vendredi 18 juin 2021

Paresse pour tous

Hadrien Klent
Le Tripode, 2021




Et si on travaillait 3 heures par jour ? Autrement dit 15 heures par semaine ? 

Pochade ? Provocation ? Pas dus tout ! Alors que les 35 heures hebdomadaires ont tant de contempteurs, c’est le très sérieux projet que défend Emilien Long, éminent économiste lauréat du prix Nobel, dans son dernier ouvrage en date, Le Droit à la paresse au XXIe siècle.


A sa sortie, le livre fait évidemment grand bruit. L’économiste est l’objet de toutes les railleries, mais son propos s’appuie pourtant sur des années d’études du travail et de la productivité validées par nombre de ses pairs. Autour de lui, certains trouvent l’idée si intéressante qu’Emilien se voit encouragé à se présenter à la présidence de la République. 

Nous sommes à deux ans des élections de 2022 et Emilien finit par se laisser convaincre. Considéré d’abord comme l’un de ces candidats fantaisistes voués à ne recueillir que quelques milliers de voix, il va bel et bien finir la course en tête : lorsque s’ouvre le roman, il ne reste que quelques minutes avant l’annonce du résultat du second tour. Comment Emilien a-t-il pu accomplir pareil chemin, tel est l’objet de ce roman décapant qui retrace les quelque 746 jours d’une campagne électorale aussi débridée qu’iconoclaste…


Ainsi résumé, on pourrait croire que ce roman est une farce. Eh bien détrompez-vous. Même si le ton est volontiers espiègle, le propos est on ne peut plus sérieux, et tout ce que dépeint Hadrien Klent, qui ne cesse de multiplier les effets de réel, nous invite immanquablement à interroger nos modes de vie et de consommation, et leur impact sur notre santé et notre planète.

Klent, par la voix de son héros, remet en cause le dogme du travail et du productivisme, source de tant de maux : mal-être, dépression, perte de sens à ce que l’on fait, épuisement de nos ressources naturelles.


Klent nous propose rien moins que d’inverser le sens de nos priorités. Alors que depuis plus d’un siècle la productivité n’a cessé de croître, nous n’avons quasiment plus réduit le temps de travail. Résultat, on aboutit à une surproduction de biens… qui nous condamne à surconsommer pour justifier ce rythme. Mais est-il réellement nécessaire de changer de téléphone portable tous les deux ans, de posséder une télé toujours plus grande, de refaire la moitié de notre garde-robe à chaque nouvelle saison, de manger de la viande deux fois par jour, creusant au passage toujours plus vite notre tombe en mettant notre planète à feu et à sang ? Comme le dit si bien l’auteur, « au lieu de diviser par quatre le temps de travail, nous avons multiplié par quatre nos besoins ».


Si vous pensez que travailler quinze heures par semaine est utopique, Emilien Long vous répondra que réduire le temps de travail limitera largement le nombre de maladies professionnelles, qui ont un coût colossal pour la société ; qu’en dégageant du temps libre, il deviendra possible de participer à des projets collectifs dont l’ensemble de la collectivité pourra bénéficier ; qu’en réduisant de 1 à 4 les écarts de salaires dans les entreprises, cela n’entamera en rien leur rentabilité ; enfin encore qu’en  arrêtant de surproduire des biens, nous pourrons enfin arrêter d’asphyxier notre planète et garantir ainsi la survie de notre espèce.


Alors c’est vrai, je fais personnellement partie des gens qui trouvent totalement absurde qu’une partie de l’humanité se ruine la santé en obéissant à des cadences infernales quand l'autre crève de ne pas avoir de travail. Aussi avais-je sans doute une certaine appétence pour le sujet. Mais franchement, vous ne croyez pas que ça vaut le coup de réfléchir à tout ça ? 

Et pour ma part, s’il prenait à Hadrien Klent l’idée de se présenter aux prochaines élections, je n’hésiterais sans doute pas longtemps avant de glisser mon bulletin dans l’urne…



Et pour écouter la déclaration de candidature d'Emilien Long sur Radio Nova, c'est par ici...

6 commentaires:

  1. Nous sommes donc en phase mais sur un tel sujet je n'en doutais pas vraiment ;-) J'espère que ce livre donnera envie à certains de creuser la question...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Déjà, s'il pouvait bénéficier d'un peu plus de visibilité, ça ferait avancer les choses. Et ensuite, oui, on peut espérer qu'il fasse un peu réfléchir. En tout cas, il présente des arguments assez convaincants.

      Supprimer
  2. La question qui me vient est : que faire de tout ce temps disponible (hormis consulter Internet ?!) ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Personnellement, j'ai plein d'idées ! Lire, notamment ;-)

      Supprimer
  3. Je suis bien d'accord avec toi et merci de mettre ce livre en avant car j'en avais une idée fausse (le titre sans doute).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu me vois donc doublement ravie d'avoir attrapé le train de ton billet en marche ;-)

      Supprimer