Entretiens

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lundi 28 septembre 2026

Rendez-vous sur l’autre rive

Jay McInerney

L’Olivier, 2026

Traduit de l’américain par Thierry Decottignies


On avait fait la connaissance de Corrine et Russell Calloway il y a maintenant trente ans et des poussières (oui, elle est facile !), avec l’un des premiers romans de Jay McInerney. Le succès fut immédiat, notamment en France où l’écrivain reçut un accueil des plus enthousiaste. Si je ne peux prétendre me souvenir en détail de ce livre, je garde en revanche précisément en mémoire l’extraordinaire impact qu’il avait eu sur moi. Bien que l’intrigue se passât à New York et que les protagonistes fussent un peu plus âgés que moi, j’avais éprouvé un profond sentiment de proximité, et même de connivence à leur égard. Certes, ils étaient déjà entrés de plain-pied dans la « vie d’adulte » alors que je ne faisais moi-même qu’en entrouvrir la porte, mais leurs préoccupations, leurs doutes, leurs désirs et leurs valeurs ne me semblaient pas si éloignés des miens. Leur manière d’habiter leur ville – l’autre personnage du roman - faisait également écho à mon attachement à Paris.

Puis, en 2006, vint La Belle Vie. Tandis que le 11 Septembre venait foudroyer la population américaine – et, au-delà, le monde occidental – Corrine et Russel traversaient la crise de la quarantaine qui faillit bien avoir raison de leur couple. Mais ils résistèrent, et McInernay revint nous donner de leurs nouvelles quelques années plus tard. Dans Les Jours enfuis, leurs enfants adolescents étaient désormais au coeur de leurs préoccupations, et leur vie professionnelle connaissait quelques remous.

Dans Rendez-vous sur l’autre rive, nous les retrouvons sexagénaires et passablement assagis, à l’orée d’une autre crise de dimension internationale. Tandis que le Covid fait ses premières victimes, Corrine ressent une sourde angoisse. Ayant perdu sa mère quelques mois auparavant, elle est saisie par la conscience de la finitude de la vie : un sentiment qui échappe encore à Russell – ou bien le refoule-t-il ? – qui se verrait bien connaître une nouvelle jeunesse entre les bras d’une séduisante primo-romancière qu’en tant qu’éditeur il pourrait bien publier. Mais c’est aussi l’avenir de leurs propres enfants qui les tourmente : alors que leur fille Storey est sur le point d’ouvrir son restaurant, les autorités déclarent la fermeture de tous les établissements recevant du public. Pourra-t-elle surmonter cet obstacle ? Et le couple qu’elle forme avec Mingus résistera-t-il à l’épreuve du temps ? Quant à Jeremy, l’idéaliste, saura-t-il s’adapter pour ne pas se laisser broyer par la brutalité du monde ?

Ainsi McInerney clôture-t-il tout naturellement sa tétralogie en passant le relais à une nouvelle génération. Ceux d'entre nous qui avons vieilli en même temps que ses personnages continuent de se reconnaître en eux. D'autant que l'écrivain leur voue une affection manifeste, nous les rendant profondément attachants en dépit de leurs faiblesses ou de leurs petites lâchetés. Sans doute l'écrivain s'est-il nourri de sa propre expérience pour capter et restituer avec autant de justesse quelque chose de profondément humain et tendre ainsi un miroir à chacun de ses lecteurs.

Au moment de quitter définitivement Corrine et Russell, une vive émotion m'a étreinte. Mais on peut se dire qu’au terme des jours enfuis, ils auront connu une belle vie. Le mieux que l'on puisse espérer le moment venu pour chacun de nous, c'est de pouvoir en dire autant.

 

Une lecture partagée avec Nicole, dont je vous invite à découvrir le billet sur son blog Mots pour mots. 

1 commentaire:

  1. Nous avons eu l'occasion de nous dire de vive voix tout le bien que nous pensions de ce livre et de la tétralogie dans son ensemble ce dont je me réjouis. Reste une question : qu'allons-nous devenir sans eux ?

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