mardi 2 mai 2017

La fin de l’histoire

Luis Sepulveda

Métailié, 2017


Traduit de l’espagnol (Chili) par David Fauquemberg


"La littérature raconte ce que l'histoire officielle dissimule."
Luis Sepulveda 

Je l’ai dit ailleurs, pas moyen de rédiger un billet sur mes lectures depuis ce funeste dimanche 23 avril. Je me sens absolument incapable de dire quoi que ce soit d’intéressant sur Les filles au lion, de Jessie Burton, ou Trop de lumière, de Marinette Levy. Tant pis...
Si j’ai choisi néanmoins d’essayer de parler du dernier roman de Sepulveda, c’est qu’il est un nouveau et parfait témoignage des atrocités qu’engendre une dictature. Celle du Chili était militaire, mais on sait très bien que les régimes autoritaires et liberticides peuvent aussi surgir des urnes...

Entre Russie et Chili, Sepulveda explore les liens qui existèrent entre les descendants de certains cosaques qui défendirent le tsar en 1917 et les partisans de Pinochet. Sous la Seconde Guerre mondiale, les premiers rallièrent les régiments SS, puis, plus tard, servirent de mercenaires aux partisans de la junte. 
Dans son roman, Sepulveda met en scène Juan Belmonte, un ancien opposant au régime de Pinochet. Sa compagne, Veronica, n’est jamais sortie du silence dans lequel elle s’était réfugiée pour ne pas livrer d’information sur Belmonte lorsque ses bourreaux la torturèrent. Bien que Belmonte mène désormais avec elle une vie calme, en retrait du monde, il est contacté par les services secrets russes pour retrouver quelques-uns de ces cosaques, bien décidés à aider leur ancien chef à s’évader de la prison où il a été condamné à finir ses jours pour les faits de torture dont il se rendit coupable sous le régime de Pinochet.

Les liens qui unissent les différents personnages et le rôle qu’ils jouèrent dans le passé nous sont peu à peu dévoilés par le jeu d’une alternance de chapitres qui nous emmènent à différentes époques de la Russie au Chili. Sans jamais s’attarder, en quelques mots savamment pesés et distillés, Sepulveda évoque l’horreur, la peur et la douleur, les alliances et les trahisons.

C’est un texte très maîtrisé, très fort, nécessaire, auquel j’ai conscience de rendre bien mal justice, l’ayant lu dans un moment de profonde inquiétude. Ce sont pourtant les livres qui nous éclairent et qui devraient nous permettre de reconnaître les faux-semblants pour ne pas sombrer à nouveau dans l’horreur.


20 commentaires:

  1. difficile de se concentrer sur ses lecture en ces temps d'inquiétude et de désillusion...
    ce livre est dans ma PAL mais j'ai plutôt envie de lectures légères en ce moment, il sera pour plus tard...(enfin j'espère)

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    1. A vrai dire, j'ai enchaîné avec le nouveau Perez Reverte. Besoin aussi d'un peu d'évasion.

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  2. Ce roman est la suite de "Un nom de torero", je ne sais pas s'il est préférable de l'avoir en tête...

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    1. Je ne l'avais pas lu et ça ne m'a pas gênée.

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  3. Comme Eva, je le note d'autant que je n'ai pas lu Sepulveda depuis un moment, mais pour plus tard. Envie d'autre chose en ce moment... C'est vrai que nos lectures nous éclairent, mais ceux à qui ce type de lecture serait le plus utile sont précisément ceux qui ne lisent pas. C'est ce qui me désespère en ce moment.

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    1. Tu as bien raison. C'est l'un des aspects du problème.

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  4. Ma seule lecture de Sepulveda ne m'a pas emballée et je n'ai pas très envie de m'y remettre. Je sens que j'ai tort. Je n'ai pas ralenti mes lectures, mais le hasard fait que je lis sur l'Allemagne et les persécutions en tout genre. Evidemment, je lis plus angoissée que d'habitude, en me demandant si c'est vraiment le genre de régime que nous voulons !!

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    1. Tort, je ne sais pas. Il y a bien d'autres lectures pour nous éclairer, et c'est bien vers celles-ci que tu sembles également aller.
      Mais comme le souligne Papillon, le problème c'est que trop peu de gens lisent et tirent les leçons du passé.

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  5. Je n'ai pas lu le roman précédent, je vois que cela ne gêne pas la compréhension... Je lis pas mal ces temps-ci, une fois deux ou trois rejetés, ça me change les idées, mais comme toi, j'ai du mal à mettre en forme mes avis... J'attends, en espérant que ça reviendra !

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  6. Sepulveda m'a plutôt déçu ces derniers temps avec ses textes pour enfants mais je le retrouverais bien dans un registre différent avec ce roman.

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    1. Je n'ai pas lu ses textes pour enfants. Je crois d'ailleurs que c'était mon premier Sepulveda et je l'ai trouvé très bon.

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  7. Tiens, ça fait très très longtemps que je n'ai pas lu Sépulveda dont les volumes ornent une bonne partie d'une de mes étagères... Je ne sais pas si j'ai envie de ça en ce moment, ce thème je veux dire...

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    1. C'est sûr que ça fait froid dans le dos...

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  8. Sepulveda a ce don de maîtriser ses écrits avec justesse. J'ai d'ailleurs démarrait "L'Ouzbek muet" qui traite entre autre de la jeunesse Chilienne.

    Je dois dire que depuis ma découverte du roman graphique "Là où se termine la terre" et "33 révolutions" l'histoire du Chili et celle de l'Amérique latine en générale m'intéressent grandement. Je me le note donc mais pareil pour plus tard je crois (encore plus aujourd'hui...).

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    1. D'autant qu'il s'attaque à un aspect assez méconnu de cette période. Il devrait donc t'intéresser, je pense.

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  9. J'ai pris plaisir à lire ce roman très documenté, et en même temps, il m'a manqué un petit quelque chose, je suis moins enthousiaste que toi ;)

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    1. Je n'ai pas vu passer ton billet (j'aimerais bien en savoir plus !). Je l'ai raté ou tu n'en as pas écrit ?

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  10. Cela fait bien longtemps que je n'ai pas lu de roman de Sepulveda....Il faudrait que je m'y remette.
    Bon dimanche.

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