dimanche 17 novembre 2019

Lautrec


Matthieu Mégevand

Flammarion, 2019



D’un artiste, on peut choisir de faire la biographie détaillée, de retracer chaque instant de sa vie pour tenter de cerner sa personnalité et comprendre ses choix esthétiques ; on peut multiplier les détails, dérouler patiemment le fil de son existence pour espérer voir se dégager toute la complexité de l’individu et les ressorts de sa psychologie. 

Matthieu Mégevand a fait un autre choix. Son récit est bref, fulgurant. Il nous propulse dans les années 1880 et nous met face à ce troublant personnage qu'était Lautrec, dont le talent n’avait d’égal que l’étrangeté de l'apparence et de la conduite. A l’instar de ses contemporains, nous découvrons qui jouait de sa difformité, exagérait les postures provocatrices, mais pouvait aussi bien émouvoir par sa prodigalité et sa soif d’amour.
Sous la plume de Mégevand, Lautrec est tout à la fois grossièreté et générosité, intelligence et aveuglement, audace et timidité. Il nous le montre dans toute son ambivalence et ses paradoxes, profondément humain, accentuant ses tares pour prendre les autres de cours et les priver du plaisir fétide de pouvoir s’en moquer.

Au milieu de ses désordres intérieurs, seul l’exercice de la peinture semble lui apporter une raison d’être. Auprès de ses maîtres successifs, il se veut un disciple appliqué, s’attachant à acquérir une technique qui lui est nécessaire pour dompter ce « serpent » qui lui intime de peindre. Et il lui faudra pouvoir compter sur ce savoir-faire pour, le moment venu, faire éclater les cadres, transcender les mouvements picturaux, affirmer son trait et restituer dans des toiles saisissantes d’humanité les scènes du Paris nocturne et anticonformiste qu’il se plaît à fréquenter.

Avec ce roman aussi bref et intense que le fut la vie de Lautrec, Mégevand fait le portrait à la fois tendre et lucide d'un artiste de génie, témoignant tout à la fois de son admiration pour le peintre et de son empathie envers l'homme qui affronta sa condition avec un certain panache, quitte à y brûler sa vie.


Un roman à retrouver aussi en images sur YouTube









3 commentaires:

  1. Je me souviens d'une visite du château familial quelque part du côté d'Albi. C'est là que j'ai le plus entendu parler de lui. Drôle de personnage.

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    1. Un personnage en tout cas très romanesque et très émouvant.

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  2. Pour la découverte de l'homme et du peintre.

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