mercredi 26 juillet 2017

Marcher droit, tourner en rond

Emmanuel Venet

Verdier, 2016



Bas les masques !

Quel petit bijou que ce texte fulgurant, dont je dois la lecture à Sandrine !

Un homme d’une quarantaine d’années assiste aux obsèques de sa grand-mère. Loin d’afficher une mine éplorée, comme toute l’assemblée, il s’interroge au contraire sur le discours laudatif qui est prononcé à cette occasion par une femme qui la connaissait d’ailleurs à peine : sa grand-mère n’était pas exactement le genre de personne généreuse et tolérante que l’on veut bien dépeindre devant la bière... 
C’est que notre homme est atteint du syndrome d’Asperger. Les conventions sociales, il ne connaît pas. Du moins est-il totalement rétif à les observer, car il comprend exactement ce qui se joue. Doué d’une intelligence peu commune, il s’étonne de ce que l’on puisse ainsi se payer d’illusions et, plutôt que de participer à cette comédie humaine, préfère quant à lui s’intéresser au scrabble et aux catastrophes aériennes dont la connaissance encyclopédique lui permet d’expliquer les causes par la plus implacable logique. Une logique qui l’amène à poser toujours les questions qui dérangent, provoquant ainsi l’effroi et le rejet de ses proches.

Le temps de la cérémonie, il va se livrer à une réflexion parfaitement jouissive, passant en revue l’ensemble des membres de sa famille, qu’il dépouille de son vernis de respectabilité afin d’en révéler toute la mesquinerie et les faux-semblants, pour finir par appliquer ce traitement à l’ensemble du corps social.

C’est vif, percutant, incroyablement drôle et acide. 

J’ai le sentiment toutefois que l’auteur a quelques comptes à régler avec avec la gente féminine, qui paraît sous sa plume particulièrement habile à la dissimulation et à duplicité. Moyennant quoi, les hommes apparaissent quant à eux d’une insondable faiblesse. 
C’est à se demander quel est le vice le plus fâcheux...


A découvrir également chez Hop ! sous la couette



27 commentaires:

  1. Oh tu titilles ma curiosité là ! Le genre de roman que je peux savourer pleinement. Je m'empresse de le noter.

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    1. En plus, il est bref et se lit très vite. Aucune raison de se priver !

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  2. Déjà repéré chez Keisha et Sandrine. C'est noté et surligné :-)

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  3. Après m'en être délecté, j'ai lu tout ce que j'ai trouvé de l'auteur!!!

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    1. Différent, on va dire, et pas forcément du roman.

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  4. Ravie que tu sois toi aussi tombée sous le charme acide de ce texte. Il semble en effet que ce narrateur vive assez mal d'être quasi exclusivement entouré de femmes...

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    1. Oui, je suis vraiment ravie que tu m'aies remis ce texte en tête !

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  5. Très beau billet, qui donne le ton. Ce que j'ai pu aimer ce court roman. Drôle et décapant à souhait. Impitoyable. C'est vrai que les femmes passent un mauvais quart d'heure, mais dans le contexte, ça ne m'a pas choquée...

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    1. Sur le coup, moi non plus. C'est en y repensant que j'ai réalisé que les femmes étaient sévèrement égratignées. Cela dit, dans un autre genre, les hommes ne s'en tirent finalement pas beaucoup mieux...

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  6. Cette fois-ci je le note dans mon calepin... Quelques billets m'avaient bien alléchée et dans le feu de l'action, il s'est perdu le bougre... Mais ce n'est que partie remise. Dès que ma cure d'abstinence de fréquentation de librairie sera terminée :-)

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    1. Abstinence ? Quelle abstinence ?
      :-D

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    2. Eh oui madame... et même que je m'y tiens (faut dire que j'ai des noisettes pour l'hiver et des colis de la part de Charlotte)... Fin de la mesure le 17 août :-)

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  7. Comme toi, Sandrine m'a drôlement donné envie ^^ Je n'hésitais déjà pas à l'acheter, maintenant il me le faut au plus vite !

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    1. Fonce, Corentine, ta librairie est encore ouverte !
      ;-)

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  8. Je l'ai repéré également chez Sandrine.
    Une question toutefois sur l'humour de ce livre : est-ce que ça ne verse pas dans le cynisme ?

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    1. Non, je dirais plutôt qu'il s'agit d'une ironie mordante. C'est en tout cas extrêmement bien vu et très habile d'avoir utilisé le ressort de ce trouble pour pointer une certaine hypocrisie sociale (ou une hypocrisie sociale certaine).

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  9. J'ai eu un peu de mal au début avec le style de l'auteur, ses phrases longues et l'absence de chapitres! Par contre une fois dedans quel plaisir de lire quelque chose d'aussi...acide! Bref, j'ai adoré !

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    1. Je pense que cette forme est parfaitement adaptée au propos : on entre dans la tête du personnage, on suit le déroulement de sa pensée et de son raisonnement.
      Pour l'instant, je n'ai encore pas vu de commentaire négatif...

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  10. Déjà noté suite à quelques billets élogieux, mais il n'a pas encore croisé ma route !

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    1. Je te conseillerais bien d'essayer de le croiser au plus vite, mais je sais qu'il y en a au moins un autre qui attend avec la plus vive impatience que t'empares de lui ;-)

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  11. Moi aussi j'avais eu un immense coup de coeur pour ce livre, je suis contente de voir qu'il prend doucement son envol!

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  12. contente de voir réapparaître ce titre que j'avais repéré également chez Sandrine et Marie-Claude, sans avoir eu le temps de le lire!

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    1. Mais oui, il semble bénéficier d'une deuxième vie... C'est l'été, profites-en ;-)

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