dimanche 1 mars 2015


Berlinoise

Wilfried N’Sondé

Actes Sud, 2015

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Un joli roman d'apprentissage, ayant pour toile de fond un monde en pleine mutation.

Sur fond de chute du Mur de Berlin, N’Sonde raconte l’histoire d’un amour incandescent. Pas n’importe quel amour : celui que l’on vit à 20 ou 25 ans, avec fougue, quand l’avenir est ouvert et qu’il vous appartient, quand on ne connaît encore aucune entrave.
Ce sentiment d’absolu trouve sa quintessence dans le contexte historique qui l’a vu naître. Berlin est alors en pleine effervescence, la population est en liesse, des visiteurs viennent du monde entier pour participer à l’éclosion de ce qu’on croyait alors être l’aube d’un monde nouveau, un monde sans frontières, où la fraternité aurait toute sa place.

Stan lui-même a quitté la banlieue parisienne, la grisaille de sa vie et le lycée où il enseignait l’allemand pour vivre ce moment à nul autre pareil. Aussitôt arrivé, il découvre l’amour passionné, à des années-lumière de celui morne et sans saveur qu’il avait vécu avec Mélanie. Il ose s’adonner à sa passion, la musique, sur les scènes alternatives qui fleurissent un peu partout à Berlin.

Pour Maya, jeune Est-Allemande à la peau ambrée léguée par son père cubain, ce moment de libération tant désiré s’accompagne pourtant d’une angoisse diffuse qui ne va cesser de s’amplifier au fil des mois. Certes, elle peut désormais circuler où bon lui semble, mais le chômage et l’argent-roi font leur apparition. Citoyens de l’Est et de l’Ouest ont parfois du mal à cohabiter, à se sentir appartenir à une même nation. Une certaine aigreur apparaît, les uns s’estimant lésés par l’afflux des nouveaux arrivants, tandis que les autres se sentent mis en position d’infériorité. Certains cherchent des boucs émissaires : les crimes racistes se multiplient, perpétrés par des groupes ouvertement néonazis.

Stan s’en désole, mais ça ne l’empêche pas de goûter pleinement à ce sentiment de liberté tout neuf qu’il vient de découvrir. Mais pour Maya, c’est insoutenable. Comment aimer lorsqu’on vit entouré et menacé par la haine ? Comment vivre lorsque d’autres meurent sous les coups d’individus dont la violence n’a d’égale que la bêtise ?

N’Sondé traduit parfaitement ce moment du passage à l’âge adulte, moment de rupture, de découverte, de prise de conscience tout à la fois. Moment d’intense fragilité où tout se joue, où l’on se construit, mais où l’on peut tout aussi bien se perdre. La mise en abîme avec la ville de Berlin dans un moment crucial de son histoire donne une force incroyable à ce récit : les individus se construisent toujours, jusque dans le plus intime de leur être, dans un environnement social qui les modèle tout autant que leur histoire personnelle.

6 commentaires:

  1. J'ai noté ce roman depuis une rencontre avec l'auteur courant janvier. Je l'ai trouvé très intéressant et sympathique.

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    1. Quant à moi, je n'en avais jamais entendu parler. Je l'ai feuilleté en librairie... et je l'ai acheté !

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    1. Oui, une jolie découverte en ce qui me concerne.

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  3. je voulais le lire mais je ne l'avais toujours pas acheté. Je vais remédier à ça dès la semaine prochaine. Merci beaucoup pour ce bel article.

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    1. N'hésitez pas à revenir ici me dire ce que vous en aurez pensé ! Bonne lecture à vous.

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