Entretiens

samedi 11 février 2023

L’allègement des vernis

Paul Saint Bris
Philippe Rey, 2023



Le Louvre est sans aucun doute l’un des musées qui attire le plus de visiteurs au monde. Le réaménagement de ses espaces d’accueil, sous la pyramide, a d’ailleurs contribué à en accroître le nombre. Pourtant, aux yeux de la toute nouvelle et pimpante présidente de l’établissement, les chiffres de fréquentation doivent encore pouvoir être améliorés. Daphné s’en remet donc à une agence de conseil spécialisée dans la culture et les médias pour dresser un audit permettant d’y parvenir… 


Or, qu’est-ce qui fait venir les visiteurs des quatre coins de la planète ? La Joconde, bien sûr ! Au-delà de tout l’arsenal de moyens à mettre en oeuvre (dont on redoute qu’ils ne soient pas nés uniquement de l’imagination de l’auteur !), c’est donc avant tout sur elle qu’il faut se concentrer. Au grand dam d’Aurélien, le conservateur du département des œuvres de la Renaissance italienne, voilà que le vieux serpent de mer de la restauration du chef-d’oeuvre de Leonard refait surface. Si d’aucuns avaient déjà pu y songer, la crainte de la pression et des risques encourus par le tableau l’avait toujours emporté. Pas de quoi faire frémir Daphné, cependant, aiguillonnée par la promesse d’une belle campagne de communication.


Une fois le projet ficelé, ne restait qu’à trouver celui qui pourrait s’atteler à l’écrasante tâche. C’est à un fringant restaurateur italien, unanimement reconnu dans la profession, que celle-ci revient. Avec son expérience et sa prestance, il semble parfaitement taillé pour mener sa mission à bien sans se laisser impressionner par le battage médiatique. Mais qui sait ce qui peut advenir dans le tête-à-tête quotidien et prolongé avec une telle icône…?


Ce roman est un régal de drôlerie et de finesse. Son jeune auteur nous entraîne dans le monde très fermé des institutions artistiques et révèle les enjeux parfois inattendus des conditions de présentation des oeuvres au public. Ce faisant, il peint avec brio les travers et obsessions de notre société pour la rentabilité et le marketing qui contaminent jusqu’aux objets qui en sembleraient le plus éloignés, il analyse notre rapport à l’art et au patrimoine, sans oublier l’essentiel : l’irrésistible attrait de la beauté et l’effet que celle-ci peut avoir sur les individus…


Mené tambour battant, au rythme de chapitres brefs et enlevés, ce récit s’appuie sur une fine connaissance du milieu artistique ainsi que sur une belle galerie de personnages que l’auteur sait nous rendre attachants. S’il n’avait qu’un seul défaut, ce serait de se lire beaucoup trop vite, car on se prend à regretter, une fois la dernière page tournée, de quitter la compagnie de cette ébouriffante Joconde 2.0.



Retrouvez Paul Saint Bris dans l'entretien qu'il a bien voulu m'accorder.

Il y évoque son propre rapport à l'art et ce qui a présidé à l'écriture de ce roman.

9 commentaires:

  1. Il a tout pour me plaire ce roman ! Il me semble avoir lu ce matin que le Louvre décidait de limiter les visiteurs journaliers, de 45000 à 30000 ...

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    1. Effectivement, c'est aussi ce qui est dit dans ce livre, mais il faut compenser ce manque à gagner par d'autre astuces...

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  2. L'idée est original, et si le récit se fait avec humour, je le note.

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  3. Ça a l'air chouette... L'auteur vient du monde de l'art ? (parce que dans cet univers de l'art et des musées il y a la série d'Adrien Goetz spécialiste dans son domaine et qui se détend bien avec les enquêtes de Pénélope et Wandrille... la dernière, entre Egypte et salles égyptiennes du Louvre était assez piquante dans le genre)

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    1. J'aurais tendance à dire que oui, mais à vrai dire je l'ignore. En tout cas, il semble très bien connaître ce milieu.
      Quant à Adrien Goetz, il va vraiment falloir que je me décide à le lire !

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  4. un sans fautes alors? L'endroit me plaît, évidemment !!

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  5. Finalement je l'ai emprunté, et dévoré... Excellent, ce livre! (billet pas paru) Nicole a aimé, pas étonnant!

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