mercredi 9 septembre 2015

Il était une ville


Thomas B. Reverdy

Flammarion, 2015




Le portrait poétique et intimiste d'une ville en pleine débâcle.

Avec cet auteur, après la lecture des Evaporés, il y a 2 ans, j’étais restée sur une impression mi-figue mi-raisin : l’écriture m’était apparue empreinte d’une certaine sensibilité, Reverdy était incontestablement parvenu à installer une atmosphère singulière, mais la présence de trop nombreux clichés m’avait personnellement un peu agacée. Rien de rédhibitoire toutefois, en tout cas rien qui m’eût détournée de son nouveau roman.

Une fois encore, il a dès le début du livre réussi à m’entraîner dans son univers, qui n’est pas sans rappeler celui des Evaporés. Même si l’histoire est fort différente, on y parle à nouveau de disparition, de déracinement, d’un monde en mutation qui produit les conditions de sa propre perte. J’y ai perçu comme de la nostalgie, teintée néanmoins d’une certaine forme de vitalité qui me semble faire tout le charme de ce livre et être la marque de cet écrivain.

Comme l’indique sans ambiguité le titre, Reverdy a choisi de faire le portrait d’une ville. Exit le Japon, nous voici désormais aux Etats-Unis, dans l’ancienne capitale de l’automobile, Detroit. Sa splendeur passée n’est plus qu’un lointain souvenir, le décor est dressé dès les toutes premières lignes : la ville est au bord de la faillite. Les signes de sa déshérence sont partout : maisons abandonnées, commerces fermés et un taux de criminalité record. Il y règne une ambiance spectrale.

C’est dans ce contexte que débarque Eugène, jeune cadre français, envoyé par sa firme pour tenter de mettre sur pied une nouvelle unité de production révolutionnaire. Dès le départ, il est manifeste qu’il y a quelque chose de déplacé dans cette démarche... 
Eugène, quant à lui, va découvrir cette ville et se l’approprier, bien qu’il lui ait été formellement déconseillé de s’attarder dans ses rues. Au fil de ses errances, on découvre des personnages qui tentent d’exister comme ils le peuvent dans un monde qui les refoule  inexorablement vers sa périphérie. Ils se bâtissent ainsi une vie en marge, les uns dans «la Zone», reconstruisant une forme d’organisation sociale parallèle et quelque peu inquiétante, tandis que les autres se réfugient dans les replis de leur psyché. 
Au milieu du désastre, l’amour et l’amitié subsistent, comme une force vitale, qui irradie le texte.

Découvrez également l'avis enthousiaste de Kathel



22 commentaires:

  1. Très beau billet!
    Encore deux romans avant que je plonge dans celui-ci. Pour une fois, j'y vais davantage pour le sujet - Detroit, cette ville en déperdition, me passionne - que pour l'auteur.

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    1. Alors tu devrais y trouver ton compte, bien que cette ville soit présentée sur un mode poétique plus que documentaire.

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  2. J'ai abandonné "les évaporés" et je crains fort de ne pas adhérer non plus à ce nouveau roman.

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    1. Personnellement, comme je le dis dans mon billet, je n'avais pas adoré Les évaporés et j'ai préféré celui-ci. Ceci étant dit, on retrouve vraiment la pâte de l'auteur, alors si tu n'es pas fan, il y a certainement plein d'autres lectures qui t'attendent !

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  3. Est-ce à dire que tu l'as préféré aux Evaporés ? Les Evaporés me tenaient davantage (le Japon m'attire plus que les villes industrielles américaines), j'ai hâte de découvrir cet auteur (je sais voici deux ans que je le dis)....

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    1. Oui Galéa, je l'ai préféré. Pour moi, il y avait trop de clichés dans Les évaporés, ce qui avait parasité ma lecture. J'ai trouvé ce roman plus fluide, plus sensible.

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  4. Contrairement à toi, mon préféré reste Les évaporés, je n'ai pas remarqué les clichés... il faudrait que je le relise, tiens ! ;-) Mais je suis ravie que ton billet donne envie de lire cet auteur !

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    1. Pour faire écho à ton billet, je dirais que c'est souvent le cas quand on enchaîne deux livres d'un même auteur ;-)

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  5. Il fait partie de ceux que je vais acheter bientôt

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  6. Je suis en plein dedans depuis deux jours et tout me plaît, comme dans Les évaporés d'ailleurs.

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  7. C'est tentant :-) le sort de Détroit me fascine (j'ai un bouquin de photo prise dans la ville, des photos de ruines urbaines, quasi post-apocalyptique, enfin quasi...) oui vraiment, très tentant :-)

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    1. C'est sûr que le destin de cette ville est stupéfiant, à l'image de ce que produit notre société...

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  8. est ce que je n'avais pas déjà mis un comm moi, ah la technologie, tout cela pour dire que le sujet me passionne, Detroit ville fantôme :-) Du coup j'ai bien envie de le lire ce roman :-)

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    1. Si, si, Yueyin, mais à présent je modère pour éviter que mes visiteurs ne s'arrachent les cheveux avec les merveilleuses trouvailles de blogspot pour s'assurer que nous ne sommes pas des robots :-(
      En tout cas, je pense que ce roman pourrait te plaire.

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  9. J'ai Les Evaporés dans ma PAL depuis des mois, pas moyen que je me décide...
    Celui-ci me tente davantage, j'ai une tendresse particulière pour les villes en déclin, les friches industrielles.
    Moins de clichés dans celui-ci, donc ?

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  10. J'ai beaucoup aimé ce livre sans pouvoir comparer aux évaporés que je n'ai pas lu. Très beau rendu de l'atmosphère d'une ville en déclin, l'histoire de la ville de Détroit est vraiment fascinante.

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    1. Et oui, il y avait vraiment matière à un roman...

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  11. Encore un auteur à découvrir... j'opterai plutôt pour ce titre-ci! Mais tu ne lui as mis qu'une seule étoile?

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    1. Ah ! Les étoiles... J'avais hésité à instaurer un barème. D'ailleurs, ce ne sont pas des étoiles, mais des soleils, qui correspondent à une appréciation très générale, comme en témoignent les légendes en haut à droite.
      En fait, il faut surtout se baser sur le commentaire ; les soleils viennent donner une indication générale qui peut varier selon l'humeur du jour ou le contexte : ainsi je trouve cette rentrée littéraire formidable, et elle suscite de ma part de grands enthousiasmes. Du coup, par comparaison, un livre intéressant peut avoir un soleil moins ardent que si j'ai précédemment lu des livres qui ne m'ont pas plu... Bref, peut-être faudrait-il que je supprime ces barèmes... qui m'embarrassent parfois ;-)

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