mercredi 29 janvier 2014


L’homme de Lyon

François-Guillaume Lorrain

Grasset, 2011

☀ ☀


Avec ce roman personnel et fort, l'auteur nous ramène aux heures sombres de la Collaboration.

Et bien, c’est confirmé : François-Guillaume Lorrain est un auteur à suivre !

Après l’immense plaisir que j’ai pris à lire L’année des volcans, j’ai voulu voir ce que donnait son précédent livre, et je n’ai pas été déçue. Même si, j’en conviens, la mise en place est un tout petit peu longue, la construction est impeccable et on se laisse finalement happer par cette intrigue parfaitement maîtrisée et par ce récit déchirant.

Comme dans L’année des volcans, François-Guillaume Lorrain ancrait déjà son roman dans un contexte historique et dans un lieu très précis : Lyon, juste avant la Libération. En revanche, mis à part quelques personnages secondaires, tels Jean Moulin ou certains dignitaires nazis qui apparaissent çà et là, les héros de ce roman sont fictifs - sauf à ce qu’il s’agisse d’un roman inspiré d’éléments à caractère autobiographique, ce que j’ignore ; mais, même s’il en est ainsi, il ne s’agit en tout cas pas de personnalités publiques.

Pour parler de cette époque trouble qui soulève aujourd’hui encore polémiques et passions, Lorrain imagine une intrigue dont on suit le déroulement comme une véritable enquête policière.
Le narrateur, un homme de trente-huit ans, se voit remettre par sa mère un lot de photos et de lettres de son père, décédé plusieurs années auparavant. Cherchant à percer le secret caché derrière ces documents, comme les pièces éparses d’un puzzle qu’il faudrait reconstituer, l’homme retourne sur les lieux où son père a passé son enfance et parvient  à retrouver des gens qui l’ont connu. Peu à peu se dessine la personnalité de ce père resté si longtemps énigmatique, attentionné mais aux réactions souvent brutales et inattendues. 
Non sans nous entraîner d’abord sur quelques fausses pistes, l’auteur finit par nous révéler la nature du lourd secret que cet homme dut porter toute sa vie, qui trouve sa source dans le contexte dramatique de la Seconde Guerre mondiale et de la Collaboration, et qui pesa sur le destin de sa famille. Fort de cet éclairage nouveau jeté sur l’existence de son père, le narrateur parvient enfin à comprendre cet homme qui lui parut si souvent distant et étranger.

Dénué de pathos, rédigé avec une certaine économie de moyens, à l’aide de phrases courtes, ce roman vif est néanmoins chargé d’émotion. 
Qu’il relate des événements sombres ou rocambolesques, François-Guillaume Lorrain sait décidément toucher son lecteur !

samedi 25 janvier 2014

Et si Notre-Dame la nuit...

Catherine Bessonart

Editions de l’Aube, 2013


prix « POLAR » 2013 du Meilleur Roman Francophone de Cognac


Un polar bien troussé, qui nous emmène dans le cadre familier des quartiers parisiens.


Il est fort agréable, parfois, de lire un polar, de se laisser emporter par un récit haletant.
Encore faut-il que l’intrigue soit bien construite, le roman bien rythmé et que le style - les dialogues en particulier - ait une certaine tenue.
C’est bien le cas ici, avec ce premier roman de Catherine Bessonart.

Nous sommes à Paris et à des meurtres de femmes dont les cadavres sont retrouvés sans tête semblent faire écho d’étranges actes de vandalisme: les sculptures de plusieurs site parisiens, à commencer par la vénérable cathédrale Notre-Dame, sont également décapitées.
Le commissaire Chrétien Bompart pressent immédiatement que ces affaires sont liées et mène donc les deux enquêtes en parallèle. Très vite, certains détails l’amènent à penser que le coupable ne lui est pas étranger et qu’il joue lui-même, bien malgré lui, un rôle dans cette affaire. L’enquête prend alors un tournant psychologique, qui permet ainsi de donner chair à ce nouveau héros qui devrait, si l’on en croit ce que sous-entend le sous-titre «La première enquête de Chrétien Bompart», donner lieu à quelque suite.

Si ce premier opus ne révolutionne en rien le genre du polar, avec son flic tourmenté, un peu «brut de décoffrage» mais généreux, ses acolytes parfois malmenés mais néanmoins fidèles et respectueux des résultats obtenus et son serial killer à l’enfance troublée, il en maîtrise élégamment les codes. Le résultat est plutôt convaincant et se lit avec plaisir.

A quand la suite des aventures de Chrétien Bompart ?

samedi 11 janvier 2014

L'année des volcans


François-Guillaume Lorrain

Flammarion, 2014

☀ ☀  

L'auteur nous raconte un épisode rocambolesque de l'histoire du cinéma, mettant en scène trois monstres sacrés. Un grand plaisir de lecture ! 


Disons-le sans détour : j’ai adoré ce roman !
Alors que je n’en avais jamais entendu parlé, pas plus que de l’auteur, j’ai eu l’occasion de l’avoir entre les mains, j’ai lu la quatrième de couverture et la première page et... je ne l’ai plus lâché ! Ce livre m’a littéralement happée, captivée que j’étais par la personnalité de ses héros et par les invraisemblables péripéties qu’il relatait.

Rome, 1949 : Roberto Rossellini a déjà tourné quelques chefs-d’oeuvre avec Anna Magnani, avec laquelle il entretient une relation aussi passionnée qu’explosive.
De l’autre côté de l’Atlantique, l’une des plus grandes stars de Hollywood, Ingrid Bergman, étouffe dans le carcan de la florissante industrie cinématographique autant que dans son couple. Saisie par la puissance des oeuvres du maître italien, elle se jette à l’eau et lui envoie une véritable déclaration d’amour dans laquelle elle lui fait part de son ardent désir de tourner avec lui.
Ne pouvant sans doute laisser passer une telle occasion, et bien qu’il n’ait qu’une connaissance très vague de l’identité de son admiratrice, Rossellini tourne le dos à Magnani, renonce sans vergogne aux engagements qu’il a pris et part à la rencontre de la vedette.
S’ensuivra l’histoire d’amour que l’on sait, dont naîtront trois enfants et cinq films.

Le récit se concentre sur la période charnière de leur rencontre - des plus romanesques - et du tournage de Stromboli, premier opus de leur fructueuse collaboration.
Or le tournage de ce film est une véritable aventure, dont les circonstances et les rebondissements paraîtraient peu crédibles s’ils entraient dans la composition d’un scénario... Et pourtant, à mon grand étonnement, Lorrain, je crois, n’a rien inventé, ou si peu de choses... 
Je ne vous révélerai rien de ce qui nous est conté, tant il est jubilatoire de découvrir les uns après les autres les coups du sort, concours de circonstances et autres incroyables partis pris de ces trois monstres sacrés.

Lorrain, en tout cas, excelle à faire revivre cette époque et nous embarque dans un récit au rythme haletant.
Il sait faire de ces icônes des êtres humains à part entière, accessibles, dépouillés de leur piédestal, mais toutefois dotés de personnalités incroyables par leurs excès, leur théâtralité permanente (Magnani), leur truculence (Rossellini) et la force de leur caractère (Bergman), qui les conduisent à mener leur vie selon leur choix, sans aucune concession, à une époque où chacun de leurs mouvements était pourtant scruté et pouvait avoir des conséquences déterminantes sur leur carrière et jusque dans leur existence même. Car ce roman est aussi la peinture d’une époque et d’un milieu ultrapuritains, avec les prémices du maccarthysme.

Bien que rien ne nous soit caché des excès et des défauts de ces monstres sacrés, en particulier ceux de Rossellini, infatigable séducteur et hâbleur, leur profonde humanité, leur immense talent aussi sans doute, ainsi que leur force de caractère nous touchent et nous les rendent profondément aimables. L’auteur sait nous communiquer l’affection qu’il éprouve manifestement pour eux.  

J’avoue avoir eu un pincement au coeur au moment, arrivé bien trop vite, de les quitter.

Si vous aimez le cinéma, en particulier celui de l’Age d’or italien, vous vous régalerez de ce livre.
Et si, comme moi, vous le connaissez mal, alors vous le découvrirez d’une manière tout à fait inattendue et vous aurez sûrement l'envie d’aller faire un tour dans les salles obscures... en espérant qu’à l’occasion de la parution de ce livre réjouissant, quelques exploitants aient la bonne idée de ressortir les films dont il relate la création. 

Regardez ici la chronique de Gérard Collard sur You tube