dimanche 26 octobre 2014


La patience du franc-tireur

Arturo Pérez-Reverte

Le Seuil, 2014

Traduit de l’espagnol par François Maspero


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Un roman captivant qui lève le voile sur le monde des graffeurs et ce que l'on appelle "l'art urbain" ou "street art".

Quelle joie de retrouver un écrivain que je n’avais pas lu depuis de nombreuses années et dont j’avais tant apprécié les premières œuvres, notamment Le tableau du maître flamand et Club Dumas !
Pérez-Reverte fait partie de cette catégorie d’auteurs que j’appelle des conteurs. Leur style n’est pas particulièrement remarquable - j’ai même été ici un peu gênée par une ou deux tournures, mais était-ce dû à la traduction ?, et par une ou deux métaphores maladroites -, mais ils ont l’art de nous embarquer dans une histoire menée tambour battant et que l’on lit avec avidité pour en connaître le dénouement.
Et si j’ai renoué avec Pérez-Reverte - que j’ai dû délaisser, je crois, lorsqu’il a initié sa série du Capitaine Alatriste avec laquelle je n’avais pas accroché - c’est sans doute parce qu’il retrouve avec ce roman la thématique de l’art.

En effet, de Madrid à Lisbonne et de Vérone à Naples, il nous entraîne dans le monde des graffeurs. Suivant les traces d’un mystérieux et talentueux représentant de cette forme d’expression, Pérez-Reverte propose une réflexion sur la place de l’art dans notre société. Son héros, Sniper, rejette en effet radicalement le statut d’artiste,  selon lui perverti par les galeristes et autres riches collectionneurs qui ont transformé l’art en un vulgaire marché spéculatif, pour se définir comme le combattant d’une guerilla urbaine. Dans le roman, on voit des jeunes gens bomber des endroits ou des équipements qui leur offriront une grande visibilité pour affirmer leur existence, définir leur territoire et, pour les plus engagés d’entre eux dans une démarche «politique», mettre en question les fondements de notre société. Ce faisant, certains vont jusqu’à mettre leur vie en jeu, le danger procurant au passage une décharge d’adrénaline qui peut devenir addictive. 

J’avoue n’absolument rien connaître de ce milieu et être donc incapable d’évaluer la part d'invention de l’auteur. Fidèle à sa formation et son expérience de journaliste, il s'est longuement documenté sur ce milieu avant d’écrire son livre. Apparemment, il s'est même rendu sur le terrain, et je pense donc que l'on peut accorder du crédit à ce qu'il écrit. En tout cas, le sujet est fort intéressant et cette lecture m’a donné envie d’en apprendre un peu plus. Et mon attention a du coup été attirée par les affiches qui fleurissent actuellement sur les murs du métro parisien et qui présentent une exposition d’oeuvres de Dali revisitées par des artistes urbains. Une jolie suite à donner à cette lecture !


Ecoutez ici l'interview que l'auteur a donnée sur l'antenne de RFI
Et découvrez ici le site de l'exposition Dali fait le mur


4 commentaires:

  1. Le sujet m'intéresse ! Mais ce n'est pas un pavé, j'espère ?

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    1. Non, l'auteur a été moins prolixe que d'habitude. Je l'ai lu en numérique, mais je crois qu'il fait aux environs de 300 pages. Et ça se lit vraiment très facilement !

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  2. Je n'avais pas été enthousiasmée par "le tableau du maître flamand", mais je referais bien une tentative avec l'auteur. Pourquoi pas avec celui-ci, plus contemporain.

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    1. C'est un sujet rarement abordé. En cela, c'est sans doute plus original que Le tableau du maître flamand... pour lequel je conserve néanmoins une véritable tendresse !

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