmètre très resserré du lycée. Et même lorsque se déroulent des événements qui le dépassent, le manque de mise en perspective m’a un peu gênée. Jusqu’au terme de ma lecture, j’ai attendu en vain que quelque chose décolle, que le roman prenne de la hauteur, que l’angle s’élargisse. 


Malgré l’intérêt que ce récit peut présenter, il m’aura finalement laissé un sentiment d’inachevé qui me donne à penser qu’il ne déposera pas en moi une empreinte durable.