Entretiens

vendredi 31 mars 2017

Elle voulait juste marcher tout droit

Sarah Baruck

Albin Michel, 2017


La Seconde Guerre mondiale et ses séquelles vues par une enfant

Décidément, la Seconde Guerre mondiale s’est invitée dans la sélection des 68 Premières fois. Deuxième lecture en ce qui me concerne autour de cette période. Enfin ce n’est pas exactement sur la guerre, mais, comme Nous, les passeurs - quoique sous une forme très différente -, sur les conséquences qu’elle a eues sur les familles des victimes.
Ici s’arrêtera la comparaison. Car les lectures se suivent et ne se ressemblent pas. Autant j’avais été émue par le récit de Marie Barraud, autant je me dois de dire que celui de Sarah Barukh m’a laissée de marbre.

Alors certes, il y a une histoire. Celle de la petite Alice qui a passé les premières années de son existence en nourrice dans une ferme du sud-ouest à attendre le retour de sa mère. Mais lorsque celle-ci revient la chercher, quelques mois après la Libération, rien ne se passe comme elle se l’était imaginé. On lui avait dépeint une femme enjouée, aux formes généreuses, et voilà qu’elle voit arriver une personne revêche, presque mutique, d’une effrayante maigreur. Rien de la jolie Parisienne qui devait l’emmener acheter des robes et visiter la tour Eiffel!
Le contact est difficile, mais Alice est pugnace. La courageuse petite fille fait face et prend soin de sa mère, attendant patiemment que celle-ci lui révèle l’histoire de ses origines. Qui était son père, déclaré inconnu sur son acte de naissance ? Comment sa mère est-elle devenue cette femme si différente de celle qui lui avait été décrite ? Et que signifient ces chiffres tatoués sur son bras, comme sur celui de Monsieur Marcel, leur colocataire ? 
Alice devra vivre bien des aventures et traverser bien des épreuves pour obtenir enfin des réponses à toutes ces interrogations.

Cela aurait pu être un bon livre, un vrai page-turner, selon le terme désormais consacré. Mais la narration s’est révélée laborieuse et si l’on ne s’ennuie pas - il faut bien le reconnaître - j’aurais aimé être davantage surprise. Car les multiples petits détails que sème l’auteur pour construire son récit agissent en fait comme de gros signaux annonçant par avance tout ce que va connaître la petite fille...

Mais surtout, et là réside pour moi le véritable écueil, le style m’a totalement rebutée. Plus de 400 pages de phrases sujet-verbe-complément, c’est vraiment très long ! Alors on me répliquera - peut-être - qu’il s’agissait de restituer la parole et le point de vue de l’enfant. Mais le problème c’est que le texte est écrit à la troisième personne, si bien que ça ne fonctionne pas. C’est toute la différence entre un récit à hauteur d’enfant et un récit écrit pour les enfants. Or, tout au long de ma lecture, j’ai eu l’impression que l’auteure s’adressait à moi comme si j’avais l’âge de son héroïne et que je ne connaissais absolument rien à cette terrible guerre. Tandis qu’un récit à la première personne vous permet d’entrer dans la psyché du personnage, de vibrer à l’unisson de ses émotions, on se voit ici infliger une foule de détails et de remarques qui tombent à plat et paraissent bien mièvres. Et je ne reviendrai pas sur les vingt dernières pages du livre qui vous assènent d’un coup une sorte de cours magistral et accéléré des années qui ont précédé le conflit. Là, on passe soudainement dans un registre totalement différent... et totalement déplacé !

J’imagine aisément tout ce que l’auteur a pu mettre de cœur et d’énergie dans ce roman qui aurait certainement pu être plus convaincant. Mais parfois je me demande, lorsque certains livres paraissent, s’il y a un éditeur à bord. Si tel était le cas, il aurait sans doute aidé l’auteure à éviter des formulations terriblement maladroites. Sans doute le livre aurait-il gagné en puissance...


Ceci étant dit, Nicole, et Joëlle ont aimé


Les 68 Premières fois, sélection de janvier 2017

Elle voulait juste marcher tout droit de Sarah Baruck, Albin Michel 
La sonate oubliée de Christiana Moreau, Préludes
La téméraire de Marie Westphal, Stock 
Les parapluies d’Erik Satie de Stéphanie Kalfon, Joëlle Losfeld 
Marguerite de Jacky Durand, Carnets Nord
Marx et la poupée de Maryam Madjidi, Le Nouvel Attila 
Mon ciel et ma terre de Aure Attika, Fayard
Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet, Jean-Claude Lattès 
Nous, les passeurs de Marie Barraud, Robert Laffont 
Outre-mère de Dominique Costermans, Luce Wilquin 
Presque ensemble de Marjorie Philibert, Jean-Claude Lattès
Principe de suspension de Vanessa Bamberger, Liana Levi

lundi 27 mars 2017

En aparté avec Laura Alcoba


Laura Alcoba est l'auteur de cinq romans parus chez Gallimard. 

Dans le dernier en date, La danse de l'araignée (janvier 2017), on retrouve la jeune Laura, désormais âgée de 12 ans, qui mène une vie presque ordinaire de collégienne. Sauf que nous sommes dans les années 80 et, tandis qu'elle a pu fuir l'Argentine avec sa mère, son père est resté captif des geôles de son pays. 

On avait découvert cette petite fille dans Manèges (2007), qui relatait une vie dans la clandestinité d'opposants à la dictature. Puis, avec Le bleu des abeilles (2013), venait le temps de l'exil et de l'entrée dans la culture et la langue françaises.

Trois livres magnifiques, pleins de finesse et de sensibilité, qui m'ont donné envie de rencontrer leur auteur. Je suis très reconnaissante à Laura d'avoir accepté de passer deux heures en ma compagnie, qui ont donné lieu à un entretien d'une très grande richesse, où elle m'a parlé avec générosité et sincérité de son travail.

 © Pascal Hée

Pourriez-vous me dire quel était votre projet d’écriture initial, revenir sur votre enfance ou plus particulièrement parler de la dictature et de l’exil, apporter un témoignage ?

C’est difficile à dire. Quand j’ai commencé à écrire, j’écrivais pour moi, des choses personnelles, qui relevaient du journal ou de ce genre d’écriture. 
A un moment j’ai éprouvé le désir très fort de retourner dans la maison où j’avais vécu enfant. Ça me travaillait et j’avais une sorte d’intuition que si un jour j’essayais de construire quelque chose littérairement, il fallait que je commence par là.  
C’est quelque chose que j’ai éprouvé très fortement après la naissance de ma fille. J’avais déjà deux garçons et je crois qu’il y a eu une sorte de prise de conscience qu’à un moment j’avais vécu dans une maison où une mère et une fille avaient été séparées à tout jamais par la mort, celle de Diana, à qui mon premier livre est adressé. 
Et je me suis dit qu’il fallait que je retourne dans ce lieu. J’étais déjà retournée en Argentine, mais je n’avais pas revu cette maison. C’était même un épisode dont on ne parlait pas du tout dans ma famille. Disons qu’il y a eu peut-être un effet miroir de me voir avec ma fille et de repenser à cette femme que j’avais côtoyée, qui avait eu une importance très forte pour moi, que je voyais enceinte et que je savais être devenue mère juste après notre départ… et qui a ensuite trouvé la mort.
     
Je suis entrée en contact par mail avec Chicha Mariani, qui est une personne qui apparaît à la fin de mon premier livre et qui est la belle-mère de Diana. Je me suis dit que si j’arrivais à retourner dans cette maison, j’aimerais être accompagnée par elle. Mais les raisons de ma démarche étaient encore floues. Je dirais que c’était de l’ordre du besoin...

Sans vraiment savoir vers quoi ça vous mènerait, en fait ?

Non, si ce n’est que cet épisode et ce moment étaient très présents dans mon esprit, et que je n’en avais aucune trace, ni visuelle, puisqu’il était interdit de prendre des photos à ce moment-là, ni verbale, puisqu’il est très difficile pour ma mère d’évoquer ce moment de sa vie.
Je suis donc entrée en contact avec Chicha Mariani, qui est aussi une des fondatrices de l’association des Grand-mères de la place de Mai. Elle m’avait croisée avec ma mère à l’époque. Je lui ai envoyé un mail en lui demandant si elle se souvenait de moi, qui avais vécu dans cette maison où avait aussi été son fils. Sa réponse a été le point de départ de mon écriture. Elle m’a répondu dans l’émotion, en me disant : «Je croyais que ta mère et toi étiez mortes.» 
Ça a été très violent pour moi. J’ai alors pris conscience que toutes les personnes qui avaient vécu dans cette maison avaient disparu, avaient trouvé la mort de façon extrêmement violente et que ces quelques images que j’avais en mémoire, il était important d’en garder une trace.

Donc, je suis retournée dans cette maison en 2003. Sur place, il y avait une association qui essayait de faire de ce lieu où il y avait eu une imprimerie clandestine un lieu de mémoire. On m’a posé beaucoup de questions sur la manière dont on y vivait. La prise de conscience a été encore plus forte. J’avais en tête certaines images qu’il fallait que je mette par écrit. C’est presque un devoir de mémoire, même si je n’aime pas trop cette expression, qui est de l’ordre du diktat. Mais il y avait quelque chose de cet ordre-là. Un besoin, une nécessité.  

Au retour de ce voyage, j’ai commencé à mettre par écrit très simplement les images que j’avais en tête. Mais c’était encore très confus. Est-ce que je le faisais pour moi, pour mes enfants, pour laisser une trace de ma mémoire dans ces lieux ? 

© Delphine-Olympe
Cette matière, je l’ai laissée reposer. Je suis à nouveau retournée dans la maison en 2006, et c’est au retour de ce second voyage que Manèges est né. Ma question était : «De quoi est-ce que je me souviens exactement ?» De la voisine, de la peur, des lapins, de cette imprimerie derrière un mur qui coulisse de manière magique, presque, pour l’enfant que j’étais.
Et très vite, je me suis dit que je voulais que ça puisse se lire comme un roman. D’abord parce que je n’étais pas à l’aise avec la dimension autobiographique. Il ne s’agissait pas de dire « regardez ce que j’ai vécu ». Même si j’avais conscience de la valeur que pouvait avoir ce témoignage et de ce que pouvait signifier le statut de survivant grâce aux questions que les historiens m’avaient posées là-bas, je ne voulais pas m’y enfermer. 


"Je voulais laisser la voix à l’enfant."

Donc je me suis débattue pendant quelque temps avec ce désir d’écrire cette histoire. Cette nécessité, plutôt. Je voulais utiliser quelque chose de personnel en le détachant de moi. Donc pour ça, je voulais un dénouement, un début et une fin. Et surtout, je voulais laisser la voix à l’enfant. Ça je l’ai vraiment trouvé en écrivant.
Au départ, j’étais partie sur tout autre chose. Il y avait l’alternance d’une voix adulte et d’une voix enfant pour donner les clés, expliquer. Et puis, au fur et à mesure où l’écriture avançait, je me suis rendu compte que la voix de l’adulte était en retrait. Et j’ai fini par me dire que ce qui était intéressant, finalement, ce n’est pas ce que j’avais vécu enfant, sans vraiment comprendre la situation politique. Ce que je voulais, c’était essayer de retrouver l’intensité de l’expérience de l’enfant. J’ai donc supprimé la voix de l’adulte, à l’exception de trois moments, pour ne laisser que la voix de l’enfant.

C’est intéressant. L’idée était donc de retrouver les émotions, la manière dont vous aviez vécu les choses, avec une espèce d’instinct, une intuition plus qu’une compréhension de toutes les conséquences que pourrait avoir la moindre erreur, le mot de trop…  

Oui, mais c’est venu en cours d’écriture. C’était aussi une façon de mettre cette histoire à distance. En fait, ça parle d’une enfant dans un moment de violence politique, et le fait d’associer l’intensité de ce qui est vécu et l’incompréhension, ça peut rendre cette expérience plus universelle, la désancrer de l’Argentine.   
Et je crois que c’est ce qui a permis au livre de voyager. Il a été publié en France, puis traduit en espagnol, en anglais, en allemand, en serbe, en italien... C’est quelque chose qui m’a beaucoup touchée lorsque j’ai eu à le présenter dans d’autres pays : des gens qui ne s’intéressaient pas spécialement à l’Argentine percevaient quelque chose qui leur parlait. Je pense au moment où je l’ai présenté à Sarajevo, par exemple, où la guerre et la situation de violence étaient encore très présentes. Ça a parlé à beaucoup de gens et c’était très fort pour moi.

Après ce premier livre, il y en a eu deux autres, Jardin blanc et Les passagers de l’Anna C. Puis la voix de l’enfant, je l’ai reprise avec Le bleu des abeilles
Celui-ci est venu dans le sillage des nombreuses questions qu’on m’a posées en Argentine, quand j’ai présenté Manèges, où le fait que j’aie pu écrire en français à partir d’une expérience traumatique, un souvenir d’enfance gravé en moi en espagnol a beaucoup surpris. Même presque gêné. Un peu comme si je les avais trahis. Le livre a eu un très gros succès en Argentine. Encore aujourd’hui, il est très lu, mais le fait que ce soit une traduction du français est toujours reçu très bizarrement. Il y a beaucoup de journalistes qui m’ont posé des questions là-dessus. Comme si c’était presque un caprice de ma part d’avoir écrit en français.  

C’est-à-dire qu’on vous interrogeait sur quelque chose qui était pour vous naturel, que vous aviez fait spontanément ? Cela vous a-t-il poussée, vous aussi, à réfléchir là-dessus ?

Oui, on me demandait pourquoi j’avais choisi cette langue. J’expliquais que j’habitais en France, que j’y étais arrivée à l’âge de 10 ans. Pour moi, c’était spontané d’écrire en français. C’est vrai que certains mots, certains dialogues, m’étaient revenus en mémoire en espagnol. Mais c’est grâce au français que je les ai écrits, que j’ai réussi à en faire quelque chose. Et, peu à peu, j’ai réalisé que ces souvenirs étaient marqués par la peur de parler, par une sorte de pacte de silence, presque, par la clandestinité...

A vous entendre, j’ai le sentiment que l’espagnol était la langue du silence, de la peur, de l’enfermement, tandis que le français était pour vous du côté de la liberté, d’une ouverture, d’une découverte ?

Absolument. J’ai peu à peu pris conscience de ça. Après la publication de Manèges, j’ai reçu énormément de courrier ; en Argentine, des gens me disaient: «Merci d’avoir écrit ce livre. J’ai vécu quelque chose de proche, je me reconnais mais je suis incapable d’en parler.» C’étaient des gens qui avaient vécu des situations comparables, de clandestinité dans l’enfance. Et j’ai fini par me dire que si je n’avais pas vécu en France, si je n’avais pas eu le français, peut-être que je serais dans le même état d’enfermement dans le silence. 

Toutes ces questions ont cheminé sur plusieurs années et à un moment j’ai eu envie reprendre cette voix pour dire comment on sort du silence grâce à une autre langue. Je voulais raconter l’entrée dans la langue française, qui est clairement associée à l’expression libre et au plaisir, je voulais la remercier. J’ai donc repris cette voix de l’enfant dans Le Bleu des abeilles


"J'ai réalisé que le livre n'était pas fini."

© Delphine-Olympe
J’ai ensuite engagé un autre roman, un livre complètement différent. Mais, alors que j’étais en train de l’écrire, je faisais beaucoup de rencontres avec des lecteurs autour du Bleu des abeilles, qui a été accueilli avec beaucoup de chaleur. Et à un moment j’ai réalisé que le livre n’était pas fini, en fait. Je trouvais qu’il y avait quelque chose d’étrange à avoir arrêté ainsi Le bleu des abeilles. Certes, le livre finit sur la pleine entrée dans la langue française, lorsque celle-ci entre sans que l’enfant ne s’en rende plus compte dans ses «tuyaux» personnels, ses tuyaux intellectuels, mentaux. C’est le dénouement, en quelque sorte. Mais en même temps, il manquait quelque chose, car mon père était toujours en prison. Et c’est devenu une sorte d’obsession. Il fallait que je reprenne la voix de l’enfant, que je fasse sortir mon père. J’ai pensé que ce serait fini quand j’aurais écrit un troisième livre, qui marquerait pleinement la fin de l’exil. Parce que la fin de l’exil est forcément associée à la fin de l’emprisonnement du père de la narratrice. 
Donc ce sont trois livres qui vont ensemble, mais qui sont venus sans que je l’aie prémédité. A un moment, la nécessité des uns et des autres s’est imposée à moi.

Il y a une forte composante autobiographique. Sur vos livres est apposé le mot «roman», que pouvez-vous en dire ?

Pas sur le premier. Quand Manèges a été publié chez Gallimard, on m’a dit qu’il fallait mettre sur la couverture soit le mot «roman» soit le mot «récit» et on m’a demandé de choisir. Or je ne voulais ni l’un ni l’autre. Effectivement, j’avais utilisé des souvenirs, mais j’avais sélectionné, j’avais pensé une construction en dehors de moi. C’est comme si j’avais pioché des souvenirs dans une boîte pour créer quelque chose. C’était une manière de m’en détacher aussi. Je ne voulais pas trancher. J’ai donc demandé un sous-titre. «Petite histoire argentine» vient remplacer l’étiquetage de genre et permet de jouer sur l’ambiguïté : c’est une petite histoire, cela renvoie à l’univers de l’enfance, comme un conte, et donc à la fiction ; et en même temps c’est un morceau d’Histoire, et ça renvoie davantage au récit. 

Par la suite, en revanche, oui, il y a le terme «roman», parce qu’il y a le choix de faire des échos poétiques au sein du livre. Ce sont des choix qui sont littéraires et non liés à ma biographie. 
Et puis ce n’est pas moi qui raconte aujourd’hui. C’est une petite fille qui n’est plus moi,  puisque je n’ai plus 10 ou 12 ans. Plus encore que dans Manèges - où, au tout début et à la fin, il y avait une voix d’adulte qui assumait la parole -, il s’agit clairement d’un personnage. Dans Manèges, j’étais plus présente que dans Le Bleu des abeilles et La danse de l’araignée. J’ai pioché dans une matière mémorielle et personnelle pour forger quelque chose. Il y a de la sélection et de la construction.

C’est vrai que pour le lecteur, il y a une certaine confusion qui est introduite, parce qu’on sent que vous puisez dans votre expérience personnelle. Et l’héroïne porte votre prénom. Dans Les passagers de l’Anna C, qui est un peu l’archéologie de votre histoire, on sait que tous les personnages dont vous parlez ont une existence réelle. Tout ça fait qu’on sent qu’il y a beaucoup de l’écrivain derrière, et cette notion de roman fait donc un peu question.

C’est vrai, mais en même temps j’aimerais ne pas choisir. Je trouve qu’il y a une obsession très forte en France. Est-ce que c’est un récit, est-ce que c’est un roman ? Pour moi un récit c’est quelqu’un qui raconterait dans la plus grande fidélité depuis son présent. Alors que, clairement, ce que j’essaie de faire, c’est d’utiliser une matière personnelle et vécue en essayant de trouver des échos poétiques qui signifient au-delà de moi. Par exemple, dans La danse de l’araignée, il est question de l’adolescence, du corps et du changement du corps. J’étais beaucoup dans l’observation de jeunes filles de cet âge-là. Il se trouve que ma fille a l’âge de la narratrice... c’est comme un jeu de ping-pong de la mémoire, j’essayais d’extraire des choses qui pourraient être signifiantes, qui parlent à chacun.


"Je voudrais dire que ce que je fais
est un réman imagivrai !" 

Mon travail pourrait être comparé à celui d’un plasticien qui, à partir de photos de famille, ferait un découpage et un collage. Il est préoccupé par la cohérence et ce qu’il veut exprimer dans son collage. Mais on ne dira pas que c’est un album de famille. Je travaille de la même manière à partir de ma mémoire. Je coupe, je dispose. Si on dit que le roman est imaginaire et le récit, vrai, alors je voudrais dire que ce que je fais c’est un réman imagivrai

Après Manèges, j’avais davantage conscience d’être dans une sorte de bricolage, de laboratoire littéraire à partir d’une matière réelle, mais qui était travaillée dans sa cohérence propre, dans une cohérence romanesque.  
Pour moi, le récit c’est vraiment raconter depuis aujourd’hui, essayer de reproduire le passé de la manière la plus exhaustive possible. Or il y a tellement de choses que je mets de côté... Et puis j’essaye de trouver des échos poétiques dans le livre, des petits éléments qui se répondent. Par exemple la manière dont j’intègre dans La danse de l’araignée la mort de Mariana, défenestrée, autour des chutes répétées du personnage d’Amalia. Ce sont des questions de cohérence du texte, qui sont déconnectées de la chronologie des événements. Et d’ailleurs, pour la mort de Mariana, j’ai pioché dans différentes histoires, pour en faire une sorte de précipité d’une histoire qui vient raconter la violence de ce qui est en train de se passer en Argentine, mais qui a aussi des échos avec l’histoire de La danse de l’araignée par ailleurs. 

Dans votre troisième livre, Les passagers de l’Anna C. Votre travail prend une forme différente. Pouvez-vous nous en parler ?

J’ai travaillé sur différentes mémoires. Je me suis heurtée au problème des contradictions. J’ai interrogé quatre personnes : mes parents, celui que j’appelle Antonio dans le livre - je change souvent les prénoms - et El Loco. Ils me disaient «je me souviens d’untel, il s’est passé telle chose»... Et toutes les personnes qu’ils évoquaient étaient mortes. Eux-mêmes ont éprouvé le besoin de raconter. Pour ma mère, ça a été difficile. Mais ceux qui correspondent aux personnages d’El Loco et d’Antonio avaient vraiment besoin de parler, parce qu’ils étaient aussi dans cette prise de conscience qu’ils étaient encore là, eux, mais que tous les autres avaient trouvé la mort, et de manière violente.



© d.r.


Peut-être que dans Les passagers de l’Anna C. on peut se poser la question de la dimension politique. J’ai été en contact, de fait, puisque je suis née dedans, avec des gens embarqués dans la violence collective de l’Histoire, mais j’ai essayé de dire les espoirs, les rêves, les contradictions aussi, de ce moment, sans porter de jugement, sans faire mien un engagement qui ne l’était pas, sans condamner non plus. 
J’avais le sentiment d’un pan de l’Histoire qui disparaissait, puisqu’il n’y pas de récit de cette période, sur tous ces jeunes qui sont partis dans l’espoir de faire la révolution et de l’exporter en Amérique latine et dans le monde. 
Tout ce mouvement a été très fort dans les années 60, et très peu de gens en ont parlé. Sans doute parce qu’il y a eu beaucoup d’espoir, puis beaucoup de déception. Et aussi parce que c’était une époque où pour prendre part à l’aventure révolutionnaire, il fallait s’effacer, disparaître, faire disparaître son identité dans une sorte de grand mouvement. En tout cas, j’étais surprise par le fait qu’il y ait si peu de choses.

Il y a une autre personne que j’ai rencontrée pour ce livre, c’est Régis Debray. Lui, j’ai mis son vrai nom, parce que je l’ai traité comme un personnage historique. 

Et au moment de la parution du livre, il m’a envoyé un petit mot qui est resté gravé en moi. Il m’a dit «Je vous suis reconnaissant d’avoir levé le voile sur cette histoire silencieuse». C’était une autre histoire silencieuse, celle de la génération de mes parents qui est aussi la sienne. Mais c’est un peu ce qui a été à l’origine du désir d’écrire ce livre. Je me suis dit que tout cela allait disparaître, parce que ces histoires ne sont plus présentes que dans leur mémoire, parce que ce sont des histoires qui ont été vécues clandestinement et donc, forcément, qui n’ont pas laissé de traces. Sans doute aussi en raison de la violence de ce qui a suivi, de la déception et des désillusions énormes qui on été les leurs, cette espèce de rêve révolutionnaire, guevariste, qui a fini en désastre. 
J’ai trouvé très peu de choses sur le sujet, à part le livre de Régis Debray Loués soient nos seigneurs, qui sont ses mémoires. Une partie importante y est consacrée à son expérience cubaine. 

Pour finir, pouvez-vous nous dire quelques mots du livre sur lequel vous travaillez actuellement ?

C’est quelque chose de très différent. En même temps, il est question aussi de l’Argentine et de la France. Je travaille sur l’itinéraire d’un poète qui a vécu dans les années 30, qui est mort en camp de concentration sous la Seconde Guerre mondiale et qui, alors qu’il venait d’un autre pays, avait choisi le français comme langue d’écriture. C’est très différent mais disons qu’il y a certaines obsessions qui se retrouvent... 
C’est en tout cas une histoire qui me fascine et que je trouve très belle. Après l’avoir interrompue pour écrire La danse de l’araignée, je suis très heureuse de la retrouver...




Merci, du fond du coeur, à Laura pour la très grande attention qu'elle porte à ses lecteurs, sa chaleur et sa disponibilité.
Merci aussi à Pascal Hée pour l'autorisation gracieuse d'utiliser la photo qu'il a faite de l'auteure.







samedi 18 mars 2017

Au jour le jour

Paul Vacca

Belfond, 2017


Offrez-vous une immersion dans le Paris du XIXe siècle : un pur moment de bonheur !

Ce roman-là, je ne pouvais pas passer à côté ! L’idée de me replonger dans l’univers et la littérature du XIXe siècle m’était si plaisante ! Il faut dire que j’ai vécu, pensé, rêvé XIXe de mes treize ans, où j’ai découvert avec ravissement Les trois mousquetaires, à mes vingt-six ans environ, âge auquel j’ai bouclé ma thèse sur Jules Vallès. Au cours de cette période, j’ai dévoré Zola, Balzac, Flaubert, Maupassant, Musset, Murger et j’en passe. C’était même un peu monomaniaque, à vrai dire... C’est sans doute pourquoi après ça je suis passée à la littérature contemporaine et, à de rares exceptions près, je n’ai plus lu d’œuvres de cette époque. Je n’en ai plus envie. 
Mais lorsqu’un auteur contemporain m’offre la possibilité d’y revenir, je lui emboîte le pas avec la plus grande joie ! Et là, le voyage a été des plus délicieux ! J’ai retrouvé le plaisir et l’ambiance de mes lectures adolescentes, un petit quelque chose en plus...

Curieusement, je n’ai jamais lu Eugène Sue et, je l’avoue, je connaissais assez mal le personnage. J’ai donc découvert avec Paul Vacca ce dandy charmeur, aussi exaspérant que séduisant. Vacca nous replonge d’emblée dans le Paris pré-haussmannien, plus précisément dans celui des salons et des fêtes, puisque Sue était un fils de bonne famille qui, bien que rétif à se conformer aux modèles familiaux, jouissait néanmoins de la fortune paternelle, ce qui lui permettait de mener une vie légère entièrement dévolue au plaisir. On fréquente ainsi le beau monde, qui se presse dans les théâtres et les cafés à la mode, cette bourgeoisie aisée et sûre d’elle qui triomphait alors. Eugène y découvre le petit cercle des feuilletonistes. Un peu par jeu, un peu par nécessité, lorsque son père menace de lui couper les vivres, Eugène se met à écrire. Le succès vient vite, et il est bien sûr enivrant.

On l’imagine difficilement aujourd’hui, mais les stars, à l’époque, c’étaient les écrivains ! A eux la gloire, à eux les lettres enflammées des lectrices, à eux les honneurs. La vie d’Eugène est une fête. Il n’a aucune conscience de l’envers du décor. Les taudis, la misère, cela n’existe pas ! Il écrit des histoires exotiques de corsaires et de pirates qui plaisent au public. 
Mais ce dernier est fantasque, il se lasse. Il veut du neuf, de nouvelles histoires et de nouvelles idoles. Sue tombe quelque peu en disgrâce... Les directeurs de journaux ne font plus appel à lui. Que faire pour retrouver les faveurs du public ? Que pourrait-il y avoir de vraiment nouveau dans la littérature ? De saisissant pour ces lecteurs privilégiés ? 
Un ami lui souffle une idée : le peuple. Pourquoi pas ? Lui qui n’aime pas ce qui est sale et sent mauvais troque ses vêtements à la dernière mode contre une blouse et des sabots pour pénétrer dans les rues sombres et crasseuses d’un autre Paris, celui des ouvriers et des crève-la-faim qui deviendront les héros de son roman.
Sue est rejeté de toute part, avec son idée saugrenue - n’oublions pas que Les Misérables ne paraîtront que vingt ans plus tard. Le journal des débats accepte à des conditions financières modestes de publier le feuilleton. Le succès est immédiat et retentissant. Les bourgeois se payent ainsi d’émotions fortes dans le confort de leurs appartements, tandis que les pauvres sont reconnaissants à Sue de parler d’eux et de montrer leurs vraies conditions d’existence. Les courriers affluent de plus en plus, mêlant remerciements et insultes. Car, pour certains, Sue se complait dans la fange, il est immoral. D’autant que plus il écrit, plus il prend conscience de la scission qui existe au sein de la société. Il ne se contente plus de décrire les pauvres, il prend leur défense, voudrait changer les choses. Et ça, ça n’amuse plus du tout le bourgeois.
Eugène Sue finira par être élu député républicain au lendemain de la Révolution de 1848 et connaîtra l’exil après le coup d’Etat de Louis-Napoleon Bonaparte, en 1851. Quel chemin parcouru !

Ce chemin c’est celui que peut offrir la littérature lorsqu’elle permet de poser sur le monde un regard différent, de comprendre ce qui nous est étranger. Sue en est une magnifique illustration, et Vacca lui rend le plus bel hommage qui soit. En mêlant intimement la vie de l’écrivain à celle de ses personnages, il met admirablement en scène ce qui fait pour moi toute la valeur de la littérature du XIXe siècle et tout ce qui m’a si longtemps fait vibrer : une littérature qui fait entrer le réel dans la fiction pour en montrer tous les aspects, une littérature parfois engagée, une littérature qui se frotte à la société, une littérature écrite par des auteurs qui ne craignaient pas de prendre parti, parfois au péril de leur liberté, voire de leur vie. Mais une littérature romanesque aussi, avec des héros qui nous font trembler, rire, qui nous émeuvent, nous touchent et que l’on quitte à regret lorsque la dernière page est tournée. Bref, des romans comme celui de Paul Vacca, pleins de vie, de plaisir et de virtuosité. 
Merci, cher Paul. Vous m’avez donné envie de revenir à mes premières amours pour partir à la rencontre du Chourineur et de Fleur-de-Marie, et me laisser ainsi envoûter par ces  extraordinaires Mystères de Paris !


Merci Nicole d'avoir parlé de ce livre dont la sortie m'avait fort mystérieusement échappé...





dimanche 12 mars 2017

Nous, les passeurs

Marie Barraud

Robert Laffont, 2017


Un texte magnifique, empreint d'un bel humanisme.

Je voudrais tout d’abord remercier les initiatrices des 68 Premières fois qui m’ont permis de lire ce livre, vers lequel je ne serais probablement jamais allée de mon propre chef. Je serais bien en peine d’expliquer pourquoi, mais la Seconde Guerre mondiale est une période que je n’arrive pas à associer à la littérature. Je serais alors passée à côté d’un texte  précieux, d’une immense sensibilité.

La narratrice n’a jamais connu son grand-père paternel. Arrêté en avril 1944 pour faits de résistance, celui-ci fut aussitôt déporté à Neuengamme, d’où il ne reviendra jamais. 
Dans la famille Barraud, le grand-père est une figure dont on ne parle guère. Qui était cet homme, qui a donné son nom à une rue de Bordeaux ? Quel souvenir en garde son fils cadet, âgé de huit ans lors de son arrestation ? C’est ce que voudrait savoir la jeune femme, qui sent combien son père est resté prisonnier du traumatisme qu’il a subi et qui de ce fait est incapable de lui en dire le moindre mot. Il a oublié. Et il ne veut surtout pas revenir sur cette douleur incommensurable qu’a provoquée l’absence. Il n’a jamais pardonné à Albert de l’avoir quitté. 

D’où viennent ce sentiment d’abandon et la colère qui en résulte ? C’est ce que veut  découvrir Marie. Elle décide donc de mener une enquête minutieuse pour restituer le portrait de ce grand-père sur lequel un voile a été posé. Le témoignage de Roger Joly, qui fut son compagnon de captivité, sera déterminant. Grâce à cet homme qui estime avoir été sauvé par Albert Barraud, Marie va enfin voir se dessiner les traits et la personnalité exceptionnelle de son grand-père. Médecin, il avait fait de sa profession plus qu’une mission, un véritable sacerdoce. Aussi, à Neuengamme, lorsqu’il fut affecté à l’infirmerie, il s’employa à soulager ceux que les bourreaux estimaient bons à être soignés afin de continuer à exploiter leur faible force de travail. Mais surtout, il soutenait ses compagnons d’infortune de son optimisme et de son inaltérable foi en l’humanité. Jusqu’au dernier moment, lors de la débâcle des Allemands et alors que ses camarades l’encourageaient à fuir, il choisit de rester avec les plus faibles d’entre eux, se refusant à les abandonner à la mort, tentant au contraire de les ramener vers la lumière et la vie. C’est ainsi qu’il perdit la sienne, dans les toutes dernières heures de cette terrible guerre.

Ne croyez pas que je vous révèle l’essentiel de ce livre. Les atrocités qui furent perpétrées lors de ces années noires sont fort heureusement bien connues - encore qu’il ne faille jamais craindre de les rappeler encore et encore. Ce qui fait la force et la beauté de ce récit ce sont les mots que l’auteure emploie pour révéler les non-dits et mettre au jour les incompréhensions, les tensions et les rancœurs apparues au sein de cette famille qui fut atomisée. C’est la manière dont elle parvient à ramener l’Absent au cœur de sa famille pour lui redonner toute sa place. C’est la façon qu'elle a de renouer par-delà la mort des uns ou des autres les liens qui s’étaient rompus. C’est la force qu’elle instille dans ses mots pour éteindre les maux. 
On imagine l'intensité des sentiments qu’elle a dû connaître tout au long de ces mois de recherche, d’écoute et d’écriture. Une émotion qu’elle restitue avec un admirable talent et qu’elle partage avec une belle générosité pour continuer de délivrer le message d’amour et de fraternité légué par son grand-père.


Ce très beau livre a suscité l'enthousiasme de Nicole et Sabine ; Zazy est plus réservée.



Les 68 Premières fois, sélection de janvier 2017


Elle voulait juste marcher tout droit de Sarah Baruck, Albin Michel 
La sonate oubliée de Christiana Moreau, Préludes
La téméraire de Marie Westphal, Stock 
Les parapluies d’Erik Satie de Stéphanie Kalfon, Joëlle Losfeld 
Marguerite de Jacky Durand, Carnets Nord
Marx et la poupée de Maryam Madjidi, Le Nouvel Attila 
Mon ciel et ma terre de Aure Attika, Fayard
Ne parle pas aux inconnus de Sandra Reinflet, Jean-Claude Lattès 
Nous, les passeurs de Marie Barraud, Robert Laffont 
Outre-mère de Dominique Costermans, Luce Wilquin 
Presque ensemble de Marjorie Philibert, Jean-Claude Lattès
Principe de suspension de Vanessa Bamberger, Liana Levi
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dimanche 5 mars 2017

Une vie à t’écrire

Julia Montejo

Les escales, 2017


Traduit de l’espagnol par Catalina Salazar


De l'Espagne à l'Islande, entre XVIIe et XXIe siècle, un étonnant roman qui invite à l'aventure.

D’ordinaire, je ne suis pas très roman d’aventure. D’ailleurs, à bien y réfléchir, en ai-je déjà lu ? Pas sûr...
Quoi qu’il en soit, la très jolie couverture de celui-ci - comme elles le sont souvent chez cet éditeur-, m’a tout de suite séduite, avec l’atmosphère particulière qui s’en dégage, faite tout à la fois de rudesse et de plénitude... Et puis j’aime bien les auteurs espagnols, souvent pleins de verve et qui n’hésitent pas à apporter une dimension fantastique à la littérature... Or, c’est bien ce que me promettait le texte de quatrième. Après plusieurs lectures - que je n’ai pas toutes commentées ici - sur des sujets durs et violents, un peu d’évasion me paraissait de bon aloi !

Disons tout d’abord que ce roman d’aventure - car je pense qu’on peut le qualifier ainsi - est d’un genre un peu particulier. Son personnage principal, en premier lieu, est une femme, Amaia, et une femme aux allures surnaturelles, qui plus est. Un pied dans le XXIe siècle, l’autre dans XVIIe, elle prétend avoir déjà vécu une vie, qu’elle se propose de dévoiler à Asier, apprenti écrivain en mal d’inspiration. La jeune femme est-elle folle ? Bien qu’il s’interroge, Asier ne s’en inquiète guère, tant il est subjugué par sa muse... et comblé de parvenir enfin à coucher les mots sur le papier.
Pourquoi Amaia veut-elle que son histoire soit révélée ? Que cherche-t-elle à travers ce récit ? Et Asier ? Quel sentiment nourrit-il pour la jeune femme ? Un étrange lien se tisse peu à peu entre l’écrivain et son héroïne.
Mêlant le récit des événements aux conditions de sa création, Julia Montero propose un roman aux contours fantasmagoriques tout à fait envoûtant.

D’un chapitre à l’autre, on découvre les deux faces de la mystérieuse Amaia au caractère bien trempé. Seule fille d’une nombreuse fratrie, elle fut dans le passé promise à un homme qui la révulsait et qui n’hésita pas à la violer pour sceller leur union à venir. Humiliée et habitée par la rage, elle décida de fuir l’avenir que les hommes avaient tracé pour elle. Pour arracher la liberté qu’on refusait à son sexe, elle endossa des habits d’homme afin de pouvoir s’embarquer sur un navire. C’est ainsi qu’elle gagna les côtes islandaises, contrée hostile où l’équipage était venu chasser la baleine.
Son périple ne fut évidemment pas de tout repos, mais sa détermination n’avait d’égal que son intelligence et sa sagacité. Des qualités qui lui permirent de s’imposer dans un monde exclusivement masculin...

A travers ce texte romanesque riche en rebondissements, Julia Montejo esquisse un beau portait de femme refusant d’être réduite au rôle que lui assignent les hommes. J’avoue que le sujet me plaisait. Et le traitement m’a enchantée !