mercredi 11 novembre 2015

Et rester vivant


Jean-Philippe Blondel

Pocket, 2013 (Première édition : Buchet-Chastel, 2011)


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Réapprendre à vivre, quand les couleurs de la vie se sont effacées.

Après Un hiver à Paris, que j’avais beaucoup aimé et qui avait été mon premier contact avec Jean-Philippe Blondel, je m’étais promis de revenir à cet auteur. Mais je ne suis pas une lectrice compulsive, plutôt une flâneuse qui aime passer d’un univers à un autre et laisser s’écouler du temps entre deux livres d’un même écrivain.

Pour ce retour, j’avais l’embarras du choix : une petite dizaine d’œuvres s’offraient à moi. C’est le titre qui m’a guidée. Et rester vivant. Qu’est-ce qui pouvait bien se cacher derrière ces mots ? Quelle urgence ? Quelle histoire ? Quel drame ? Ils affirmaient évidemment une dimension vitale qui m’a intriguée.
L’histoire présente un caractère tout aussi dramatique que celle qui faisait l’objet d’Un hiver à Paris. Mais c’est surtout dans la forme que les deux récits offrent une certaine analogie, dans la mesure où le narrateur revient, bien longtemps après qu’il fût survenu, sur un événement douloureux pour tenter de sonder l’empreinte qu’il a déposée en lui et d’en mesurer le retentissement sur sa propre existence.

Un homme se remémore ses 22 ans. Il vient d’apprendre le décès de son père dans un accident de voiture. On imagine le choc, l’incommensurable chagrin. Pourtant le jeune  garçon est incrédule, comme anesthésié : il a déjà perdu sa mère et son frère aîné quatre ans auparavant dans des circonstances absolument similaires, alors que son père était au volant du véhicule.  

Avec un tel résumé, on aurait presque envie de reposer le livre. Trop c’est trop, il ne faut pas exagérer. « Parce qu’il y a des limites à la fiction », admet le narrateur dès les toutes premières lignes... Cette histoire est trop invraisemblable pour entrer dans le champ d’un roman.
Mais le livre est bien là. Et il raconte les semaines qui suivirent, le cheminement pour parvenir à rester vivant, retrouver les couleurs de la vie, s’inscrire à nouveau dans un avenir, même s’il n’existe plus pour les êtres disparus. 

J’ai retrouvé dans ce texte le ton tout en élégance et en retenue que j’avais aimé chez cet écrivain. Blondel ne dramatise pas, il n’est jamais larmoyant. Il aborde au contraire les événements les plus noirs avec une simplicité et, je dirais, une pudeur qui nous permettent de lire sans que jamais s’installe un malaise. C’est toute la force de son style.

Sans doute fallait-il en passer par l’écriture pour circonscrire la douleur et mettre définitivement les événements à distance. Une écriture en forme de libération, qui est aussi l’affirmation d’une identité et d’un talent.

14 commentaires:

  1. J'ai lu un premier livre de cet auteur, une histoire de deuil, quelque chose qui était certainement émouvant, qui a touché bien des lectrices sur la blogo et dont je suis restée assez éloignée. Du coup, je n'ai pas retenté...

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    1. Tu as dû lire Un hiver à Paris, qui m'a en effet beaucoup touchée. Chaque livre trouve son public, et peut-être n'es-tu pas sensible au style de cet auteur... Ou peut-être n'as-tu pas lu ce livre au bon moment, cela arrive aussi. Cela vaut peut-être la peine de retenter. D'autant que ses livres sont disponibles en poche et en bibliothèque ; tu ne prendrais pas beaucoup de risques ;-)

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  2. Je suis allée plus loin que Sandrine, j'ai lu deux romans de Jean-Philippe Blondel, sans déplaisir, mais je n'ai pas été assez touchée pour avoir envie de le relire... Je suis restée un peu à l'extérieur.

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  3. j'avais apprécié ce texte, je n'ai pas encore lu son dernier, il faudrait!

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    1. Oh oui, Eimelle, il est magnifique et très abouti !

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  4. Je n'en ai lu qu'un de l'auteur et comme Kathel, je n'ai pas été assez touchée pour en lire un autre. Mais s'il croise ma route, pourquoi pas ..

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    1. Je ne sais pas lequel tu as lu, mais celui-ci est très émouvant, je trouve.

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  5. Je me rappelle avoir apprécié écouter cet auteur, sur un plateau télé, venu parler de son dernier roman. Il avait parlé de son oeuvre aussi. C'est vrai que ça n'ai pas l'air comique mais il dégageait de cette personne beaucoup d'émotion. Je devrais peut-être partir à la découverte de ses mots!

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    1. Le sujet n'est pas rose, mais c'est traité sans pathos, et avec même des notes d'humour... Laisse-toi tenter.
      Et merci pour tes visites ;-)

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    2. Avec plaisir! J'aime beaucoup ton blog et ta façon de parler de tes lectures!

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  6. Aspho me l'a offert pour mon anniversaire, et j'ai vraiment peur du pitch, puisque finalement c'est l'histoire du'n jeune homme qui se retrouve seul au monde, notre angoisse a tous....mais tu me donnes envie de m'y mettre, parce qu'on sait bien que l'important ce n'est pas le sujet mais son traitement ;-)

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