Entretiens

mardi 17 janvier 2017

La veille de presque tout

Victor Del Arbol

Actes Sud, 2017


Traduit de l’espagnol par Claude Bleton


Du noir, du noir et encore du noir...

Il n’est jamais très réjouissant de faire part d’une déception. Surtout lorsqu’il s’agit du texte d’un auteur dont on a beaucoup apprécié les précédentes œuvres. J’ai pourtant tout fait pour me convaincre de goûter ce roman, comme j’avais goûté La tristesse du samouraï et plus encore Toutes les vagues de l’océan. D’autant qu’on y retrouve ce qui fait la pâte de l’auteur : une vision très noire de l’humanité et le type de construction qui lui est cher, jouant sur l’alternance des destinées de plusieurs personnages s’entrecroisant jusqu’à se rejoindre en un dénouement donnant la clef du lien qui les unit. Mais ce qui fonctionnait là m’a paru ici moins convaincant. 

Faire se rencontrer Eva, alias Paola, riche héritière dont la fille de dix ans, Amanda, a été sauvagement assassinée quelques années auparavant, et Dolores, la bien nommée, dont la fille a mystérieusement disparu au même âge, peut apparaître cousu de fil blanc. Si cette rencontre est le fruit du hasard, le jeune Daniel va se charger de la sceller. Daniel vit avec son grand-père, seul membre de sa famille à être encore en vie. La personnalité trouble de ce jeune homme, protégé par son aïeul, qui cache lui aussi, comme tous les autres personnages de ce roman, sa part d’ombre, va peu à peu se faire jour. Quant à Mauricio, il a quelques comptes à régler avec son vieil ami Oliverio : dans les années 50, ils avaient fui ensemble l’Argentine, leur pays d’origine, pour gagner l’Allemagne en compagnie de La Roussotte, la femme de Mauricio, espérant y trouver un avenir plus radieux. Las, Oliverio a fini par rentrer, pressant régulièrement ses camarades d’en faire autant. Ceux-ci ne se doutaient pas que derrière les invitations répétées se cachait désormais un partisan de la junte au pouvoir qui ne demandait qu’à les trahir...
L’enquête que mène Mauricio pour retrouver Oliverio se double de celle conduite par l’inspecteur Ibarra, celui-là même qui avait identifié l’assassin de la petite Amanda et qu’Eva appelle aujourd’hui à la rescousse pour d’autres raisons.

Tous les personnages de ce livre traînent une lourde hérédité, une histoire intime des plus dramatiques et tentent tant bien que mal de vivre avec leurs blessures profondes.  

C’est noir ; moins peut-être que Toutes les vagues de l’océan qui installait une atmosphère irrespirable à laquelle le lecteur ne pouvait échapper, mais pourtant trop encore. Trop de situations dramatiques, trop d’histoires personnelles douloureuses, trop de violences familiales, trop de folie… comme si l’être humain ne pouvait connaître la paix et le repos. Cela se concevait dans les précédents romans de l’auteur qui s’inscrivaient dans des contextes historiques parmi les pires que le XXe siècle ait connus : le franquisme ou les régimes communistes et le nazisme. Pour ma part, j’ai eu l’impression que del Arbol était allé chercher un autre épisode noir de l’Histoire pour y adosser son récit. Mais cela m’a paru artificiel. 
Alors il y a bien quelques moments où l’on frissonne - del Arbol sait y faire. Mais je suis restée à distance de ces personnages et de leurs mésaventures, qui n’ont jamais réussi à me toucher. Et surtout, j’ai trouvé la construction forcée et maladroite.

Cet auteur a du talent. Peut-être devrait-il oser se renouveler afin de nous offrir, à nouveau, un de ces grands romans dont il a le secret.


Sandrine a fait une tout autre lecture...


20 commentaires:

  1. Comme je n'ai pas encore lu cet auteur, je ne commencerai pas par celui-là.

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    1. Cela me paraît préférable, en effet. En revanche, je te recommande Toutes les vagues de l'océan - tu l'auras compris ;-)

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  2. C'est dommage en effet cette déception... Je n'ai rien trouver de trop dans ce roman, je m'attendais à des gens souffrants et à des situations dramatiques : j'ai eu mon lot... Il faut vraiment que je lise le précédent à présent.

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    1. Le précédent est excellent, selon moi. Extrêmement noir, tu devrais adorer ;-)

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  3. Je n'ai jamais lu cet auteur. J'ai beau aimé le noir, ce que tu en dis fait un peu flipper, quand même !

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    1. Ah, j'avoue que ce n'est pas auteur qui te donne foi en l'humanité !

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  4. J'ai été déçue par le premier "La tristesse du samouraï" pourtant acheté après une rencontre avec l'auteur, sympathiquement dédicacé, et tout, et tout... Je l'ai trouvé beaucoup trop noir, avec trop de surenchère dans le scénario et d'effets de style visant à ajouter à cette noirceur. Pas du tout pour moi, dommage !

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  5. Toujours dommage d'être déçu par un auteur que l'on apprécie vraiment. Mais tu as au moins l'honnêteté de le reconnaître.

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    1. Oui, pas la peine de se voiler la face.
      Mais je lirai néanmoins son prochain.

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  6. Je n'ai lu que La tristesse du samouraï (excellent souvenir) mais je me souviens avoir pensé que je n'aimerais pas me plonger trop souvent dans son univers très très noir (voire glauque)... je vais attendre encore un peu alors ;-)

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    1. C'est certain, il vaut mieux éviter d'enchaîner la lecture de ses livres !

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  7. Comme Nicole, je n'ai lu que La tristesse du Samouraï que j'avais adoré.

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    1. j'avais aussi beaucoup aimé... mais pas autant que Toutes les vagues de l'océan !

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  8. Oh zut, c'est dommage, j'avais envie de le lire, mais si c'est artificiel ...

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    1. En tout cas, c'est ce que j'ai ressenti. Mais Sandrine, quant à elle, n'a pas eu ce sentiment. Et je n'ai pas lu d'autres avis...

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  9. Je l'ai fini et je suis tellement d'accord avec toi. Et pourtant je suis une fan absolue mais comme tu le dis si bien, c'est trop artificiel, trop noir :(

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  10. Victor Del Arbol, je l'aime, incontestablement. Je vais lire celui-ci, c'est sûr. Cependant, je suis amenée à la même réfelxion que toi: il va falloir qu'il se renouvelle, sans quoi il va lasser ses lecteurs.

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