mardi 19 mars 2019

Vigile


Hyam Zaytoun

Le Tripode, 2019



A l’heure d’écrire ma chronique, j’avoue mon embarras : il se confirme que je suis fort peu réceptive aux textes brefs. J’ai besoin qu’un univers se déploie plus largement pour que se dépose en moi une empreinte profonde.

Pourtant, ce récit commençait bien. La première scène est d’une remarquable efficacité. On fait corps avec cette femme qui, au beau milieu de la nuit, est réveillée par les sons étranges que produit son compagnon allongé à ses côtés. Il lui faut quelques instants pour sortir de sa torpeur et pressentir la gravité de ce qui est en train d’advenir. Aussitôt le rythme s’accélère, lorsque cette femme effectue avec l’énergie de l’urgence et le sang-froid qu’impose la situation les gestes qui sauveront peut-être la vie de l’homme avec lequel elle partage la sienne. 
Dans ce moment où elle se donne entièrement pour tenter de retenir la vie lui reviennent en mémoire les heures où elle l’a donnée. Une manière de congédier l’angoisse et de convoquer la détermination qu’il a fallu pour mettre un enfant au monde. C’est cette force-là qui préside à ces instants. 

Après une telle intensité, pas facile de maintenir le cap. Et si les dernières pages - dont je ne vous dirai bien entendu pas un mot - retrouvent une part de cette puissance, le coeur du texte m’a, en comparaison, paru plus fade. Les souvenirs liés à la vie qui va, avec les heurts, les déconvenues, les incompréhensions ou les frustrations que chacun de nous peut connaître m’ont laissée de marbre. Et si les mots semblent choisis avec attention, l’enchaînement de phrase courtes n’a pas permis de donner du relief à ce témoignage relativement convenu.

Je suis loin donc de l’enthousiasme soulevé par ce texte, qui révèle pourtant des qualités et un potentiel qui s’affirmeront, je l’espère, dans l’avenir.



A la ligne, Joseph Ponthus, La Table Ronde
Boys, Pierre Theobald, Jean-Claude Lattès
Comme elle l'imagine, Stéphanie Dupays, Mercure de France
Des hommes couleur de ciel, Anaïs Llobet, L'Observatoire
Ecorces vives, Alexandre Lenot, Actes Sud noir
Ivoire, Niels Labuzan, Jean-Claude Lattès
L'Appel, Fanny Wallendorf, Finitude
Le matin est un tigre, Constance Joly, Flammarion
Les heures solaires, Caroline Caugant, Stock Arpège
Les petits garçons, Théodore Bourdeau, Stock Arpège
L'odeur du chlore, Irma Pelatan, La Contre-Allée
Saltimbanques, François Pieretti, Viviane Hamy
San Perdido, David Zukerman, Calman-Levy

Suiza, Bénédicte Belpois, Gallimard
Tête de tambour, Sol Elias, Rivages
Varsovie-Les Lilas, Marianne Maury-Kaufamann, Héloïse d'Ormesson
Vigile, Hyam Zaytoun, Le Tripode

15 commentaires:

  1. J'ai été plus sensible que toi à ce texte. La brièveté ne m'a pas gênée et même m'a plutôt arrangée car je suis un peu hypocondriaque :D ! (J'aime beaucoup ta comparaison avec l'accouchement)

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    1. Oui, la comparaison était intéressante, et tout à fait fondée. Pour le reste, j'ai tout dut dans mon billet.

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  2. C'est le genre de thème qui me ferait plutôt fuir. Aifelle.

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    1. Je peux comprendre. Cela dit, l'auteure ne s'appesantit pas lourdement - et peut-être pas assez pour moi, visiblement :-D

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  3. Ça pourrait bien me tenter car je n'ai rien contre les textes brefs s'ils sont denses et puissants. Il faudrait que je le feuillette pour voir le style. En tout cas, le propos est engageant !

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    1. Je suis d'accord avec toi. Il faut vraiment, dans la nouvelle ou le bref récit, qu'il y ait une épaisseur, une profondeur et une qualité stylistique remarquables. Or, c'est bien trop rare selon moi. Ou alors, je n'ai pas lu les bons textes. Ce qui est fort possible puisque je ne vais pas volontiers vers eux...

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  4. je ne suis pas sûre qu'il me plaise mais pourquoi pas?

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    1. Nombreux sont les lecteurs à avoir vraiment aimé ce récit...

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  5. Je suis assez en phase avec ton ressenti. J'ai globalement été sensible à la qualité de l'écriture et à la puissance qui s'en dégage par moments... suis en phase avec ton découpage. Par contre, pour moi un écho particulier parce que j'ai vécu quelque chose de similaire il y a quelques années donc ça fait bizarre, de retrouver certaines sensations par les mots, c'est très étrange. J'ai rangé ce petit livre dans une pile particulière de ceux qui peuvent m'aider "techniquement" le jour où je voudrai écrire vraiment...

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    1. Eh oui, les livres entrent en résonance avec l'expérience et la sensibilité du lecteur...
      On aura sûrement l'occasion d'en parler demain ;-)

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  6. tu es le premier avis mitigé que je lis, mais à chacun son livre ! je viens de finir un livre qui a remporté un très joli succès et pareil j'en suis ressortie très déçue - il faut que j'écrive mon billet, j'attends un peu car là je serais probablement assez dure :-)

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    1. Ecoute, tant que c'est argumenté, on peut dire pourquoi on n'a pas aimé un livre !

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  7. J'ai également été plus sensible que toi. Il m'a prise aux tripes à bien des moments. Bon il faut dire que je suis souvent sensible aux phrases courtes également. Mais je trouve qu'il marque, longtemps, après lecture.

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    1. J'ai remarqué, oui. D'ailleurs, toi-même, quand tu écris, tu aimes bien les phrases coup de poing, les formules percutantes. J'aime bien lire tes chroniques :-)

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